L’OPPOSANT BAH OURY PROPOSE UNE TRANSITION ENTRE 24 ET 30 MOIS

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Guinée

Le Jury du dimanche (JDD) connecté à Conakry, la capitale guinéenne. Fixant sa feuille de route, lors de son investiture vendredi dernier en tant que président de la Transition en Guinée, le colonel Mamady Doumbouya a occulté la question liée à la durée de celle-ci. Face à Mamoudou Ibra Kane, ce dimanche 3 octobre, le président de l’Union des démocrates pour la renaissance de la Guinée (UDRG), Amadou Oury Bah, a donné son point de vue sur la question.

Pour l’opposant et membre du front national pour la défense de la Constitution, la transition devrait durer entre 24 et 30 mois.

"La durée n’est pas encore fixée puisque vous savez que ça doit faire l’objet de négociations d’une part avec la CEDEAO, de l’autre côté avec les forces vives (de la nation). Mais ce qui est le plus important, à mon avis, par rapport à la durée de la transition, c’est la durée indiquée pour faire en sorte que les priorités absolues de la transition puissent être résolues. D’abord, nous avons la Constitution, qui devrait être refondue et adoptée par voie référendaire. Nous avons également un recensement général de la population à faire, et de là, on pourra extraire le fichier électoral qui permettra d’avoir quelque chose de viable pour nous permettre d’organiser quelque chose de manière acceptable les élections futures.
Un recensement général de la population, celle qui est à l’intérieur et celle qui est à l’extérieur, on ne peut pas faire cela en six mois, (ni) en douze mois. Donc, la période que nous, nous avons proposée, c’est 24 mois, pour faire ces chantiers essentiels. Et éventuellement, une translation de six mois au cas où les aléas empêcheraient le processus d’aller au rythme souhaité. Donc, une transition entre 24 et 30 mois serait tout à fait raisonnable pour permettre à l’État guinéen de repartir sur des bases beaucoup plus solides", a-t-il argumenté.

"Aujourd’hui, il faut faire les choses de manières régulières, ordonnées et sérieuses"
Pourquoi cette indulgence à l’égard de la junte ? "A l’heure actuelle, il faut voir que nous voulons systématiquement éviter les erreurs du passé. Et c’est cela qui amène de notre part à faire preuve de responsabilité et de prudence. Avec la transition que nous avons connue pendant un an avec le capitaine Dadis Camara, nous n’avons pas obtenu de feuille de route. Nous n’avons pas eu une charte. Nous avons passé le temps à des questions de guéguerre et c’est ce qui a abouti en fin de compte à la tragédie du 28 septembre 2009. La transition qui a duré en fait deux ans n’a été effectivement jamais géré que pendant dix mois, ce qui a fait que nous avions escamoté des procédures notamment l’adoption de la Constitution de 2010 par voie référendaire. Ce que, par la suite, Alpha Condé a brandi pour dire que cette Constitution de 2010 manque de légitimité. Aujourd’hui, il faut faire les choses de manières régulières, ordonnées, sérieuses, sans pour autant escamoté l’avenir. Parce que ce qui est le plus important, c’est de préparer l’émergence d’un pays stabilisé, d’un pays réconcilié, qui a les instruments pour une gouvernance beaucoup plus vertueuse pour ne pas que cela soit des éternelles répétitions comme une fatalité qui fait que la Guinée, depuis l’indépendance, est toujours restée nettement en retard. D’où la nécessité de donner un temps raisonnable à cette transition pour qu’elle fasse ce qu’elle doit faire dans l’intérêt supérieur du pays."

Toutefois, Bah Oury exclut de participer au gouvernement. Selon lui, il n’est pas souhaité que des personnalités politiques soient désignées pour entrer dans le gouvernement. "Parce que si on fait cela, on risque de remettre au sein du gouvernement les querelles et les contradictions qui minent l’espace politique guinéen."

Pour lui, la réconciliation nationale, entre autres questions, prime même sur l’opération "mains propres", concernant la lutte contre la corruption. En revanche, a-t-il souligné : "le comité d’audit que le CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement) a déjà annoncé devrait avoir une durée de vie qui irait au-delà de la période de transition pour permettre à ce que le secteur minier, et les responsables qui ont fait preuve de corruption et qui ont sacrifié les intérêts du pays à un moment donné soient entendus, identifiés et traduits devant les tribunaux."
Dans sa mise en garde, il a cité l’exemple de la Gambie. "Avançons prudemment", a-t-il conseillé.

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