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« L’AVOIR DOIT ÊTRE ACCOMPAGNÉ DE VALEURS »

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Professeur, pouvez revenir sur l’intitulé du livre Dërëm ak ngërëm (La perception du développement intégral dans la mouridiya) que vous avez co-écrit avec le Docteur Cheikh Gueye ?
Djiby Diakhaté : Il faut dire en fait que l’expression, nous la devons à Mame Cheikh Anta Mbacké qui avait mis l’accent sur l’idée que l’accès à l’avoir ne doit pas nous éloigner des dimensions de l’être. L’idée est au fond, l’avoir doit être accompagné de valeurs aussi bien dans son acquisition, dans sa conservation et dans sa redistribution.

Comment la philosophie mouride peut-être un référentiel pour le développement ?
Djiby Diakhatè : Il faut peut être avoir une autre acception du développement et du bien être qui place l’humain au centre du dispositif. On s’est rendu compte que notre monde est traversé par des crises. On parle de crise économique, de crise des valeurs, de crise morale, de crise de l’environnement. Bref, il y a crise dans tous les secteurs. Il y a crise dans tous les domaines. Et à partir de ce moment, nous sommes en présence d’un être humain qui est déchanté, un être humain qui est désorienté. À ces crises là, il faut ajouter la crise idéologique des années 1989-1990 qui a montré les limites des différentes doctrines qui, jusque là, ont prétendu pouvoir piloter l’univers. Et donc, à partir de ce moment là, il fallait trouver un autre référentiel qui assure à l’homme un véritable développement, c’est à dire un développement intégral. Parce qu’on a constaté au fond qu’aujourd’hui, les pays qui sont considérés comme étant les pays les plus développés, rencontrent de sérieuses difficultés sur le plan moral, rencontrent de sérieuses difficultés sur le plan des valeurs. Ce sont des pays dans lesquels, nous avons des contre-valeurs qui se développent, l’inégalité, l’ iniquité atteignent des proportions démesurées et ce sont des pays paradoxalement, où on trouve la pauvreté qui est très présente. Alors, à partir de ce moment là, peut être qu’il faut mettre en place une nouvelle acception du bien être et du développement qui tiennent compte de l’humain et de son épanouissement. Et, c’est ainsi que nous avons pensé que la mouridiya dispose d’un certain nombre d’éléments qui permettent d’asseoir une véritable philosophie du développement. Çà suppose également que l’individu se mette à la quête de l’avoir. Et, donc, quand on parle de la quête de l’avoir, on met l’accent sur l’avoir. Le culte du travail a été développé dans la mouridya conformément aux principes qui ont été édictés dans le coran et aux valeurs qui sont propres à la tradition prophétique. Il s’agit de chercher le bien, mais de le chercher de la façon la plus licite qui soit. il s’agit de faire en sorte que dans la quête du bien donc dans le travail, que je sois quelqu’un de motivé, quelqu’un qui fasse les activités de production dans les règles qui ont été édictées dans le milieu dans lequel, je me déploie. Donc, de ce point de vue là, disons que le mouridisme enjoint l’individu à mettre l’accent sur le travail bien fait et à accéder aux richesses licites.

La perception du développement dans la doctrine mouride prend-t-elle en charge la dimension morale ?
Djiby Diakhaté : C’est un développement à visage humain. Donc, ce n’est pas seulement un transfert de technologies, ce n’est pas seulement un développement matériel. C’est aussi un développement qui tient compte de considération immatérielle. Nous pensons que dans les pays sous-développés comme les nôtres, il est important de chercher et de trouver des doctrines qui nous enjoignent à l’action. Et, nous pensons que le mouridisme, comme d’autres doctrines qui existent en Afrique, qui sont des doctrines endogènes, qui développent des savoirs locaux, ce sont des choses qui peuvent, dans une certaine mesure, aider à réorienter nos politiques publiques qui visent le développement de nos localités, qui visent le développement de nos pays et c’est là, où nous avons fait tout un chapitre sur le rapport entre la culture et le développement, entre la culture et l’économie parce qu’il nous semble qu’un développement économique qui n’a pas pour soubassement des valeurs culturelles endogènes, locales dans lesquelles, les gens se retrouvent, ce développement là, peut être considérer comme une simple accumulation de biens matériels mais, ce n’est pas un véritable bien être, ce n’est pas un véritable progrès qui inclut plusieurs facteurs.

Malick SY

16 septembre 2022


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