L’ANNÉE DE LA BOUSCULADE AVANT LA PRÉSIDENTIELLE

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RÉTRO 2018 - POLITIQUE

2018 tire à sa fin. Dans un contexte politique très chargé, lié notamment à la perspective de l’élection présidentielle du 24 février 2019, la classe politique sénégalaise s’est très souvent distinguée par les invectives et autres défis musclés. Emedia.sn vous propose de revenir sur certains des évènements majeurs qui ont marqué l’actualité politique, entre alliances, discours et manifestations.

- 02 Janvier  : Le Secrétariat exécutif national de l’APR annonce, à travers un communiqué, la construction de son siège, sur un terrain enregistré dans le patrimoine de la société Dakar Dem Dikk, situé à Mermoz, sur le prolongement de l’avenue Cheikh Anta Diop. Le parti au pouvoir annonce que les fonds viendraient de cotisations de ses membres, sans préciser les modalités d’acquisition du terrain…

- 1er février  : La carte électorale est modifiée par décret présidentiel N°2018-394, avec la création de nouveaux bureaux de vote.

- 09 février  : Profitant d’une marche de l’opposition à la Médina, Pape Diop annonce sa candidature à la présidentielle de 2019.

- 16 février : Les résultats de l’audit du fichier électoral sont rendus publics et selon les experts du Centre européen d’appui aux élections, il est fiable. Une version que l’opposition contestera tout au long de l’année.

- 25 février : Invité sur un plateau télévisé, le ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye déclare : « J’ai la ferme intention de travailler pour que le président Macky Sall gagne au 1er tour de l’élection présidentielle du 24 février 2019. Des propos qui vont rajouter de l’huile sur le feu alors que sa nomination à la tête du ministère de l’Intérieur est toujours une pomme de discorde entre l’opposition et le pouvoir.

- 09 mars  : L’opposition tient un sit-in, non autorisé, devant le Ministère de l’Intérieur. La manifestation est dispersée par les grenades lacrymogènes de la Police mais les images des élèves de l’école Adja Yacine Diagne suffoquant à cause de la fumée des grenades jetées dans l’enceinte de leur établissement deviennent virales et choque le public. La Police en prend pour son grade.

Les élèves de l’école Adja Yacine Diagne gazés

- 11 mars : Macky Sall adresse une main tendue à son ancien camarade de parti Modou Diagne Fada, avec qui il a cheminé au PDS et sous le magistère de Me Wade. Le chef de l’Etat a profité de la cérémonie de présentation de condoléances à l’occasion du décès du père de Fada, pour l’inviter à rejoindre la mouvance présidentielle. Longtemps soupçonné par Wade et ses collaborateurs de vouloir rejoindre Macky Sall, Modou Diagne Fada ne donnera pas une réponse précise à l’invitation.

- 19 mars : Farouche opposant du président, Idrissa Seck lui adresse pourtant des félicitations pour ses réalisations à Médina Gounass, notamment sur le plan de la sécurité des pèlerins après le drame qui a frappé la localité le 12 avril 2017, lors de la ziarra annuelle. Le feu avait ravagé la localité.

- 23 mars : 6e anniversaire de l’accession au pouvoir de Macky Sall. C’est le dernier anniversaire de son présent mandat. Du Rwanda, il fait une sortie sur les ondes de la RFM et tire un « bilan globalement très positif » de son magistère en s’appuyant sur « la croissance économique, les politiques d’inclusion sociale, le soutien aux populations démunies, le soutien au pouvoir d’achat… » « Depuis 2012, les prix des denrées de première nécessité n’ont pas connu d’augmentation. Rappelez-vous les problèmes d’électricité, c’est derrière nous, rappelez-vous le problème de la Casamance. Tout cela c’est derrière nous… », déclare-t-il, regrettant ensuite les assassinats de migrants sénégalais et promettant une solution contre les rapts d’enfants qui défrayaient la chronique.

- 26 mars  : Le juge Ibrahima Hamidou Dème démissionne de la Magistrature. L’ancien substitut général à la Cour d’Appel, qui avait déjà démissionné du Conseil supérieur de la Magistrature, quitte définitivement la fonction. « Je démissionne d’une Magistrature qui a démissionné », s’insurge-t-il à travers une lettre dans laquelle il dresse un tableau sombre de la justice sénégalaise, instrumentalisée à ses yeux par l’Exécutif. Par la suite, il officialisera son engagement politique, dans l’opposition.

- 14 avril : Au sein du parti au pouvoir, deux camps rivaux se distinguent par une bataille rangée à l’occasion d’une manifestation religieuse à Nianga Edy, dans le département de Podor. Le DG du COUD, Cheikh Oumar Hann, et le ministre Abdoulaye Daouda Diallo, qui se regardent en chiens de faïence, sont à l’origine de la violence.

- 17 avril  : De passage en France, Macky Sall est attaquée par les représentants de l’opposition qui lui reprochent d’imposer la loi sur le parrainage. Sa voiture et certains de ses collaborateurs sont même enfarinés. La vidéo est très vite devenue virale.

- 19 avril : L’opposition et une partie de la société civile engage le combat dans la rue, qui occasionnera l’arrestation de plusieurs leaders, mais la loi sur le parrainage passe : l’Assemblée nationale adopte la Loi N°13/2018 portant révision de la Constitution.

- 10 mai  : Le Conseil constitutionnel se déclare incompétent pour statuer sur la conformité de la loi sur le parrainage et rejette le recours de l’opposition.

- 10 juin  : Le ministre Mame Mbaye Niang annonce sa démission avec fracas, suite à la fuite d’extrait du rapport de l’IGE sur le PRODAC. Ledit rapport fait état d’un détournement de 29 milliards F CFA et les accusations se font nombreuses contre Mame Mbaye Niang. Sa démission sera rejetée par le Chef de l’Etat et Mame Mbaye Niang clamera son innocence, demandant à ceux qui l’accusent de regarder plutôt du côté du ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ.

- 21 juin : Les cérémonies de présentation de condoléances sont une grande occasion de discuter politique au Sénégal. Des alliances s’y font et s’y défont. L’actuel maire de Thiès, Talla Sylla, et son prédécesseur Idrissa Seck, qui étaient alliés avant que le premier ne décide de soutenir Macky Sall, se retrouvent chez Baba Diao « Itoc » dont la mère est décédée. Sur ordre de l’homme d’affaires, Talla Sylla tend la main à Idrissa Seck, mais la réconciliation n’est que de façade.

- 02 Juillet  : La Direction générale des Elections annonce le rejet de la demande d’inscription du candidat du PDS, Karim Wade, sur les listes électorales. Ladite demande avait été effectuée au Consulat du Sénégal au Koweït le 16 avril 2018. Le lendemain, 03 juillet, le PDS réagit à travers un communiqué dans lequel le parti d’opposition brocarde Macky Sall et son ministre de l’Intérieur, accusé d’être l’auteur de ce qu’il considère comme une forfaiture.

- 11 juillet  : Modou Diagne Fada annonce officiellement sa décision de rejoindre la mouvance présidentielle.

- 07 Août  : Abdoulaye Baldé annonce sa candidature à la présidentielle 2019.

- 29 Août  : La mouvance présidentielle, sous la bannière Benno Bokk Yakaar, lance sa campagne de collecte de signatures pour le parrainage, au CICAD. La cérémonie est marquée par les pas de danse de Macky Sall.

- 30 Août  : La Cour suprême se déclare incompétence à propos du recours de Karim Wade sur son inscription sur les listes électorales.

- 04 Septembre  : Nouveau sit-in de l’opposition qui appelle à la manifestation devant le ministère de l’Intérieur. La police fait usage de gaz lacrymogène et interpelle certains leaders de l’opposition comme Mamadou Diop Decroix.

- 10 Septembre  : Abdoulaye Wade annonce la fin de sa collaboration avec Madické Niang, coupable à ses yeux, d’accointances avec le pouvoir, matérialisée par une volonté de se proposer en plan B du PDS en cas de rejet de la candidature de Karim Wade, alors que le parti a toujours adopté la position de refus de toute idée de plan B.

- 12 Septembre  : Par un échange épistolaire, Abdoulaye Wade et Madické Niang disent enterrer la hache de guerre et insistent sur leur long compagnonnage. Mais le mal semble fait. Madické Niang maintient sa candidature et se verra, par la suite, exclu du PDS alors qu’il démissionnera de la présidence du Groupe parlementaire qu’il dirigeait.

16 Septembre : Ousmane Sonko présente son livre « Solutions » à la Place de la Nation (ex Obélisque) face à un public nombreux et dans un style qui rappelle le style de l’Américain Barack Obama : bras de chemise relevés, micro-oreillette, discours direct au public, interview avec deux journalistes et un économiste pour parler de son livre.

20 Septembre : De supposés agents des renseignements généraux seraient allés au domicile de la mère Ousmane Sonko à Ziguinchor pour y récupérer de parrainage. Des militants PASTEF y seront entendus à la gendarmerie de Néma.

- 21 Octobre : Serigne Mbaye Sy Mansour, Khalife général des Tidianes, reçoit Madické Niang et affirme qu’Abdoulaye Wade ne devrait plus s’occuper de politique à son âge. Le 29 mai, l’ancien président de la République a fêté son 92e anniversaire.

- 26 Octobre : Macky Sall annonce la traque aux "insulteurs" du net depuis Touba. Il réitèrera ce souci à plusieurs reprises.

- 12 Novembre : Dans un entretien accordé à France 24, Macky Sall évoque les dossiers de Khalifa Sall et Karim Wade, qui voient leurs candidatures respectives à la présidentielle de 2019 bloquées par des entraves judiciaires. Le chef de l’Etat, candidat à sa succession se défend d’écarter des adversaires et assure qu’il pourrait les amnistier… après la présidentielle. Une sortie qui fera couler beaucoup d’encre et de salive.

- 17 Novembre  : Le ministère de l’Intérieur retire son agrément à l’ONG Lead Afrique Francophone, l’accusant notamment financer le mouvement Y en a marre. Après plusieurs contestations de la société civile, le ministère revient sur sa décision.

- 24 novembre : Sur une initiative de Mame Adama Guèye, qui a finalement renoncé à sa candidature faute d’avoir le nombre de signatures requis, l’opposition lance une Plateforme opérationnelle de sécurisation des élections (POSE) avec une trentaine de partis et associations de la société civile. Le PDS a brillé par son absence lors de la cérémonie de lancement.

- 26 Novembre : Une bataille rangée à l’Assemblée nationale entre députés de l’opposition et ceux de la majorité au sujet de l’application du règlement intérieur est relayée sur le web. Mame Diarra Fam, députée de l’opposition, se prend une gifle de Kader Ndiaye, de la majorité.

- 26 Novembre  : Parution de l’ouvrage de Macky Sall intitulé « Le Sénégal au cœur ». Le Chef de l’Etat en fera la présentation, quelques jours plus tard, dans un hôtel de la place. Le livre revient sur son parcours, ses différends avec Wade ou Idrissa Seck, son engagement militant ou encore sa vie d’étudiant à côté de ses amis de « la bande à Sandrine ».

- 27 Novembre : A travers un Congrès extraordinaire, le PS, dirigé par Ousmane Tanor Dieng, investit Macky Sall comme candidat à la présidentielle 2019. Pour la première de son histoire, le PS ne participera pas à une élection présidentielle. Le même jour, l’AFP de Moustapha Niasse investit également Macky Sall.

- 29 Novembre  : Faute de recueillir le nombre de signatures exigées pour le parrainage, Abdoulaye Baldé soutient Macky Sall pour la présidentielle 2019.

- 1er Décembre  : Macky Sall est investi par Bennoo Bokk Yaakaar à Dakar Arena en présence de cinq chefs d’Etat (Gambie, Mauritanie, Liberia…). Ce qui sonne comme une ingérence pour les membres de l’opposition.

- 05 Décembre : Aminata Touré dirige la délégation chargée de déposer la candidature à la présidentielle 2019 de Macky Sall. Devant le Conseil constitutionnel, les différents acteurs politiques se crêpent le chignon : l’ancien Premier ministre Mimi Touré a dû être évacuée d’urgence tandis que le candidat Malick Gakou s’en est tiré avec un œil au beurre noir.

- 11 décembre  : Après plusieurs plaintes, Karim Wade reçoit sa carte d’identité… mais elle ne lui donne pas le droit de voter.

- 12 décembre : Le FS/DBJ de Cheikh Bamba Dièye décide de soutenir la candidature de Khalifa Sall après la main tendue de ce dernier.

- 19 décembre  : En caravane en Centre-Ville de Dakar, le candidat à la présidentielle Ousmane Sonko et le maire de Mermoz - Sacré-Cœur, Barthélemy Dias, se sont heurtés aux forces de l’ordre, qui ont dispersé la manifestation à coups de grenades lacrymogènes, sur l’avenue Lamine Guèye.

- 21 décembre  : Karim Wade appelle les Sénégalais à rejoindre son combat. Dans un message vocal de 6 minutes 16 secondes, il lance un appel solennel « aux militants et aux sympathisants des partis politiques constitués légalement, à tous les citoyens auxquels on veut interdire de contribuer à l’expression de la volonté nationale. »

- 26 décembre  : Clôture des dépôts de candidatures au Conseil constitutionnel. Sur la centaine de candidats déclarés au départ, moins d’une trentaine réussira à rester encore en course, le filtre du parrainage est passé par là...

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