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L’ART DE POSER DE MAUVAIS DIAGNOSTICS

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Il faut s’étonner de ceux qui s’étonnent de la pagaille générée par les réseaux sociaux. L’internet est curieusement le seul domaine au monde qui n’est pas régulé. C’est là tout le problème. Les États, pas tous, ont été aveuglés jusqu’à abandonner une partie de leur souveraineté. Face aux développeurs d’algorithmes, ils sont étonnamment timorés, voire impuissants. Une victime des médias sociaux les avait déjà qualifiés de « poubelle ». Le Président Macky Sall les assimile à un « cancer ».

Il est certain qu’on est en présence d’une jungle que l’absence de règles fait prospérer. Les anonymes qui ne font que débiter des insanités font preuve de lâcheté. Le courage, c’est faire comme les Tatars dont chaque flèche portait le nom de son archer. Autre facteur de la déliquescence, les opérateurs qui écoulent les connexions font des profits immodérés. Mais ne font rien pour modérer les propos outranciers et images obscènes. Plus inquiétant encore, la connectivité matin midi soir dégrade la santé mentale de la jeunesse.

Un bon diagnostic est un début de guérison. Le Sénégal peut-il se permettre de rechuter dans l’atmosphère de médiocrité du 3ème mandat. Le principal concerné n’a dit ni oui ni non. C’est le manque de clarté et le dilatoire qui augmentent la tension. Le pire est que cela donne le sentiment que le pays n’a pas bougé d’un iota depuis 2011 à l’époque du reniement de maître Wade. Le phare démocratique est un canular démocratique.

Les assises de réflexion sur la paix et la sécurité en Afrique tenues à Dakar ont brillé par la guerre à fleurets mouchetés que se livrent le Mali et la France sur toutes les tribunes du monde. Ils ont pollué et parasité le forum sans évoquer les vraies causes du manque de sûreté et de quiétude. La corruption est le mal absolu. C’est ce qui fait le lit des instabilités, des inégalités et des injustices. C’est le terreau du terrorisme et de la délinquance kaki qui finit par s’habituer aux délices du pouvoir.

Le pouvoir législatif sénégalais, le 14eme du genre est atypique dans sa composition. Il ne va pas rompre les habitudes. Les contingences matérielles auront leur pesant d’or. Les députés ne roulent pas pour la sobriété. Ils veulent leurs gros véhicules gourmands en carburant. Qui polluent et causent accidents et embouteillages.

Les honorables ne sont pas les seuls à ne se soucier que de leur petit confort. L’intérêt général est mort de sa belle mort au Sénégal. Seul compte le bonheur individuel qui est la plus grande illusion qui soit. Le bonheur est toujours collectif. Les îlots de prospérité dans l’océan de malheur sont une impasse. À l’Assemblée nationale, l’urgence se trouve dans la modernisation de son vieux bâtiment, de ses outils de travail, du mobilier et des micros. Aucun des derniers Présidents de l’institution n’a d’ailleurs pris la peine de la moderniser. Le sens des priorités, le bon diagnostic et l’esprit de méthode font grandement défaut au Sénégal.

Assane GUÈYE

28 octobre 2022


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