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L’HUMILITÉ PRÉCÈDE LA GLOIRE !

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Les Saintes Écritures nous enseignent qu’avant l’honneur et la gloire, il y a l’humilité. Le Tout-Puissant, le Miséricordieux nous dit : « Abaisse-toi et je t’élèverai ! ». Et le quotidien de la vie, depuis la nuit des temps, nous enseigne que « la politesse coûte peu mais achète beaucoup ». En ces beaux et émouvants jours de célébration que le souffle destructeur du temps n’effacera jamais de notre mémoire collective, humble depuis toujours, voici Sadio Mané aujourd’hui auréolé de gloire et honoré par tout un peuple uni derrière son légitime porte-parole Macky Sall, Président de la République du Sénégal. Et avec l’enfant de Bambali, localité située là-bas vers Sédhiou, au cœur de notre chère Casamance, tous ses vaillants compagnons de l’aventure de la Coupe d’Afrique des Nations édition 2021 dont la finale s’est jouée à Yaoundé le dimanche 6 février 2022. Frémissement de joie mêlée d’angoisse, espérance et attente…

A l’instant décisif du 5ième tir, face à la pyramide Gabasky, redoutable gardien de but des Pharaons, quand le souffle du peuple sénégalais mêlé à celui de ses millions de supporters à travers le vaste monde était accroché à son pied, Mané ne retint que le poids des responsabilités et la rigueur du devoir libérateur.

Humilité, abnégation, amour de la patrie, une conscience aiguë de l’impérieuse nécessité d’unir autour de l’essentiel, voilà ce dont notre cher Sénégal a besoin en ces jours d’incertitude dans un monde qui oscille entre apogée et apocalypse. L’humilité précède la gloire. Et c’est un jeune sportif de haut niveau, modeste, pudique et généreux, amoureux de son terroir et de son territoire qui nous donne la leçon. Je ne suis pas souvent sur les ondes de radio et les plateaux de télévision, je n’écris pas beaucoup en dehors de mes livres, fruits de mes réflexions sur des sujets qui me tiennent à cœur. J’aime la magie des livres. J’aime écouter et me nourrir de la parole qui élève, enrichit et agrandit. J’appartiens à une génération qui a été nourrie par une télévision qui, consciente de son influence et de son impact, avait fait de sa mission d’information et d’éducation un sacerdoce, tout en sachant distraire sainement. Aujourd’hui, on constate avec amertume que ce medium sensible, deuxième, pour ne pas dire première école de nos enfants, est souvent le bruyant et cacophonique lieu de résonnance d’un bas débat qui étale ignorance et violence verbale. Constat est fait que l’insignifiant élit domicile, bat la mesure et progresse à la faveur du renoncement de voix emmurées dans leur silence, enfermées dans le confort de leur thébaïde laissant l’espace médiatique pris en otage par de volubiles militants de l’ignorance. Silence coupable, culpabilité collective !
Mais comment continuer de se taire devant un tel exploit de nos Lions et comment se taire devant ceux-là qui à chaque fois que la nation frémit dans une belle unité, s’arrogent le droit de vouloir gâcher la fête ? Les jeunes héros de la nation sont des patriotes qui ont honoré notre pays en propulsant son football sur le toit de l’Afrique. Ils ont reçu les félicitations de la nation entière, ainsi que celles du chef de l’État qui a aussi consenti à leur accorder une modeste récompense au nom du peuple sénégalais, et ceci de manière symbolique. La façon de donner vaut souvent mieux que ce que l’on donne. Et d’ailleurs, ces jeunes, patriotes jusqu’au bout des pieds, braves, talentueux et généreux ont-ils seulement mouillé le maillot dans le but de recevoir terrains et enveloppes ? Assurément non ! Pas eux qui, sur les terrains prestigieux des grands championnats mondiaux, marquent des buts et engrangent des enveloppes autrement plus consistantes que celles symboliques offertes par le Président de la République au nom d’une nation reconnaissante.

Il est vrai que le football, au fil des ans, est devenu un sport mondialisé avec un pouvoir irrationnel mais tellement réel. Il est, reconnaissons-le, géré de manière experte par de puissants réseaux où s’agrègent la force addictive des media, la puissance de l’argent, la force de pénétration du marketing, l’influence insoupçonnée de publicité et bien d’autres facteurs savamment étudiés et utilisés. Les instances du football mondial sont devenues de puissants outils qui occupent une place importante et grandissante dans la géopolitique mondiale. Ce sport, qui dépasse le cadre ludique, a de nos jours le pouvoir de transformer le visage d’un pays et de changer la face du monde. Et voilà que par le football, et bien au-delà du football, nos valeureux Lions ont uni un peuple et écrit de fort belle manière une nouvelle page dans le livre de notre récit national. Du haut du Mont-Fébé, là-bas à Yaoundé, au Cameroun, le lion rouge du Sénégal a rugi et l’Afrique et le monde ont entendu le détonnant et tellurique rugissement de notre Gaïndé national. A l’unisson, épaules contre épaules, esprits et cœurs unis et solidaires nous avons entonné notre hymne national.

Nul ne trouvera dans aucun dictionnaire un mot pour qualifier ce que nous avons vécu à l’arrivée de nos héros vainqueurs foulant le tarmac de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor. Ils étaient là, confondus en UN, majorité et opposition, des hommes et des femmes qui, il y a quelques jours seulement avaient durement croisé le fer lors des élections locales. De valeureux hommes politiques farouchement opposés au Président de la République qui les a conviés au banquet de l’unité autour d’un essentiel qui transcende les intérêts partisans. A ce Banquet du donner et du recevoir, pour reprendre une célèbre formule, presque tous étaient présents, alliés comme opposants politiques, tous réunis et unis dans l’espace d’un aéroport qui porte le nom du premier président de la République du Sénégal !

Une classe politique rassemblée dans ses différentes sensibilités, une foule en liesse dans une procession qui s’ébranle vers l’Université de Dakar qui porte le nom de Cheikh Anta Diop, penseur et homme politique racé, égyptologue hors pair, pharaon du savoir et patriote rédempteur. Une foule en joie qui grossit et marche vers le Palais de la République, situé sur l’avenue Léopold Sédar Senghor en face du Building auquel est attaché le nom du Président Mamadou Dia, illustre homme d’État, immense et attachante figure de la politique sénégalaise. Face à toute cette dynamique chargée de symboles, comment ne pas penser pieusement au concept senghorien de l’accord conciliant qui résume tout un art de vivre sénégalais basé sur la culture d’un merveilleux lien social tout tourné vers la recherche et la consolidation de ce qui unit ?

Voilà le Sénégal que j’aime, le Sénégal que nous aimons, ce Sénégal qui sait s’unir autour de l’essentiel tout en donnant sa juste et légitime place à cette conflictualité tonique si nécessaire à notre système démocratique, aujourd’hui majeur et irréversiblement ancré dans nos mœurs politiques. La démocratie, notre démocratie, pensée par nous-mêmes et pour nous-mêmes, doit être et rester cette voie pacifique et respectueuse de nos valeurs et traditions par laquelle nous devons gérer intelligemment nos désaccords pour construire notre pays. Notre démocratie sénégalaise ne doit nullement être celle pompeusement dite avancée que nous offre un Occident décadent qui n’a cessé de piétiner nos valeurs. Un Occident qui tout en donnant des leçons de modernité s’enfonce dans la décadence et offre au monde un visage hideux que caractérisent ces marchands de haine, ces locomotives du choc des civilisations, à l’assaut du pouvoir politique.

Ce dimanche 6 février, de l’aube à la tombée de la nuit et jusqu’au cœur de cette nuit dakaroise et sénégalaise, toutes sensibilités confondues, nous avons vécu la magie de notre devise nationale : UN PEUPLE - UN BUT - UNE FOI, et nous avons montré à un monde stupéfait la force unificatrice de notre commun vouloir de vie commune. Pour avoir vécu ce que nous avons vécu, comment, à nouveau ne pas penser au 3ième couplet de notre hymne national ? Sénégal, nous faisons nôtre ton grand dessein / Rassembler les poussins à l’abri des milans / Pour en faire, de l’est à l’ouest, du nord au sud / Dressé, un même peuple, un peuple sans couture / Mais un peuple tourné vers tous les vents du monde. Mon propos ignorera à dessein celui de ces hommes excessifs qui font partie du mobilier national de l’arrogance et dont les agissements sont à décourager les anges. Avouons tout de même qu’il est incroyable de constater que de nos jours, dans notre cher pays, qu’on ne peut presque plus prononcer les mots : Sénégal, patrie, justice, honneur sans voir accourir une tapée de petits esprits aux grands mots, gonflés de vent et causeurs de maux qui s’imaginent qu’on les appelle par leur nom alors qu’on était à mille lieux de penser à eux.

Il est des attitudes, des postures et des manières de faire qui sont la preuve patente d’une méconnaissance de la fibre profonde qui anime notre pays. La route est longue et il y a incontestablement beaucoup de choses à faire encore, à dénoncer, à changer, à corriger et à éradiquer. Mais il y a aussi que, sur le fond un très lourd héritage, en un temps relativement court, le Sénégal a fait du chemin, avec des avancées significatives dont on ne peut que s’enorgueillir pour demander encore plus. Le Sénégal, volens nolens, qu’on le veuille ou non, a beaucoup avancé et changé. Aussi, en ces jours de communion et de célébration, il offre au monde une image radieuse, colorée de vert, de jaune et de rouge. L’étoile qui ornera dorénavant le maillot des Lions, à l’image de celle qui trône depuis 60 ans sur le drapeau national, nous la voulons comme le symbole du rayonnement de notre pays et de son ouverture à tous les vents porteurs d’humanité et de fraternité universelle.
Vive le Sénégal !

14 février 2022

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