KHADIJA BA, 18 ANS, COMMENT LA MORT DE MON FRERE M’A POUSSÉE À ME BATTRE

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ÉMIGRATION CLANDESTINE

Quand elle en parle, la jeune fille en a les larmes aux yeux. « C’est très dur », confie-t-elle. Khadija BA, 18 ans, a vécu les conséquences dramatiques de l’émigration clandestine. Elle a perdu son grand frère, Birame dit Mamadou, un migrant qui a péri en mer. C’était il y a douze (12) ans. Malgré le temps, l’élève en classe de Terminal au lycée de Mbao ressent l’éternelle douleur.
« Il bossait et franchement il s’en sortait pas mal, il avait de l’argent mais les conditions de vie précaires l’ont poussé à bout. En un moment, il n’en pouvait plus et il a pris la mer discrètement comme le font la plupart des jeunes. Un bon jour, on nous a annoncé la terrible nouvelle, nous disant que Mamadou ne va plus rentrer (elle s’arrête en soufflant, le regard triste)... On nous a dit qu’il s’était noyé, c’est tout. »

Agée alors de six (6) ans, Khadija BA dit avoir ressenti l’intense douleur malgré sa jeunesse. De cette douleur, est né son esprit de « Fighting » comme elle le souligne elle-même : « Cela m’a poussé à me battre. C’est pour dire que si tu ne te bats pas, tu ne t’en sors pas. Et dans la banlieue, c’est encore pire. Déjà, on n’a pas les moyens. Donc, soit tu sombres dans la violence ou dans les histoires de mœurs. C’est ce qui fait, d’abord, que la plupart des jeunes ne terminent pas leurs études. On a fait ce constat. Ensuite, plus grave, les jeunes qui sont plus ambitieux prennent la mer. Comme mon frère,... (Elle ne poursuit pas sa phrase). »

FIGHTING SPIRIT

Aujourd’hui membre de l’association « Sénégal, ma fierté », Khadija Ba a aidé des jeunes à intégrer la formation offerte par le mouvement. Elle retrouve le sourire pour montrer sa fierté d’avoir, selon ses propres termes, « appuyer ces jeunes (de la banlieue) qui n’avaient aucun espoir de percer à avoir la chance de pouvoir rêver de jours meilleurs. » Sa « haine » contre l’immigration clandestine motive son engagement auprès d’Abdou Samat Diouf, coordonnateur du projet. « Je voulais empêcher qu’une autre sœur perde son grand-frère comme moi », ajoute-t-elle.

La jeune fille qui n’a pas souhaité se faire prendre en photo, a préféré envoyer une image où elle affiche le sourire pour coller au message positif qu’elle veut lancer. « On pointe tout le temps le gouvernement du doigt. Non. On doit changer l’état d’esprit des jeunes qui croient qu’ailleurs, c’est meilleur. Ici, ce n’est pas bon mais il faut faire en sorte qu’il le devienne. Et, j’interpelle au premier chef les jeunes. Ce n’est pas un gouvernement qui construit un pays mais c’est le peuple, c’est la jeunesse. » Comment ? « Etre ambitieux, bosser, rester et changer les choses comme d’autres l’ont fait ailleurs. »

Selon son initiateur, Abdou Samat Diouf, le mouvement ’’Sénégal, ma fierté’’ a été porté sur les fonts baptismaux après « le constat que nous avons fait nous-mêmes que les jeunes sont désespérés. Certains meurent dans la Méditerranée. En tant que citoyens sénégalais, notre devoir est d’agir afin de contribuer au combat sur la sensibilisation. Mais pour sensibiliser, il faut d’abord former parce qu’on ne peut demander aux jeunes de rester dans le pays sans leur proposer quelque chose en retour. Le problème de l’immigration, c’est un saut vers l’inconnu. Tu peux quitter le Sénégal sans réussir et tu peux y rester et réussir. »

C’est dans ce sillage, chiffre-t-il, que 150 jeunes essentiellement venus de la banlieue, ont subi une formation dans différentes filières (gestion de projet, marketing, informatique, communication, leadership et développement personnel et anglais). Les objectif fixés sont, d’abord, de « convaincre les jeunes qu’il est possible de rester et réussir au Sénégal », ensuite de les « accompagner dans tous les domaines. »

Partenaire de l’association, le Directeur des Sénégalais de l’extérieur, Sory Kaba, était représenté à la cérémonie de remise d’attestations de formation qui s’est tenue, ce samedi, 29 décembre, dans les locaux de l’Institut africain de management (IAM) dont les professeurs ont assuré la formation.

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