JEU DE CACHE CASH

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ÉDITORIAL PAR Mamadou NDIAYE

Le Président Macky Sall sillonne le pays profond. La ferveur des foules qu’il fend tranche avec le profond pessimisme de l’opposition radicale réunie à Ziguinchor pour sonner la mobilisation.

Si les lignes de démarcation semblent visibles, elles ne sont pas encore très lisibles. Nous n’en sommes qu’au début d’une longue et éprouvante Odyssée avec ses surprises, ses coups de théâtre, ses renoncements et ses rebondissements voire même ses lenteurs et ses soudaines accélérations.

La politique est ainsi faite. Elle ne suit pas une trajectoire linéaire. Sinon ce ne serait plus de la politique synonyme d’intrigues, d’enjeux, d’entre-jeux, d’alliances et de ruptures. Ces cas de figure ne sont pas à exclure des tractations et des projections des différents regroupements politiques qui s’opèrent sous nos yeux.

Autour de qui se réunissent ceux qui sont allés dans le sud pour lancer l’appel de Bignona ? Qui de Aïda Mbodj ou de Ousmane Sonko incarne le mieux l’impulsion et la dynamique de rassemblement ? Existe-t-il une troisième tête émergente, sorte de troisième larron, susceptible de rafler la mise en clouant les deux premiers au poteau ? Dans ce camp, les dés ne sont pas encore jetés mais les acteurs s’épient et se talonnent. Le fait de se signaler à partir de Ziguinchor entrouvre à cette opposition en construction une fenêtre de tir où s’entrechoquent des ambitions.

Eux qui visitent les campagnes peuvent bien s’apercevoir que les paysans sont prêts. Après avoir bêché et fendu la terre, ils scrutent le ciel avec l’espoir d’un prochain hivernage pluvieux. Les superficies emblavées sont au point pour les premiers semis.

À vue d’œil, ils se tiennent en respect avec chacun dans ses mains des cartes qu’ils comptent exhiber le moment opportun. L’habileté en est une. L’endurance aussi. Tout comme la résilience eu égard aux épreuves qui jalonnent la longue marche des consultations électorales à venir. La coalition Benno Book Yakaar mesure-t-elle la délicatesse de la conjoncture politique actuelle ?

Comment envisage-t-elle de dompter les rivalités en son sein sans tuer dans l’œuf le désir d’expressions des volontés qui s’affichent ici ou là ? Un parti ou des partis alliés se revigorent en nourrissant le débat démocratique, ferment de cohésion pour bâtir des stratégies de conquêtes ou acquérir de substantiels gains politiques.

La coalition BBY est attendue sur la formulation de son discours lorsqu’elle sera immanquablement interpellée sur la récurrence du troisième mandat. Il est tentant en revanche d’invoquer la course du lièvre et de la tortue pour capter la sagesse qui la sous-tend : "Rien ne sert de courir, il faut partir à point..." En clair, les stratagèmes se mettent en place. Malheur à qui commettrait des fautes rédhibitoires...

Autant dire que la campagne électorale est lancée. Les différents acteurs se relancent. Sur fond de tournée économique, la visite du Président dans les régions de Tamba, Kaffrine et Kédougou, redonne vie et couleurs.

La liesse populaire et les brassards de mécontentement se conjuguent pour rendre pittoresque la visite présidentielle marquée par des consignes claires à destination des différents protagonistes.

En s’impliquant dans les élections locales, Macky prouve le mouvement en marchant par des accords victorieux avec des alliés tentés de ressouder les rangs face à des adversaires qui se mobilisent.

Déjà, Moustapha Niasse réitère son compagnonnage avec le Chef de l’Etat. À son tour, il donne le ton de la transition de générations. Sur ce point très sensible et délicat, le Président de l’Assemblée nationale révèle que le temps est venu de passer le relais à plus jeune que lui. Le récent séminaire de la coordination dakaroise de son parti a servi de tribune pour clarifier sa partition, assez singulière pour être soulignée.

De ce point de vue, les prochains jours seront édifiants sur la ligne politique que privilégiera Niasse en direction des scrutins à venir. À sa suite, devront se clarifier aussi les positionnements des autres partis de la Coalition Benno attentifs aux humeurs des électeurs qui ne supportent plus le constant recours au portage politique auquel se livrent plusieurs formations lilupitiennes. En langage plus simple, c’est l’expérience contre l’aspiration juvénile qui détermineront demain le clivage décisif.

Aurions-nous grand tort de ne pas accorder plus d’attention aux perspectives qui se dessinent sous nos yeux ? Les jeux d’ombres chinoises risquent-ils d’occulter les enjeux électoraux ? Devant les défis, nombreux, nous allons devoir faire des choix. La période, pour fascinante quelle soit, n’en est pas moins crispante avec des acteurs prêts à en découdre par des moyens que la morale politique réprouve.

Cette semaine, la scène africaine a été riche de, souvenirs, de mémoire et de contritions. Au Rwanda, où il s’est rendu, le Président Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la France dans l’inoubliable génocide des Tutsi perpétré en 1994. Ne dit-on pas qu’une faute reconnue est
à moitié pardonnée ?

Qu’est-ce qui a poussé le président français à ne pas exprimer de remords ? Que lui coûte de demander pardon au peuple rwandais ? Il a eu cette phrase forte : " un génocide ne s’oublie pas, un pardon ne s’exige pas." En écho à ce bémol, le Président Paul Kagame vient à la rescousse de son "ami Macron", décidément dans une mauvaise posture. Il lui trouve plutôt des circonstances atténuantes en relevant que le discours de Macron vaut plus que les excuses.

Une telle sentence présidentielle atténue les critiques à l’encontre de la France indexée pour son implication dans la tragédie. On ne peut pas être plus royaliste que le Roi dès lors que Kagame a tranché le débat, laissant entendre qu’entre Paris et Kigali la relation s’inscrit désormais dans l’avenir et non dans l’incantation figée et improductive du passé mortifère.

Le silence affligeant des dirigeants africains déroute les opinions désemparées par tant de désinvolture. Elle irrite même au plus haut point. L’Union africaine est presque aphone à ce sujet. Or l’occasion est belle de dissocier les facteurs historiques en faisant entendre la voix de l’Afrique, sa lecture de ces tragédies et les leçons de vie que le continent doit pouvoir en tirer. La compréhension du passé aide sûrement à dominer le présent pour mieux appréhender l’avenir qui, hélas, bégaie encore.

L’Allemagne reste intraitable sur la question migratoire mais se montre d’une étonnante condescendance à propos des massacres des Herrero. La France, pour sa part, change de perspective sans en donner l’air. Elle surprend son monde en inversant ses priorités diplomatiques dictées par une conjoncture mondiale qui lui serait nettement défavorable. Désormais, Paris lorgne du côté de l’Afrique australe plus accommodante que l’Afrique de l’Ouest, où prévaut toujours l’instabilité, et menacée par un fondamentalisme désuet.

Par ce biais, la France s’éloigne du guêpier djihadiste qui se resserre autour de la zone des trois frontières, tandis que la disparition brutale de Deby, expose le Tchad à des visées expansionnistes avec un gros risque de déflagration. Proprement, il n’est pas à exclure un retrait progressif des troupes françaises des zones de conflit, cédant de ce fait à la pression des forces politiques conservatrices de l’Hexagone qui se disent "épuisées" par des interventions "sans fin et sans fonds".

Et pourquoi le Président Macron s’abstient-il de demander pardon ? "Qui suis-je pour le faire ?", apostrophe-t-il une assistance retenue et recueillie au Mémorial de Kigali. La réponse fuse : il est le Président de la République française dont il reconnait justement la responsabilité dans la mauvaise conduite de la crise rwandaise à travers l’opération turquoise sous mandat de l’ONU.

Il est même surprenant que M. Macron élude cet aspect au motif que les crimes commis ne reflètent pas -loin s’en faut- le visage de la France, patrie des droits de l’Homme. Et pourtant ce qu’il refuse d’admettre, l’Allemagne, elle, l’a franchi avec subtilité. Berlin s’est confondue en pardon et excuses dans le génocide des Herrero en Namibie vers 1900.

Les atrocités sont sans nom, indicibles, indignes et inhumaines. Les observateurs pointus décèlent dans les massacres de Nambie, l’antichambre de ce qui allait être l’holocauste, les pogroms et les déportations de Juifs. Il reste évident que l’Allemagne cherche par ce biais à expier ses fautes et, en se faisant amende honorable, se réintroduire dans le jeu diplomatique sans gêne. Au-delà du geste, se profilent des intérêts inavoués de préemption sur les énormes ressources dont dispose l’Afrique. L’Allemagne et la France poursuivent les mêmes démarches de réhabilitation sans toutefois emprunter la même voie pour y parvenir.

La prochaine élection présidentielle en France va être crispante avec une Marine Le Pen devenue fréquentable. Elle séduit des franges importantes d’une droite dépourvue de cohérence, de cohésion et de charisme par manque de leadership incarné.

Tous les scénarios sont sur la table. Il n’y a qu’en Afrique que s’observent un relâchement, un entêtement solitaire et l’empilement de signes d’un suicide collectif.

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