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L’ENVOYÉ QUI PARFAIT LA NOBLESSE DU COMPORTEMENT POUR TOUTE L’HUMANITÉ

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Les biographies consacrées sur le Prophète Mouhammed (PSL) sont nombreuses ; les éloges sur le caractère de l’homme jalonnent l’histoire ; les caractères et calomnies sur sa personne continuent malheureusement de pulluler jusqu’à nos jours. Bref, de Alphonse Lamartine à Hela Ouardi, ce Prophète (PSL) de l’Islam fait couler beaucoup d’encre et fait l’objet de moult productions intellectuelles. Son modèle politique de gouvernement mis sur pied dans la ville médinoise continue d’inspirer des civilisations à travers l’histoire.

Dans le contexte du Sénégal, la naissance du Prophète (PSL) est retenue comme une date importante pour célébrer l’homme. Or, la controverse autour de la date exacte de la naissance du Prophète (PSL) et la légalité jurisprudentielle de sa célébration y afférente ne cessent d’alimenter les consciences et raviver le débat sur le concept de Bid’ah (innovation) dans le monde musulman, par ricochet, le Sénégal. Nous pensons que ce débat est puéril car nous éloignant de l’essentiel de ce qu’il faut comprendre du contenu de sa mission prophétique. À travers cette contribution, nous allons donc nous appesantir exclusivement sur le sens du contenu du message pour lequel le Prophète (PSL) est envoyé à toute l’humanité avant d’en tirer des leçons pour le monde musulman en général et pour la communauté sénégalaise en particulier.

1. Que faut-il comprendre du contenu du message prophétique ?

Par le truchement des hadiths rapportés et par Al-bukhârî dans « Al-adab Al-mufrad » (273) et Ahmad Ibn Hanbal dans le Musnad (2/381), le Prophète Mohammed (PSL) déclara que : « J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement »
Cet aveu du Prophète de l’Islam résume l’essentiel du sens général du message islamique qui, à tout point de vue, peut être compris autour de deux plans essentiellement. Sur le plan de la portée du message, il faut comprendre que le Prophète (PSL) n’est pas envoyé pour créer une nouvelle religion, par conséquent, l’Islam s’inscrit dans la droite ligne des traditions de la Bible et de la Torah …bref dans le monothéisme abrahamique. S’il est venu « pour parfaire la noblesse du comportement », cela voudrait bien dire qu’il existait bien déjà une noblesse du comportement déjà inscrit dans la Bible et dans la Torah.

Sur le plan de la compréhension de la finalité du message, il est important de noter que l’adoration de Dieu est certes inscrite dans la jurisprudence islamique dont l’ultime finalité est la perfection du comportement. À titre d’exemples, les cinq piliers fondateurs de la foi musulmane sont exclusivement des moyens par lesquels il faut passer pour parfaire la noblesse du comportement. En substance, les prières quotidiennes sont des paravents contre le mal et le mauvais comportement ; la Zakat est un moyen de purification ; le Ramadan est un tremplin pour atteindre la plénitude dans sa foi, le Pèlerinage à la Mecque est un moyen pour atteindre des degrés d’humilité.

In fine, ce court aveu prophétique, qui résume bien l’essentiel du message coranique, est également un appel fort adressé à l’Homme pour s’investir dans le développement de soi, un travail intérieur sur l’être pour atteindre sa plénitude humaine (Al-Insan Al Kamil/L’homme Complet) pour le triomphe de l’âme parfaite apaisée (Nafs-Ul-Mutmainnah). En sus, cet aveu prophétique ne devrait jamais être pris au pied de la lettre par l’Homme pour se dédouaner du travail de soi qui lui incombe en tout temps et en tout lieu. Cette perfection du comportement est aussi un long processus qui engage toute la responsabilité de l’Homme face à son Seigneur pour lui rendre compte le Jour du Jugement. Ainsi Dieu jure-t-il dans son Saint Coran : « Non, je jure le Jour de la Résurrection … Mais non !... je jure par l’âme qui ne cesse de se blâmer, l’homme pense-t-il que Nous ne réunirons jamais ses os ? Mais si ! Nous sommes Capable de remettre à leur place les extrémités de ses doigts. L’homme voudrait plutôt continuer à vivre en libertin…[…]. L’homme sera informé ce jour-là de ce qu’il aura avancé et de ce qu’il aura remis à plus tard. (Al-Qiyamah, 75)

Conscient de la véracité de tels avertissements et son application imminente, le Prophète (PSL) trembla et prit sa communauté présente en témoin pour bien et mieux rendre compte à son Seigneur le jour du Grand Rassemblement : « Que tous ceux qui m’écoutent transmettent ce message à d’autres, et ceux-là à d’autres encore ; et que les derniers puissent le comprendre mieux que ceux qui m’écoutent directement. Sois témoin, ô Dieu, que j’ai transmis Ton message à Tes serviteurs. »

2. Quelles leçons faut-il en tirer pour l’humanité ?

La venue du prophète Mouhammed (PSL) au monde est une miséricorde pour toute l’humanité. Par conséquent, tout être humain doit trouver son compte dans le message pour lequel il est envoyé. Or, ce message de miséricorde est souvent dévoyé pour faire souvent l’objet d’exclusion d’autres communautés religieuses, de guerres tribales, de domination et d’exploitation politique et de récupération populiste.

Au Sénégal, la célébration de la naissance du Prophète communément appelé, Mawloud, est portée sur les fonts baptismaux par les Turuq notamment la Tidjaniya depuis très longtemps. Certes pour les artisans de ces Turuq, la naissance du prophète Mohammad doit toujours être une belle occasion de recueillement, de lecture du coran et de conférences sur la vie du Prophète Mouhammed (PSL). En revanche, à l’ère du numérique avec son lot de dégâts psychiques, cette célébration semble revêtir de plus en plus le caractère de festivités, de bombance et d’échanges commerciaux dans les villes qui les abritent. À l’instar des autres événements passés, certaines femmes portent les plus belles parures et s’adonnent souvent à un concours de beauté qui ne dit pas son non sous le regard avide d’hommes. Plus grave encore, une grande partie du discours, durant la nuit dite du Prophète, est consacrée à des remerciements destinés aux autorités gouvernementales du pays sur fond de joutes verbales qui tiennent lieu à des règlements de compte politique qui cachent mal des frustrations sociales, des alliances et contre alliances politiques. S’il y a quelques leçons à tirer d’évènement de ce genre, c’est de bien comprendre que la foi n’est pas toujours de l’ordre de l’émotionnel mais de l’ordre du rationnel.

Sur le plan social, célébrer le Prophète Mouhammed (PSL), ce n’est pas seulement mémoriser et raconter des faits sur lui, mais comprendre profondément le message pour lequel il est venu délivrer à toute l’humanité. Pour ce faire, quiconque comprend le contenu du message doit nécessairement comprendre qu’il doit être une sorte de miséricorde pour son prochain, le protéger contre la faim, contre la soif, l’abriter et éviter de lui faire du mal ou de le calomnier…bref tout le message du Prophète (PSL) tient au simple fait de faire humanité avec sa société dans l’harmonie.

Sur le plan politique, il est temps que les politiques au Sénégal apprennent les leçons du modèle politique que le Prophète (PSL) a érigé à Médine pour rassembler des communautés distinctes de Médine et de la Mecque autour de l’essentiel d’une vie commune bâtie exclusivement sur la foi loin d’autres considérations d’ordre ethniques, socio-économiques et confrériques.

Sur le plan spirituel, en tenant le crachoir pendant sa dernière rencontre avec la communauté musulmane pour chercher des témoins lors de son ultime rencontre avec la communauté musulmane d’alors, le Prophète (PSL) de l’Islam voudrait bien enseigner à l’humanité une leçon d’humilité. Il voudrait également enseigner aux musulmans de notre génération de bien veiller sur le contenu du message plus que le messager lui-même. Autrement dit, le Prophète (PSL) n’est qu’un simple mortel comme tous les autres qui lui ont précédé et que toute tentative de le diviniser l’Homme est une forme d’association. Par voie de conséquence, ce message qu’il prononça dans une cascade de sanglots en dit long sur la pesanteur d’un message dont le Messager n’est même pas sûr que sa communauté l’aura appliquée à la lettre comme Son Seigneur le voudrait bien :
« Ô peuple ! Il est vrai que vous avez certains droits à l’égard de vos femmes, mais elles aussi ont des droits sur vous. Souvenez-vous que c’est par la permission de Dieu que vous les avez prises pour épouses et que c’est Dieu qui vous les a confiées. Si elles respectent vos droits, alors à elles appartient le droit d’être nourries et habillées convenablement. Traitez donc bien vos femmes et soyez gentils envers elles, car elles sont vos partenaires et elles sont dévouées envers vous. Il est de votre droit qu’elles ne se lient pas d’amitié avec des gens que vous n’approuvez pas, et qu’elles ne commettent jamais l’adultère »

« Souvenez-vous, un jour vous vous présenterez devant Dieu et répondrez de vos actes. Prenez garde, donc, ne vous écartez pas du droit chemin après ma mort. Ô peuple ! Aucun prophète ni messager ne viendra après moi, et aucune nouvelle religion ne naîtra. »

« Raisonnez bien, ô peuple, et comprenez bien les mots que je vous transmets. Je laisse derrière moi deux choses : le Coran et mon exemple, la Sounnah. Et si vous les suivez, jamais vous ne vous égarerez.

Ainsi, le Prophète (PSL) ferma toute la chaîne de la prophétie sur ces paroles ci-dessus qui, à notre humble avis, tiennent pour des vérités éternelles qui régissent la conduite du mari envers son épouse (vice-versa) et fondent le rapport que devra entretenir sa communauté avec le Coran et la Sounnah.

Dr. Moustapha Fall,
Enseignant-Chercheur
UGB

18 octobre 2021