LA DESTRUCTION DE PREUVES AU CŒUR DE L’AUDITION DU BOSS DES RENSEIGNEMENTS SOUS JAMMEH

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GAMBIE

Voilà deux ans désormais que la Commission vérité, réconciliation et réparations enquête sur de de nombreuses violations des droits de l’homme commises sous l’ex-président Yahya Jammeh. La structure chargée de réconcilier le pays audite depuis le début de cette année les membres du service de renseignement qui opéraient comme le bras armé du régime tyrannique de Jammeh. Ousmane Sowe, qui dirige aujourd’hui le service de renseignement gambien, a été audité devant cette commission. Invité à témoigner, il a affirmé ignorer toutes les allégations de tortures alors qu’il reconnait avoir détruit les preuves à la chute de la dictature.

Ousmane Sowe ou l’art de la destruction de preuves, pourrait-on résumer celui qui dirige actuellement le service de renseignement gambien. Au cours de sa carrière au sein du service de renseignement, Sowe est passé d’agent à analyste, puis à chef des enquêtes et, plus tard, de la sécurité extérieure. Parallèlement à ses activités, il a continué ses études pour obtenir un double master en diplomatie et en sécurité. Et pourtant, face à l’avocat général de la Commission, il feint d’ignorer que le fait de repeindre des murs maculés de sang et de faire disparaître des machines de torture, relevait de la falsification de preuves.

Sous Jammeh, tout le monde a appris qu’il ne fallait pas se frotter à la NIA. Sa simple évocation peut toujours donner des frissons à nombre de Gambiens-son signe a d’ailleurs été modifié entre-temps-. Face à l’insistance des enquêteurs de la Commission, Ousmane Sowe prétend avoir travaillé pendant 9 ans sans savoir qu’il existe une machine dite « à parler vrai ».

Destruction de preuves

En 2017, à la chute de Yahya Jammeh, Ousman Sowe revient à l’Agence en tant que directeur général. Dès sa prise de service, il commence à rénover les locaux, démonte la tristement célèbre machine à « parler vrai », repeint la chambre de torture qui était maculé de sang. Il laisse pourtant intacte la célèbre cellule « bamba dinka » (« la fosse aux crocodiles », une petite cellule sombre et infestée de moustiques, afin de la « préserver ». Il déclare ne pas avoir ressenti le besoin de préserver les preuves des tortures qu’il qualifie pourtant de « terrifiantes ».

Même le registre de détention manque à l’appel, un sérieux frein pour connaitre tout ce qui s’est réellement passé et un tort à la postérité. « Ce n’était pas ma motivation, se justifie-t-il. La raison était le choc qu’un tel instrument puisse exister. Dans le contexte qui m’est aujourd’hui expliqué, je comprends désormais qu’il s’agissait d’une falsification de preuves. « Cela l’était et le demeure, tranche Faal, l’avocat général ».

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