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L’ALLIANCE ALBOURY NDIAYE- ABDOUL BOCAR KANE

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I - La campagne du JOLOF et du FUUTA : 1890-1891.

La conquête du Kayoor en 1886 inquiéta beaucoup les seuls chefs demeurés indépendants : ALBOURY NDIAYE du JOLOF, Abdoul Bocar KANE du Bossea et Saer Maty BA du Rip.
Ces derniers décidèrent donc de s’entre-aider pour faire face à la menace française.

Le GOUVERNEUR CLÉMENT THOMAS s’évertua à mettre un terme à cette volonté d’indépendance de la coalition.
A ce titre, il affirmait que : "(ALBOURY ) formait avec eux (Abdoul Bocar KANE et Saer Maty) une sorte de LIGUE TIDIANE combattant avec acharnement notre influence civilisatrice.
Le contingent du JOLOF était toujours mis à la disposition de celui d’entre eux qui se trouvait au prise soit avec nous, soit avec quelqu’un de nos alliés "(source 1 : ANS 2B77, le Gouverneur au sous-secrétaire d’État, 31 Mai 1890)".

La colonne dirigée par Dodds surpris ALBOURY qui savait que les tirailleurs sénégalais et les troupes africaines de la colonie étaient envoyés au Dahomey.

Cette colonne reçut l’ordre suivant le 7 Mai 1890 : "Ali Bourry, roi du Djolof vient de faire des razzias sur le territoire de Ndiambour et menace d’envahir le Oualo. Pour arrêter son mouvement, l’escadron de spahis se rendra à Louga le 9 Mai, repartira le 12 Mai pour Ndiagne et Cabdou où doivent se réunir le contingent du Cayor.
Il emportera 4 jours de vivre, 120 cartouches pour carabine et 36 pour revolver." (Source 2 : ANS 1D44, le colonel commandant supérieur des troupes et commendant de la colonne du Djoloff, A DODDS, 7 Mai 1890).

La troupe était composée de 182 hommes dont des européens et des guerriers du Walo, du Ndiambour et du Cayor.

La troupe formant deux groupes s’est rendu à Cabdou le 18 Mai et à Coki le 19.

ENTRE TEMPS, DODDS AVAIT APPRIS QUE ALBOURY ETAIT ENCORE A YANG YANG ET QUE SA FAMILLE S’ÉTAIT DÉJÀ RÉFUGIÉE AU FOUTA TORO.

La colonne de DODDS entra à YANG-YANG le 24 Mai 1890 à 16 heures (4H du soir).

Pendant ce temps, ALBOURY avait déjà quitté YANG-YANG et se diriges vers Warkhokh puis Linguere avant d’aller trouver asile chez Abdoul Bocar KANE au Bosséa.

Dodds proclama la déchéance de ALBOURY ( source 2bis : ANS 1D44, Lettre aux habitants du Djoloff du 28 Mai. A. Dodds ).
Il organisa à Nthiengue l’élection d’un nouveau Bourba "ami de la France et entièrement dévoué à (ses) véritables intérêts : SAMBA LAOBE PEINDA fut nommé.

Le Djoloff fut déclaré protectorat français et s’engagea à n’accuillir sur son sol aucun ennemi de la France. Un traité fut signé le 3 juin et ratifié à Paris le 25 Août.

Les troupes de DODDS se prolongea cependant au Fouta Tooro .
En juillet 1890, le village de Kaedi est torpillé par les français en représailles contre l’accueil de ALBOURY par Abdoul Bocar KANE.

DODDS acheva sa campagne en recevant la soumission des chefs du Fouta et en interceptant les partisans de ALBOURY qui étaient revenus au Fouta apres avoir accompagné pendant un moment ce dernier lors de son exil vers l’est.
Le fils de ALBOURY NDIAYE, BOUNA ALBOURY NDIAYE EST ENLEVÉ A KAEDI PAR LES MAURES QUI ENVISAGEAIENT DE LE VENDRE (source Sackocky Guisse ). MAIS LES MALFAITEURS N’EURENT PAS LE TEMPS D’EXÉCUTER LEUR PROJET CAR ILS FURENT SURPRIS PAR LA COLONNE ALFRED AMEDÉE DODDS. CE DERNIER RECONNUT L’ENFANT ET LE PRIS SOUS SA PROTECTION. IL LUI FIT PORTER UN BOUBOU, L’ENTOURA DE TOUTES LES MARQUES AVANT DE LE TRANSPORTER A SAINT LOUIS.

POUR RAPPEL. BOUNA EST NÉ EN 1878 A YANG-YANG. SA MÈRE EST MADJIGUENE BASSINE NDIAYE. DÉSIGNÉ COMME HÉRITIER DU TRÔNE DU JOLOF, SON ÉDUCATION DEVRAIT ÊTRE CONFIÉE AUX FRANÇAIS CONFORMÉMENT AUX PROMESSES FAITES A BALLOT PAR SON PERE ALBOURY EN 1883 ET CONFORMÉMENT À L’ORDONNANCEMENT JURIDIQUE DU TRAITE DE PAIX DE 1885 EN SON ARTICLE 7 QUI LIAIT LA FRANCE ET ALBOURY. LE BOURBA AVAIT ACCEPTÉ D’ENVOYER SON FILS A SAINT LOUIS POUR TÉMOIGNER DE SA DISPOSITION A ENTRETENIR DE BONNES RELATIONS AVEC LES AUTORITÉS COLONIALES.
MAIS UN CONCOURS DE CIRCONSTANCES DU A L’EXIL, BOUNA TARDA A ALLER A SAINT LOUIS. (sources : (ANS 1D44 Mission Ballot), ( J.O.Traite de Paix de Mai 1885))

En Août 1890, l’assassinat de Shaykh Mamadou, Chef du Fouta central et allié des français, déclencha la campagne finale de Janvier à Mars 1891.
Pour cette campagne, DODDS bénéficia d’une armée de 1000 hommes renforcée par des volontaires wolof et toucouleurs. Avec ses allies Ibra Almamy et Ismaila Silley, les villages de Dabiya, Bokki et Njuijiloon seront détruits.

Abdoul Bocar KANE qui était dans le Chemana sur la rive droite du Fleuve Sénégal, espérait reconquérir son territoire grace au soutien des Chefs maures Awlad Ely et Idawish. Il sera cependant lâché par ses alliés qui craignaient de subir les représailles du commandant de Kaedi QUI AVAIT MIT A PRIS SA TETE. Le 25 Aout, Abdoul Bocar KANE fut assassiné par une bande de maures.

AINSI, AVEC LA DÉFAITE DE SAER MATY DU RIP QUI S’EST RÉFUGIÉ EN GAMBIE, L’EXIL DE ALBOURY ET LA MORT DE ABDOUL BOCAR KANE, LES FRANÇAIS VENAIENT DE VAINCRE L’UNE DES DERNIÈRES POCHES DE RÉSISTANCE AU SÉNÉGAL.

(Source : YAGUE Amadou Lamine et SOUMARE Arona, Général Alfred Dodds : le pacificateur, Matériel Didactique, sous la direction de Abdou Sow et Mamadou Diallo, UCAD/ENS/ Département Histoire Géographie, F1B, 1994-1995, 45p.

ALIOUNE NDIAYE,
Ex INSPECTEUR D’ACADÉMIE DE TAMBACOUNDA ET DE KAOLACK
Historien de formation.

20 décembre 2022


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