LA CHRONIQUE DE BNF’ - FAITES ENTRER L’ARTISTE

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CAN 2019

Il est d’une des qualités de l’artiste que celle de se faire rare. Après près d’un mois sans jouer, cet après-midi, à l’heure de fouler la pelouse du stade du 30 juin, Sadio Mané bloquera enfin le compteur à un peu moins de 40 000 minutes : cela fera 26 jours que la star sénégalaise de Liverpool n’avait pas fait ce qu’il sait faire le mieux : jouer au football. Point de doute. Sa scène lui manque. Il a hâte de jouer, en première, sa nouvelle pièce : la métamorphose.

En montant sur cette scène, il devrait montrer comment entre deux CAN, de l’eau aura coulé sous le pont et des larmes sur ses joues. C’est une scène qu’il connait. Qu’il avait quittée, dévasté, il y a 880 jours. C’était le 28 janvier 2017 et son penalty face à Ondoa symbolisait parfaitement la caricature de celui qu’il fut. Le môme a changé. Sur la carte du monde, il a placé Bambaly. L’acteur a changé. Sur d’autres scènes, Il s’est auréolé de gloires construites sur les débris de ses échecs. Une finale de Ligue des Champions perdue par-ci, une grosse occasion manquée en sélection par là, ou encore une série de près de quatre ans sans marquer le moindre but au pays natal... ont fini par faire la place à une présence dans le top 25 du Ballon d’Or, un soulier d’or de co-meilleur buteur de la Premier League, un Onze d’Or et, surtout, une étoile scintillante de Champion d’Europe.

Sadio Mané a changé. Cela saute aux yeux et aux oreilles. La baguette magique qu’il tenait maladroitement, comme si on la lui imposait, a fini par faire effet... sur lui. Il s’est métamorphosé. Dans son jeu, plus vertical, délesté de fioritures, plus froid. Dans son discours, mieux maitrisé, plus mature, moins naïf. Dans sa gestuelle, plus imposante, plus affirmée, plus assumée... Scène ne pouvait donc être plus adaptée pour interpréter sa métamorphose que la Coupe d’Afrique des Nations et le scénario ne pouvait être mieux choisi par le hasard : une suspension que personne n’a vu venir pour le priver de la première répétition de son orchestre, le conduire à boucler près d’un mois de sevrage et lui faire retrouver un adversaire qui lui rappelle mieux que n’importe quel autre ses cauchemars de précédentes CAN. Cette victoire sur la Tanzanie, acquise sans lui, ne fait qu’en rajouter au poids qu’il devra supporter de ses épaules désormais assez larges. Il sait ce qui l’attend de son public si versatile mais qui l’aime d’un fol amour.

Ce soir, quand l’étranger le plus attendu au pays de Mohamed Salah franchira la dernière ligne du tunnel qui donne sur la scène à laquelle il avait donné rendez-vous, 16 millions de cœurs battront la chamade avec lui car il ne faudrait surtout pas le laisser seul, "exilé sur le sol au milieu des huées", au point que "ses ailes de géant l’empêchent de marcher". Pour qu’elle soit parfaite, sa symphonie doit être collective. Car, que serait le maestro sans orchestre ? Que serait Zidane sans Makelele ou Vieira ? Sans Lizarazu ou Carlos ? Que serait Sadio sans Gana ou Alfred, sans Sabaly ou Wagué, sans les autres ? Cela fait un mois qu’il attendait de les rejoindre sur scène. Ses pieds doivent trépigner. Faites entrer l’artiste. Moteur, action.

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