L’IMPACT DES FINANCES SUR LA POLITIQUE MIGRATOIRE REMIS EN CAUSE

news-details
JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANTS

L’Etat a mis plus de 40 milliards dans le financement de sa politique migratoire. Le constat est fait, à l’occasion de la célébration de la journée internationale des migrants, ce 18 décembre, au Centre Ahmadou Malick Gaye (ex - Centre de Bopp), que les problèmes persistent.

Impact des financements sur la politique migratoire du Sénégal

Selon Zakaria Sambakhé, le Directeur de l’ONG Action Aide Sénégal, « ce qui explique cela, c’est que les financements ne ciblent pas les bonnes personnes, ne sont pas durables et ne sont pas orientés vers les secteurs de développement où les jeunes peuvent créer de la richesse. » Il prône ainsi « une concertation de l’ensemble des acteurs, (afin) d’identifier les priorités par secteur, en mettant l’accent sur la formation des jeunes. Parce que si on n’a pas une formation qualifiante, permettant de pouvoir avoir un métier durable, cela va être difficile même si on finance, d’avoir les résultats escomptés. Oui, il faut financer mais il faut bien financer, ciblant les secteurs porteurs. Il faut aussi que les Sénégalais soient dotés de connaissances, d’outils qui leur permettront de mieux utiliser ces financements-là. Il y a les secteurs comme l’agriculture, la transformation, l’audiovisuel, la communication, les micro-entreprises, l’artisanat, qui peuvent aider les jeunes à avoir des revenus afin de prendre en charge leur famille. »

L’Union africaine (UA) interpellée

Au-delà, signale-t-il, « séparément, les pays ne peuvent pas avoir de bons résultats. Nous exigeons et encourageons une approche communautaire. Parce que le Sénégal, à lui-seul, ne peut pas régler le problème de la migration. Il faut au-delà de la CEDEAO, aller au niveau de l’Union africaine (UA). Parce qu’il y a des politiques communes au niveau de l’UA, en matières agricoles, promotion d’accès des femmes à la terre et de financement, etc. Ces politiques doivent permettre à l’UA de porter la voie des pays africains au niveau des espaces tels que les Nations Unies pour que cette question de la migration ne soit pas vue comme étant un problème mais plutôt comme une opportunité. Quand on parle d’opportunités, c’est plus en termes de comment arriver à ce que les jeunes transforment leur société. Aujourd’hui, si l’Afrique n’est pas capable de transformer ses ressources, de créer de la valeur ajoutée au Sénégal par exemple, cela va être problématique. La réponse est communautaire, pas individuelle. »

Plaidoyer sur la mise en relation entre l’Etat et la société civile

Selon Thierno Aliou BA, le président de l’Union pour la solidarité et l’entraide (USE), créée en 1955, il urge de mettre en place une meilleure politique migratoire face à la situation « préoccupante » des migrants. Dans ce sillage, explique-t-il, « le plus important n’est ni de fermer les frontières ni de mettre des milliards mais plutôt de réfléchir » pour arriver « à régler 3 choses essentielles : D’abord, fixer ceux qui sont restés et qui ne veulent pas partir pour qu’ils puissent avoir des projets de développement. Ensuite, mettre ceux qui veulent partir dans de bonnes conditions pour qu’ils le fassent. Enfin, que ceux qui veulent revenir reviennent dans la dignité. Et ça, seul l’Etat peut le faire. Rester, comment rester, partir comment partir et revenir, comment revenir. »

Selon les estimations de BA, déplorant la violation des droits des migrants, l’Europe n’en accueille que 15 sur les 175 millions, de part le monde. « A quoi servent ratifications et signatures si les droits des migrants sont bafoués ? », peste-t-il.

Représentante du Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT), et du Conseil économique social et environnemental (CESE), Fatoumata Gueye Ndiaye insiste, elle, sur l’occasion qu’offre la journée internationale des migrants pour évaluer la politique migratoire du Sénégal : « Savoir quelles sont les contraintes que nous avons dans sa mise en œuvre ? Qu’est-ce qu’il faut améliorer pour que cette mise en œuvre soit effective ? Qu’est-ce que les Institutions doivent faire pour que quand même les objectifs fixés dans cette politique d’émigration soient atteints ? Les Institutions sont partantes pour une collaboration beaucoup plus accentuée avec les organisations de la société civile. L’Etat fait beaucoup de choses mais on peut mieux faire toujours quand on accentue la collaboration. Les OSC (Organisations de la société civile) sont sur le terrain, en relation directe avec les migrants. »

Parmi les personnes impactées, 17% sont des femmes, d’après les statistiques
Dans ses recommandations, elle évoque la protection des migrants, surtout des femmes et des enfants. « Dans le dernier naufrage, nous avons vu qu’il y avait des enfants, motive l’ex présidente de l’Association des juristes sénégalaises (AJS). C’est des femmes ou bien des parents qui migrent avec leurs enfants. Donc, ça nous interpelle tous. Et c’est vrai que 17%, on peut penser que ce n’est pas beaucoup mais il faut voir ce que ces femmes-là subissent. C’est des acteurs qui subissent plus. Parce que dans certaines conditions aussi bien sur le trajet de la migration qu’au niveau des pays d’accueil, c’est des couches vulnérables qui subissent vraiment des agressions atroces. Quand je parle des femmes, souvent on dit qu’elles sont des esclaves sexuelles lors du trajet dans certains pays. Maintenant, ça nous interpelle. Dans la protection des migrants, l’Etat va accorder une attention particulière aux femmes migrants et aux enfants ».

Vous pouvez réagir à cet article