LA CHRONIQUE DE BNF’ - LE DIKTAT DES EXPERTS

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CAN 2019

Il y a quelques jours, juste après la première victoire du Sénégal dans cette CAN 2019, nous soulignions ici notre forte propension à nager dans l’excès et dans l’oubli, à s’auto-flageller pour un nul ou une défaite, à faire dans le dithyrambe pour une victoire… Le constat n’a pas changé. Après la défaite face à Algérie et la victoire contre le Kenya, le croquis est resté fidèle jusqu’à la célèbre décision du nouvel héros national Bamlak Tessema Weyesa : « I cancel my penalty ».

On a peut-être juste omis un trait qui l’aurait rendu encore plus réaliste, la dictature des experts. Ils sont là, autour de nous, sur les plateaux télés et radios, sur nos pages d’accueil sur les réseaux sociaux ou encore au coin de la rue. On les lit, on les entend, entre deux clopes écrasées, lancer des fatwas sur qui a droit à la parole, plaider une fausse légitimité basée sur le nombre d’années ou de décennies d’expérience en tribunes ou sur celui de télécommandes cassées à la suite d’une occasion manquée par ci, d’un contrôle raté par là, sortir des manuels virtuels de procédures du bon supporter et tutti quanti…

Leur principale cible ? Ceux qui viennent les envahir à chaque grande compétition, qui ne pensent pas comme eux, qui ne répètent pas ce qu’ils disent et qui, ô suprême sacrilège, ne crient pas « Amen » quand ils ont fini leur homélie. Leur tendance actuelle ? Reprocher à ceux qui ne sont pas contents d’exprimer leur mécontentement, reprocher à ceux qui sont contents de trop laisser exploser leur joie, reprocher l’abandon à ceux qui, las de se rappeler que notre pays n’a – toujours - jamais rien gagné, se sont volontairement mis en retrait…

Le diktat de la pensée unique vient donc s’emparer d’un sport qui se nourrit principalement de contradictions. Que personne ne s’y trompe. Le football n’a jamais été, n’est pas et ne sera pas une activité élitiste dont l’analyse est réservée à une certaine horde bien-pensante qui en définit les codes de conduites parce que regardant 3 matchs et 5 rediffusions par jour ou que le 4-1-2-3 n’ayant plus le moindre secret pour eux.

Il n’y a point de légitimité qui tienne. Il n’y a pas qu’une seule façon d’aimer ou de parler de football ou de son équipe. Vous avez envie de critiquer, de tchiper, de hurler, de crier votre rage contre votre équipe ou vos joueurs ? Faites-vous plaisir tant que cela vous chante. Vous pensez plutôt qu’il faut les cajoler, les étreindre, les louer ? Ne vous gênez pas. Vous êtes tentés de valser entre les deux camps, de retourner régulièrement votre veste, d’idolâtrer un joueur ou un entraineur aujourd’hui pour une victoire poussive et de le vouer aux gémonies demain pour une défaite injuste ? Mais allez donc ! Vous avez décidé de rester stoïque, imperturbable face à la clameur ou vous n’avez simplement pas envie de regarder votre équipe et vos joueurs quand bien même restent-ils votre équipe et vos joueurs, mais vous souhaitez quand même exulter comme tout le monde à la suite d’une rencontre dont vous n’avez suivi que le coup de sifflet final ? C’est votre droit le plus absolu et que personne ne vienne vous faire la morale car nul n’a le monopole de la meilleure forme de soutien encore moins celui de la meilleure manifestation du patriotisme.

Soyez libre d’être complaisant quand tout semble aller de travers. D’être grognon quand tout a l’air de marcher mieux que jamais. L’on n’est pas plus patriotiques parce que l’on s’est peint tout ou partie du visage aux couleurs du drapeau. L’on ne l’est pas moins parce que l’on n’a pas sauté au plafond au but contre son camp de la Tunisie, ou que l’on a estimé que Pathé Ndiaye, attaquant maladroit mais besogneux du club de votre quartier aurait mérité une place dans les 23, encore moins parce que l’on a jugé que Coach Cissé aurait mieux fait de choisir un 3-3-3-1 façon Bielsa face au Kenya…

Non. Le football se nourrit de cela. De cette mauvaise foi, de ce chauvinisme, de cette passion, son carburant. Vous, optimistes, pessimistes, hurleurs, rageurs, cajoleurs, critiqueurs à la petite semaine, théoriciens du dimanche, le faites vivre. Il faut de tout pour remplir un stade, sinon qu’est-ce que les gradins seraient ennuyeux si tous suivaient les mêmes codes ! Et au lendemain du 19 juillet, quand la très convoitée Dame Coupe qui s’est toujours refusée à nous jusqu’à ce soir cairote prendra les airs pour qu’on l’embrasse comme personne ne l’a jamais étreinte, on se remettra tous ici ou ailleurs à refaire les scenarii chacun selon sa vision si versatile de la science technico-tactique.

Que nul ne vous prive de votre plaisir. Savourez-le. Ou boudez-le. Mais vivez-le !

P.S. : A la fin de la lecture de ces lignes, certains se poseront la question - secrètement ou non -, « Et si on ne gagnait pas ? » Qu’ils relisent les lignes. Car pour la passion, le résultat est ce qui importe le moins.

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