image

JOSÉPHINE BAKER PANTHÉONISÉE

image

Joséphine Baker devient la sixième femme à entrer au Panthéon, trois ans après Simone Veil. Macron a fait le choix de l’universalisme dans une France de plus en plus traversée par les courants identitaires.

L’histoire a parfois de ces coïncidences qui en disent long sur la fracture au sein d’une nation. Hier, mardi 30 novembre, Joséphine Baker a été intronisée au Panthéon, au moment où Éric Zemmour officialise sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. La femme, noire, militante anti-raciste était célébrée, alors que le personnage mysogine, xénophobe et réactionnaire entrait de pleins pieds dans la bataille pour la conquête de l’Élysée. Deux personnalités antinomiques, symboles de deux France irréconciliables. L’une ouverte sur le monde, l’autre repliée sur elle-même.

En faisant son choix sur Joséphine Baker pour entrer au Panthéon, le Président français, Emmanuel Macron, a fait le pari de la diversité : “Née Américaine et ayant choisi la France, par ses engagements et combats, Joséphine Baker a porté haut la devise de la République française”.

C’est une icône, à plus d’un titre qui a fait son entrée dans le saint des saints du cérémonial républicain français.

Déjà décorée de la médaille de la Résistance et Chevalier de la Légion d’honneur, c’est 46 ans après sa mort que Joséphine Baker est panthéonisée, une demande faite par sa famille depuis 2013. Une pétition fut, même, ouverte en 2019, signée par plus de 38 000 personnes et des associations notamment antiracistes comme la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (LICRA).

Emmanuel Macron a rendu hommage à cette "artiste de renommée mondiale, engagée dans la Résistance, inlassable militante antiraciste" qui "fut de tous les combats qui rassemblent les citoyens de bonne volonté, en France comme (...) par le monde". Joséphine Baker, c’est l’histoire exemplaire "d’une personnalité qui "fait preuve de volonté et de détermination pour construire sa propre émancipation", a-t-il renchéri.

Joséphine Baker coche, en effet, de nombreuses cases. Elle fut d’abord une figure culturelle majeure du Paris des années 30. Elle fut une danseuse de music-hall à succès et fit des apparitions remarquées au cinéma ; À l’époque, elle était l’une des personnalités artistiques les plus populaires de l’Hexagone.

Engagée

Outre ses indéniables qualités artistiques, Joséphine Baker était une personnalité très engagée, notamment dans la cause anti-raciste. Depuis la France, elle milite ardemment pour l’émancipation des noirs aux États-Unis.

Mais c’est son implication durant la seconde guerre mondiale qui lui vaut assurément la reconnaissance de la République française. En 1939, en pleine seconde guerre mondiale, l’artiste s’engage dans la Résistance et devient agent du contre-espionnage français. Elle est envoyée en Afrique du Nord pour soutenir les troupes alliées et obtenir des informations. “Elle entre dans la légende en cachant de précieux messages dans ses partitions de musique et un micro-film dans son soutien-gorge, renseigne la LICRA. Après la guerre, elle travaille pour la Croix-Rouge et adopte douze enfants.

Humaniste, universelle, altruiste, Joséphine Baker épouse donc quasi parfaitement la devise de la République française.

Pour autant, tout ne fut pas toujours rose au crépuscule de sa carrière. En 1969, Joséphine Baker, ruinée, est expulsée, elle et ses enfants de son château niché dans le sud-ouest de la France. Elle bénéficiera, certes, de l’appui de la princesse Grace de Monaco, mais sa fin de vie offre l’image d’une étoile pâlissante jusqu’à sa mort en 1975.

Au Panthéon, elle retrouve toute la gloire qui lui est dûe.

Adama NDIAYE

1er décembre 2021


------------------------------------

Vous pouvez réagir à cet article