LA COMMISSION RÉCONCILIATION SE PENCHE SUR LES CAS DE VIOLS COMMIS SOUS JAMMEH

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GAMBIE

Depuis quelques jours, la Commission vérité, réconciliation et réparations gambienne se penche sur un sujet aussi complexe que tabou : le viol. Au centre des victimes, elles sont nombreuses les femmes venues s’inscrire. Toutes clament avoir été violées sous l’ancien régime avant de réclamer justice et réparations. Mais, si la volonté de témoigner est là, il n’est pas évident de narrer les récits d’une série de viols en public. A la complexité du sujet s’ajoute un nouveau défi. D’après le président de ladite structure, ces femmes qui ont osé témoigner sont aujourd’hui victimes de harcèlement dans la société.

Depuis l’ouverture de ce chapitre du viol, elles sont cinq femmes à avoir témoigné à visage découvert devant la Commission de réconciliation. Parmi elles, Fatoumata Jawara, aujourd’hui parlementaire. Arrêtée le 14 avril 2016, en compagnie de plusieurs de ses camarades, en marge des protestations pour la réforme du code électoral, elle a subi plusieurs maltraitances entre les mains des forces de l’ordre. Mais, si la véracité des faits n’est pas remise en cause, il n’est pas évident de parler ouvertement d’un sujet aussi tabou dans la société que constitue le viol. Le terme en tant que tel n’existe pas dans plusieurs langues locales et on a recourt aux euphémismes.

« Pour désigner le terme viol en wolof, on dit pudiquement, "l’homme m’a cherchée" pour ne pas dire "forcée" ou "il m’est tombée dessus"… C’est une atténuation car l’équivalent du mot "viol" en tant que tel n’existe pas », soutient-elle.

A la complexité du sujet s’ajoute un autre défi. Après leur témoignage, le président de la Commission de réconciliation révèle qu’on lui a rapporté que ces femmes font désormais l’objet de harcèlement. Une nouvelle forme de dissuasion qui ne passera pas, indique Dr Sise : « la Commission est très préoccupée par ces agissements. Il est inacceptable que les femmes victimes de viols qui témoignent soient de nouveau harceler alors qu’elles n’ont fait que briser le silence ».

Le président de la Commission se dit "ferme" là-dessus. Son institution ne permettra pas que de tels agissements se poursuivent. Toutes les hypothèses seront étudiées, la Commission pourrait même recourir à des audiences à huis clos pour les femmes victimes de violences sexuelles.

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