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LA DÉMESURE

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L’Afrique de l’Ouest fait perdre le Nord. Quand ailleurs, on met le turbo sur l’économie de la connaissance, les agendas culturels, l’innovation et le mouvement, sous le chaud soleil d’Afrique, on continue à perdre beaucoup de temps. Les chronophages sont aux manettes. Ils peuvent faire n’importe quoi. Signe des temps, on est la risée du monde. Ce monde qui va si vite et qui ne nous attend pas.

L’impasse malienne est donc un cul-de-sac africain. Deux coups d’Etat depuis 2020, défiguré par la guerre asymétrique, quasiment sous occupation avec neuf ans de présence militaire française, et désormais friable aux instructeurs ou mercenaires de Wagner, comme de nombreux États d’Afrique, le Mali renvoie l’image affligeante d’une porte close sans serrure ni poignet. La Cedeao a infligé une punition. Le gel des avoirs est une sanction infamante. Le dilatoire de Assimi Goïta, le colonel de Bamako, moins de 40 ans, adepte du quinquennat, a soulevé la colère au sein de l’organisation sous-régionale.

La transition inclusive, apaisée et ordonnée pour laquelle il s’était engagé n’était que bluff, voire imposture. La moutarde monte vite au nez. Fils d’un ancien officier de l’armée, le Président de la Transition passe à présent pour une personne incommode. Il est fort probable qu’il soit lui-même sous influence, pris en otage par ses camarades officiers. Sous les lambris du palais de Koulouba, l’excès d’habileté ressemble à du cynisme. À Accra, par une journée dominicale, la Cedeao a, de son côté, pris une décision de panique en cédant aux excès et à l’émotion. Les grands brûlés sont toujours ceux qui se seront trop approchés du soleil. Dans un sens comme dans un autre, il faudra prendre de la hauteur pour espérer une issue à la crise.

Mais alors, le Sénégal dans tout ça ? On est dans la communauté des 15. Il y a des règles de discipline. Une chose est sûre, le cordon sanitaire avec le voisin va générer un préjudice considérable. Le Mali, c’est 20% des exportations sénégalaises. L’ostracisme est un camion fou qui cause des dégâts collatéraux. La diplomatie des cercles concentriques ménageait beaucoup la mitoyenneté. C’était la realpolitik.

Winston Churchill, le vieux lion, architecte de la victoire à la seconde guerre en était un champion. « Si Hitler envahissait l’enfer, j’aurais au moins une parole favorable pour le diable », disait-il pince-sans-rire malgré la gravité de l’heure. L’atmosphère est lourde. La compétition est rude. L’adrénaline monte au tournoi de la Can. Les Sénégalais la suivent sur fond de résurgence du monopole de la Rts qui savoure un temps fort. La concurrence n’est pas romantique. Tout le monde cherche des vues.

Mais ça ne peut être de l’animosité. Les speakers des radios privées sont privés de commentaires fleuris après chaque exploit. Il y a du dépit, de la frustration et même de l’ennui. La communion autour des Lions s’est fracassée sur l’autel des droits exclusifs. Face à la Guinée, le Sénégal joue un derby. Pas plus. Il faut rester dans le simple cadre du football. L’équipe est diminuée par le Covid. La troisième dose a été rendue possible. Les Sénégalais continuent pourtant à bouder la molécule. Dans les centres de vaccination, il ne s’y présente en règle générale que les plus vulnérables et ceux qui auraient un projet de voyage. L’overdose dans la communication, les sanctions, la concurrence monopolistique, c’est l’autre nom de l’hystérie collective qui ne présage rien de bon.

14 janvier 2022

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