KANEL, AU MARCHÉ DES BUDGETS SERRÉS

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SÉCURITÉ ALIMENTAIRE À MATAM (PARTIE 2)

Situé à 32 Kilomètres de Matam, le marché de Kanel s’impose comme le poumon économique de la région.

Il se trouve à ciel ouvert. Dans un enchevêtrement de rues étroites, le marché de Kanel s’étend sur un périmètre assez réduit. Rien à voir avec le chamarré et grouillant marché Sandaga de Dakar. Pourtant, c’est le plus grand de la ville. Les villages de Thialy, Bow, Ngano, Horndoldé, Wodobéré, Thiempeng viennent s’y approvisionner.

Il est 11 heures. Et, déjà, les devantures métalliques de certaines échoppes sont baissées. Ce n’est pas la grande affluence. Depuis un certain temps, les clients se font rare. La crise est passée par là, nous souffle-t-on.

Des légumes qui viennent du Mali

Younouss Hamady Diallo, est assis sur une dalle, en face des boutiques. Le vieux commerçant semble perdu dans ses pensées. Il répond, avec nonchalance, aux salamalecs qu’on lui adresse. « On ne sait pas le nombre de boutiques qu’il possède dans le marché. Toutes celles que vous voyez lui appartiennent », glisse Moctar Diallo sur un ton taquin, comme pour nous mettre au parfum de sa renommée. Le vieux, qui tente de feindre le sujet, se présente comme le délégué du marché. « Depuis 1970, je suis commerçant, ici. J’ai fait beaucoup de va-et-vient entre Dakar et Matam pour acheter ma marchandise. Les choses se vendaient bien à l’époque. Aujourd’hui, la situation a changé. Il faut le reconnaître. C’est une réalité mais nous la gérons, malgré tout », confie-t-il. Très peu loquace, il nous oriente, poliment, vers son voisin.
Trois ans, déjà, que Moctar Diallo tient boutique au marché de Kanel.

Contrairement à beaucoup de magasins, la sienne est bien achalandée. On y trouve du tout. Ou presque. Les clientes se bousculent dans son périmètre étroit. « Contrairement à l’année dernière qui a été très rude, nous n’avons pas encore senti les difficultés. Les prix sont plus ou moins stables. Le kilogramme de riz est à 300 FCFA, le litre d’huile à 800 FCFA et le kilogramme de lait à 2500 FCFA », évalue-t-il. Mais, souvent, avoue-t-il, il parvient difficilement à joindre les deux bouts à la fin du mois. « Je ne gagne qu’un bénéfice de 100 FCFA par sac de riz. Parfois, on s’en sort difficilement avec le loyer à payer et la dépense quotidienne à payer. » Sans vouloir tomber dans le mélodrame, il rend tout de même grâce.

Ramatoulaye Barry s’est mise tenue « d’apparat » pour venir faire son marché. Robe « thioup » cintrée au niveau de la taille, bijoux méticuleusement choisis, le foulard négligemment noué sur la tête, elle est venue faire le marché. Ramatoulaye semble un peu plus aisée par rapport à la clientèle qui a l’habitude de fréquenter la boutique de Moctar Diallo. « Bien que nous parvenons à avoir les trois repas journaliers, tout coûte cher dans ce marché. Le kilogramme de poisson coûte 2500 FCFA. La viande aussi est à 2500. Le problème, ici, c’est que chaque jour, on reçoit beaucoup d’invités, rigole-t-elle. Et, il faut cuisiner en conséquence. Nous pouvons dépenser 6000 à 8000 FCFA par jour alors que nous avons du riz et de l’huile. Le sac d’oignon de 25 Kg coûte 14 000 FCFA, et parfois, il ne va pas jusqu’à la fin du mois. Rien qu’une carotte te coûte 200 FCFA », se plaint la jeune femme.

La quête de l’Eldorado

Fama Sané, venue de Casamance, a rejoint son mari à Kanel un an après leur mariage. Depuis 2009, elle vend au marché principal de Kanel. Le parasol de son étal s’ouvre sur un tas de légumes : carottes, choux, patates, navets, oseilles… Le geste lent, la jeune dame, chasse, à l’aide d’un carton, l’armée de mouches qui assaille ses produits. À part l’oseille, rien de la marchandise ne provient de la localité. « Les choux et les patates viennent du Mali. Les carottes et les navets proviennent de Mboro. Les distributeurs passent souvent et font le tour de la ville en voiture pour nous ravitailler », informe la dame. Parfois, Fama Sané se rend dans les petits loumas (marchés hebdomadaires) pour acheter en petite quantité. « Si la marchandise n’est pas vite épuisée, elle perd sa valeur. C’est pourquoi nous achetons peu pour pouvoir l’écouler rapidement », justifie la vendeuse.

A quelques jets, se trouve l’étal d’Abdoulaye Laobo Ameyta, le vendeur de viande. Ancien agent de la SERAS, le plus grand abattoir et marché de viande à Dakar, il est rentré à Kanel, sa ville d’origine, depuis quelques temps, pour y exercer son activité. Il n’a pas une boucherie aux normes requises, mais assure que sa viande est de qualité. Sa clientèle a le choix entre la viande de bœuf et celle de chèvre. « La viande de chèvre est moins couteuse. Son kilogramme est à 2300 francs CFA et celui du bœuf, à 2500 francs CFA », indique-t-il.
Mais, Abdoulaye ne fait pas toujours de bonnes affaires. « Il m’arrive parfois de rester trois jours sans écouler la viande. Pis, en cas de mévente, je n’ai pas de local pour conserver le produit restant », regrette-t-il. Comme Abdoulaye, beaucoup de ses compères commerçants ne disposent pas de chambre froide.

Le poisson lui, se fait encore plus rare. Les distributeurs, qui viennent de Saint-Louis et Joal, peuvent rester trois jours sans passer dans la localité, se plaint Amadou Sané, revendeur de poissons. Il achète le panier à 65 000 francs CFA, parfois, voire plus, selon la saison. « Le plus souvent, c’est du Yaboy (hareng) et du Capitaine que nous vendons. Il y a des jours où je me retrouve avec des revenus appréciables et d’autres où rien ne marche », se désole Amadou Sané, 35 ans, dont le seul rêve est de passer de l’autre côté de l’Atlantique. En quête de l’Eldorado !

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