JEUX D’INTÉRÊTS

news-details
EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Elles travaillent sans répit, les femmes d’Afrique. Depuis la nuit des temps, leur vie se résume au labeur, souvent dans l’épreuve, rarement elles gouttent aux saveurs de leurs efforts dans une indifférence des hommes qui frise le mépris. Elles se lèvent tôt pour se coucher tard. A elles, les travaux domestiques (tâches épuisantes) et l’éducation des enfants (tâches valorisantes) à un rythme si soutenu qu’elles méritent reconnaissance pour retrouver un rang.

Dans la bataille de puissance qui se mène sur tous les fronts, la société africaine, travaillée par des conservatismes, tarde à remettre les rôles à l’endroit pour honorer la femme et célébrer sa contribution féconde à l’évolution des mentalités et des mœurs. Un bémol tout de même : certains espaces desserrent l’étau favorables à plus d’épanouissement, fruit de la lutte pour les droits des femmes…

Au gré des cycles de vie traversés, elle s’est montrée, en Afrique tout au moins, forte, imaginative, créatrice et surtout résiliente devant des inégalités que rien ne justifie. L’accroissement de revenus dans les familles stabilise les ménages qui restent toutefois vulnérables parce que la femme n’a pas toujours voix au chapitre. Comment peut-on se priver d’un tel apport ? En se coupant de sa moitié, une société se fige et, comble de paradoxes, s’affaiblit et brise une harmonie porteuse d’équilibre.

Lorsque s’ouvrent certaines brèches, des avancées notables sont perceptibles : l’arrivée de plus de femmes dans la production a propulsé le Rwanda au pinacle. En politique, des femmes investies de pouvoir se sont montrées à la hauteur avec une singulière maturité. Dans d’autres postes de responsabilités, économiques par exemple, elles ont allié efficacité et rigueur dans la gestion de portefeuilles, si bien que leur probité a servi à leur accorder plus de confiance. Kigali est vanté partout. Et partout, la femme rwandaise est appréciée et admirée, tant les politiques audacieuses d’un Kagamé ont révélé ici un talent caché, là un potentiel somnolent, ailleurs la fulgurance d’une dynamique de progression.

Au pays des mille collines, le génocide de 1994 s’efface mais ne s’oublie pas. Mais, la preuve est néanmoins faite que le développement résulte d’un cumul de progrès. Le relief accidenté du Rwanda isolait autrefois les villageois éparpillés. Grâce à des drones médicalisés, les consultations pouvaient se faire à distance, à la satisfaction des populations qui accèdent de ce fait aux visites, aux soins et aux traitements.

En revanche, dans d’autres pays africains qui avaient expérimenté la parité, les résultats ont été décevants, donnant libre cours aux sarcasmes et aux quolibets. Compris comme un mécanisme « un homme, une femme », ce projet de parité (revendiqué et assumé par la société civile et diverses ONG) est presque remis en question. Car, l’absence de personnel féminin politiquement armé a engendré des situations ubuesques avec des femmes mal préparées à leurs fonctions, snobées par des hommes très peu tolérants et suspectés de connivences politiciennes par une opinion publique aux aguets.
`
Un climat de suspicion gagne de larges franges de l’opinion africaine. Celle de la Guinée se bat de toutes ses forces contre le projet de révision constitutionnelle envisagée par l’actuel président Alpha Condé. Lequel, d’abord sourd aux appels à la raison, a fini par reculer en repoussant les élections locales couplées au référendum. Le retrait de l’OIF (Francophonie), le gel de participation de la Cedeao et de l’Union Africaine ont mis à nu les algarades du régime de Condé en émettant de sérieuses réserves sur le fichier électoral qui comportent trop d’anomalies, à leurs yeux.

Au mois de décembre dernier, la France de Macron ne souhaitait plus continuer à maintenir ses troupes dans la région, chahutées qu’elles sont par des populations qui doutaient de la sincérité de l’engagement de Paris à leurs côtés pour lutter contre le terrorisme. Trop de morts, trop de dégâts, et « des bandes armées qui circulent sans être inquiétées », déploraient-elles non sans souligner la zone de confort des forces françaises, trop loin du théâtre des opérations périlleuses.

Pour y voir clair le président français souhaitait rencontrer à Pau ses homologues de la sous-région pour une ultime clarification. Cette mise en demeure passait mal dans les opinions qui y voyaient justement la tonalité d’une convocation voire d’une sommation d’une autre époque. Roch Marc Christian Kaboré, le président du Burkina montait au créneau pour souligner la maladresse de cette interpellation de Macron qu’il a du reste invité à y mettre les formes en « dorant la pilule » !

Balancés entre complicité et tentative de défiance, les dirigeants africains ont du mal à creuser leur sillon sans un parapluie tutélaire. Or, l‘opinion africaine, qui se structure de plus en plus, exige davantage de détachement. L’épisode du franc CFA est encore frais dans les mémoires quand le président ivoirien recevait Macron avec solennité à Abidjan alors qu’à Abjua, au Nigéria, les Chefs d’Etats de la Cedeao se réunissaient pour arrêter une position et un agenda communs en vue de fixer les règles de dépérissement du CFA encore en cours dans 14 pays de la région.

En prenant sa distance vis-à-vis de ses pairs, Ouattara affiche sa liberté dans le dossier monétaire avec en prime la relative « insolence économique » de la Côte d’Ivoire comme épouvantail qu’il peut brandir. Il ne vit pas dans un monde détaché des réalités. Mais, la sincérité de ses intentions apparaîtra au moment où, contre toute attente, il annonce au Parlement ivoirien, donc à la représentation nationale, sa décision de ne pas briguer de troisième mandat.

Au problème politique qui se posait à la Côte d’Ivoire, Ouattara apporte une réponse en demi teinte : n’avait-il pas subordonné son éventuelle candidature à la manifestation d’intérêt de ses rivaux de toujours : Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo ? Et si demain, après son retrait, l’un des deux susnommés décidait de s’investir à nouveau dans la présidentielle d’octobre prochain ? Rien n’interdit cette perspective, d’autant que la limitation de l’âge et du nombre de mandats a sauté du dispositif constitutionnel ivoirien. Dès lors, par quel moyen va-t-il les empêcher de briguer les suffrages des Ivoiriens ? Il commet un autre impair en indiquant sa préférence à « passer le témoin à une génération plus jeune ». Est-ce à lui de le décréter ? Ou doit-il laisser à ses concitoyens le choix de décider de leur futur ? L’ancien patron du FMI Afrique a des allures d’un démocrate mais bouillonne en lui la posture d’un… démoncrate !

Vous pouvez réagir à cet article