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LA CNES PLAIDE POUR LA RÉFORME DU DÉCRET 79 SUR LE MIL

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La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes) et le projet « Feed the future » ont procédé, jeudi, à l’installation du Comité de pilotage (Copil) sur la réforme du décret 79-665 sur l’incorporation de farines de céréales locales dans la planification et l’amélioration de la fiscalité sur les farines locales. L’objectif est de réformer ce décret, en faire adopter un nouveau plus adapté, mais également proposer des incitations permettant aux farines des céréales locales d’être compétitives par rapport à la farine de blé.

C’est clair, on ne peut plus continuer à dépendre totalement de l’extérieur sur certains produits de base et vouloir affirmer notre indépendance. Le décret 79-665 du 7 juillet 1979 rendant obligatoire l’incorporation de la farine de mil dans le pain courant est non seulement désuet, mais n’a jamais été appliqué au Sénégal. Pour la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), le Sénégal pourrait faire un saut qualitatif en appliquant de façon systématique une incorporation de 15% de céréales locales dans la fabrication du pain.

« Si aujourd’hui le pain qui est une denrée quotidienne est faite à partir des produits importés, cela nous pose problème dans la mesure où le décret date de 1979. En 2022, on se pose la question de l’existence de ce décret et de sa nécessité d’être reformé. Mais ce décret va au-delà de la réforme. Il pose une problématique globale qu’il faut changer dans nos habitudes alimentaires », a déclaré le président de la Cnes, Adama Lam. Ainsi, le patriotisme sénégalais doit prévaloir. Si on calcul la consommation par tête au rythme observé de 2000 à 2010, cela fait une consommation de 118 kg. D’après le président de la Fédération nationale des boulangers du Sénégal (Fnbs), Amadou Gaye, il faut aller à l’essentiel et comprendre les enjeux.

« En 2000 on était à 216 mille tonnes de blé importé. En 2010, 374 mille tonnes. En 2020, on est presque à 700 mille tonnes. Les projections nous montrent qu’en 2030 nous serons à 1 million 200 mille tonnes. Un tel volume d’importation de blé n’est pas tenable pour notre balance commerciale », a analysé le président des boulangers.

« Il faut un changement de paradigme de consommation »
Ce décret a été pris dans un contexte où le Sénégal était en surproduction de mil. Il fallait trouver des débouchées pour la transformation de céréales et le produit le plus consommé et le plus rapide a absorbé cette surproduction de mil, était le pain. Suite aux travaux techniques de l’Ita, il était ressorti qu’il est possible d’incorporer jusqu’à 30% du mil dans la planification.

Durant la discussion, les acteurs ont pensé que la réforme sur l’incorporation de céréales ne doit pas être seulement sur le papier, il faut que l’Etat accompagne le secteur privé dans la production massive des céréales. Selon le directeur du Commerce intérieur, Omar Diallo, dans le contexte actuel, le Sénégal est obligé d’aller vers la consommation locale.

« Pour avoir du blé de l’année prochaine, il aurait fallu que l’Ukraine et la Russie sèment. Tel n’est pas le cas pour cette année. Donc, l’année prochaine, les récoltes de blé seront moindres que celles de 2021. Nous sommes en train de fonctionner sur les stocks de 2021. Notre consommation en blé ne diminue pas et elle doit diminuer. Pour qu’elle diminue, il faut qu’on aille vers le changement de paradigme de consommation », pense M. Diallo. Le Sénégal se caractérise par une forte importation de produits alimentaires composés principalement de riz, de blé, d’huile et de produits laitiers. Selon l’Ansd, durant la période 2015-2019, les importations de blé ont progressé de 21,6% passant de 88,6 milliards en 2015 à 107 milliards de FCFA en 2019. En volume, ces importations sont passées de 584.362 tonnes en 2015 à 702 milles 816 tonnes en 2019. Cependant, les nouvelles orientations du Pap2A, suite à la pandémie de covid19 proposent d’accélérer la souveraineté alimentaire du pays en renforçant l’autonomie sur les produits de base et stimuler, par la même occasion, le consommer local.

Fodé Bakary CAMARA

10 juin 2022


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