L’HEURE EST GRAVE

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ÉDITORIAL par Mamadou NDIAYE

A crise sans précédent, dispositif inédit. Face au Coronavirus, le Président de la République décrète l’état d’urgence et instaure dans la foulée le couvre feu. Deux décisions majeures censées rassurer et apaiser dans ces moments de doute et d’inquiétude. Macky Sall reconnaît la gravité de la situation. Selon lui, le virus gagne du terrain. Un sérieux risque de calamité publique pèse sur le pays. Il justifie avec calme et solennité ces mesures extrêmes prises pour juguler le fléau. Il invite ainsi les Sénégalais à plus de responsabilité et de conscience.

En évoquant le danger, le Chef de l’Etat n’occulte pas les difficultés. Non plus il n’élude la réalité du terrain avec l’extension des zones infectées à partir du seul foyer connu. Un régime d’exception s’abat ainsi sur notre pays qui sera forcément impacté. Il y a donc péril en la demeure, souligne-t-il, n’excluant pas de saisir l’Assemblée nationale dans de brefs délais pour une loi d’habilitation en conformité avec les actes déjà posés.

En revanche, la séquence temporelle n’est pas précisée. Mais d’après les juristes, elle ne saurait excéder douze jours. A moins d’une prolongation soumise au Parlement pour vote. Utile précision cependant et elle est d’importance : on va assister à une restriction des libertés, celle de la presse (dans une certaine mesure) et la circulation notamment. Aux citoyens de modifier leur comportement pour s’adapter aux circonstances qui s’annoncent.

Préparons nous au pire. Des heures grises se dressent devant nous face à l’épreuve la plus terrifiante qui soit : la pandémie du coronavirus qui se répand, se propage avec virulence atteignant de nouvelles zones et affectant d’avantage de segments de la population. Chaque jour de nouveaux cas s’ajoutent au chapelet. Tenez : il y a un mois nous en étions à un sujet testé positif, puis trois, puis cinq, maintenant 79 ! Et ce n’est pas fini.

En d’autres termes la maladie s’étend à tout le pays. Que faire ? Augmenter l’échantillon de dépistage ? Procéder à des tests massifs ? Isoler des villes, des départements, des régions ? La quarantaine ou le confinement ? Si une riposte est à orchestrer contre le virus, une autre reste à organiser contre l’indiscipline des Sénégalais. Sans faiblesse, parce qu’il y va de la santé de tous. Et d’ailleurs, la première richesse d’une nation c’est la santé de sa population. Peut-être même faudra-t-il durcir les règles et les mesures. La rigueur de la loi doit s’appliquer en toute circonstance. Partout.

C’est à croire que l’inversion de la courbe des infections ne se produit pas. Car les regroupements et autres rassemblements restent interdits, mais la progression de la contagion inquiète. Se cache-t-on encore pour entretenir les contacts ? Sans doute. Une diminution drastique des échanges se serait traduit par un revirement avec pour effet une acceptabilité sociale du « rester chez soi » pour chacun de nous. Parlons peu et agissons tout en restant à l’écoute des spécialistes de la santé et des décideurs. Les premiers, par leur science et leurs avis, éclairent la décision des seconds. Eux seuls ont la légitimité de l’action publique. Pas de croisement de légitimités qui vaille pour éviter toute confusion susceptible d’entremêler les rôles et les responsabilités.

Certes, notre système de santé souffre de ce que les experts appellent « un retard initial » mais des infrastructures adéquates sortent de terre. Il ne faut pas le négliger. Cette cartographie rapproche les populations des unités de santé. Ce saut d’étapes nous prédispose déjà à contraindre le mal à reculer si des messages non équivoques sont transmis par des canaux appropriés. Puisqu’une crise provoque une inquiétude, la communication, dans ce cas, a vocation à rassurer, à réinstaurer la confiance par la reconnaissance de la crise, la crédibilité de la démarche et la compétence des hommes impliqués.

Des déclarations apaisantes sont les bienvenues pourvues qu’elles soient honnêtes et compréhensibles. N’évacuons pas la demande d’informations. Tôt ou tard elle sera pressante, si un reflux tant souhaité n’intervient pas. Après tout, vivre ensemble comporte aussi des risques qui peuvent être conjurés par une forte envie de vivre en commun. A quel moment situe-t-on le pic de l’épidémie ? Parce qu’il est attendu, nous devons redouter le Covid-19. En atténuant sa virulence par une forte réduction des contacts. Lesquels constituent le vecteur de multiplication de l’infection virale.

Des malades qui ne présentent pas de symptômes circulent librement. Ils font courir un danger réel au pays s’ils ne se signalent pas. Gare à ceux qui, renonçant à s’adresser aux centres de santé, s’adonnent à l’automédication pour un mal sans médicament ni vaccin. En guise d’anticipation, l’OMS condamne la prise de médicaments sans preuve de leur efficacité. En revanche des soins intensifs peuvent être prodigués aux malades à coronavirus avant que la capacité de traitement n’arrive à saturation. Un tel scénario est à éviter du simple fait que l’engorgement créerait un débordement indescriptible.

Le secteur touristique est à terre, dit avec amertume un professionnel de l’hôtellerie. Tout est à l’arrêt avec la fermeture des frontières terrestres et aériennes. Sombre tableau en perspective, quelque 140 mille emplois directs et indirects sont menacés si des mesures conservatoires ne sont pas prises en faveur des réceptifs. L’Etat entend mobiliser des fonds à cet effet. Les banques sont invitées pour leur part au gel des charges, au report de crédit et à l’injection de liquidités pour maintenir les activités.

A cet égard, la Banque d’émission, en l’occurrence la Bceao, encore timide, n’annonce pas de baisse des taux directeurs. Elle est encore attendue pour faire fonctionner la planche à billets en vue de contenir les effets inflationnistes d’une économie qui tourne au ralenti. La Banque Centrale européenne, la BCE, qui s’est montrée attentive aux soubresauts provoqués par les ravages du Coronavirus, a décaissé 750 milliards d’euros au profit de l’économie européenne.

Washington approuve la décision européenne jugée « éminente » ce qui, en les rapprochant, éloigne Pékin pourtant invité à se joindre à la gouvernance conjointe de la finance mondiale. Refus de la Chine qui se méfie de Trump toujours prompt à relancer la guerre commerciale. La crise du Coronavirus a secoué la planète en révélant le peu de crédit accordé au secteur de la santé, bien mal en point dans le monde. La précarité nous côtoie tous les jours.

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