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L’APPUI DE LA FAO À PRES 300 FEMMES DE DIONEWAR

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Les femmes transformatrices de produits halieutiques de Dionewar viennent de bénéficier d’un four artisanal de grande capacité qui va rendre leurs activités beaucoup plus rentables. Grâce à la Fao, elles vont se débarrasser du fumage à sol pour mieux s’adapter aux standards internationaux.

C’est l’eau qui entoure leur terroir. Dionewar est une zone insulaire qui fait partie des îles du Saloum. Ici, les femmes ne restent pas les bras croisés face à l’immensité des potentialités qu’offre la mer. Les dames de Dionewar, tout comme celles des autres îles environnantes, s’activent dans la transformation des produits halieutiques. « La mer nous fait travailler. Vous avez vu ces barrages, c’est nous qui les avons installés là-bas (environ une quarantaine de mètres du littoral). Ce sont des niches que nous avons créées pour récupérer certains produits de la mer que nous allons transformer », nous renseigne, Ndèye Seynabou Sarr.

La cinquantenaire est transformatrice de poissons comme ces nombreuses dames, regroupées dans une fédération d’une dizaine de regroupements. Elles sont venues, ce jeudi 19 mai 2022, assister à l’inauguration du Four FTT dont elles viennent de bénéficier grâce à la Fao. Ces femmes transformatrices de Dionewar et celles de S. Vicente/Maio (Cabo Verde) ont bénéficié, sous l’initiative de la Fao, des formations par les femmes transformatrices de Locodjro (Côte d’Ivoire) sur le fumage du poisson avec les fours FTT. Ces fours artisanaux, d’une capacité de 20 tonnes de produit le mois, permettent aux femmes de se départir du fumage des poissons par le sol pour un fumage plus adapté des petits pélagiques (ethmaloses/sardinelles).

Cette nouvelle pratique permettra aux femmes de mieux rentabiliser leurs activités transformatrices. « Je voudrais mettre l’accent sur le rôle des femmes dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique. Ces femmes prennent beaucoup de risques au niveau de leur santé et de leur revenu très réduit. Elles font beaucoup de sacrifices. Cette action permet aux femmes de transformer le poisson. Et comme vous le savez la transformation fait une valeur ajoutée et ça leur permet d’améliorer leur revenu », a indiqué le Coordonateur sous régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, Docteur Robert Gouantoueu Guei. Selon lui, les femmes étaient exposées à d’énormes risques sanitaires en faisant du fumage. « Les conditions de fumage des femmes étaient difficiles. Elles sont exposées au gaz carbonique et à la chaleur, qui sont des tueurs silencieux, alors que les femmes ne se rendent pas compte qu’elles sont en train de ruiner leur santé. Le four leur permet de régler ce problème de façon définitive », a-t-il indiqué.

S’adapter aux standards internationaux

A Dionewar, la transformation du poisson est l’activité phare des femmes. La pêche reste le principal secteur économique depuis la création du village. À l’époque, la mer était très poissonneuse et les pêcheurs n’avaient pas besoin de trop s’éloigner pour remplir leur pirogue au grand bénéfice des femmes. Avec la surabondance, explique Djibril Sarr, Conseiller municipal à la mairie, toute la production n’était pas utilisée par les populations de Dionewar. Le reste était transporté à Djiffer pour son acheminement dans les autres localités du pays.

Dans le cadre de l’Initiative Pêche Côtière de la FAO, ce four, financé à hauteur de 50 millions de F CFA, les femmes transformatrices vont découvrir de nouvelles pratiques de transformation adaptées aux standards internationaux. « Ces dames des îles du Saloum sont des exemples en matière de transformation de produits halieutiques. Le four va leur permettre de travailler en étant beaucoup plus en forme, d’abord pour leur santé, en évitant tout ce qui enfume. Mais surtout de régler les questions de salubrité, d’hygiène. Vous avez vu, c’est construit avec le système de la marche en avant qui s’occupe de qualité et d’hygiène pour tout ce qui est alimentaire. Nous avons fait le tour de l’installation de la plateforme. On n’a pas vu un seul insecte. On n’a pas senti de fumée qui peut affecter la santé », a constaté le ministre de la Pêche et de l’Economie maritime, Alioune Ndoye. Qui promet de multiplier l’exemple à l’échelle nationale sur tous les sites de transformation.

Le sentiment est le même chez Mère Mariama. Elle est responsable de vente au niveau de la nouvelle plateforme du four FTT. C’est cette dame, la soixantaine, qui s’était rendue en Côte d’Ivoire pour la formation sur l’utilisation du four.

Avec l’interdiction du fumage par le sol, Mère Mariama estime que le four est venu à son heure. « Nous sommes vraiment contentes de ce four. Quand je l’ai découvert en Côte d’Ivoire, j’ai dit à notre responsable qu’il nous fallait nécessairement ces fours au Sénégal. On était obligé de bouillir les poissons. Et nous n’avions pas la meilleure qualité sur nos produits. C’est le grillage qui donne la meilleure qualité. C’est pourquoi ces fours sont les bienvenus », se réjouit-elle. Avec cette nouvelle donne, elle espère que leurs chiffres d’affaires vont augmenter. « L’aspect qualité est très important. Souvent les femmes sénégalaises se font la complainte de ne pas pouvoir exporter leurs produits. Cela est dû souvent à un manque de qualité sur nos produits. Avec le four la qualité du fumage est garantie », renseigne Mère Mariama. Selon elle, près de 300 femmes, appartenant à plusieurs groupements, d’une même fédération, vont travailler au niveau de la plateforme qui est bâtie sur environ une superficie de 400 mètres carrés.

Babacar FALL

23 mai 2022


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