LA FAIM ET LA PAUVRETÉ, FACTEURS DECLENCHEURS

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Crise en Guinée

Dimanche 5 septembre au matin, le président Alpha Condé de la Guinée Conakry a été victime d’un coup d’Etat. Parlant des mobiles de leur action, les putschistes ont évoqué, entre autres, la question du mal vivre qui règne en maître en Guinée. C’est sur ces entrefaites que nous nous intéressons à la paupérisation de ce pays de la sous-région. La faim et la pauvreté est une réalité en Guinée. Ainsi, nous allons devoir, à travers la trame de l’analyse, examiner comment l’une entraîne l’autre et vis versa.
Selon Mediaterre.org, il est également intéressant de déterminer, dans ce rapport, le centre de gravité de l’impact de ces fléaux sur les diverses couches sociales en Guinée. En dernière analyse, il convient d’insister sur l’origine institutionnelle des fléaux qui s’érigent dorénavant en un problème chronique de marasme économique.

Analysés de manière synchronique, faim et pauvreté constituent en Guinée des faits sociaux à manifestation corrélative. En effet, en parlant particulièrement des collectivités rurales qui, ne disposant pas de crédits financiers importants pour la production agricole, connaissent la famine durant la période de soudure en période hivernale. Car la réserve d’argent ayant servi à financer la semence agricole dont le prix pourrait renchérir d’un jour à l’autre. Dans ces conditions, indique notre source, on assiste à l’aggravation de la pauvreté paysanne lorsque les individus essaient de parer au problème soit en contractant des dettes sous forme de prêts sur gage (donc le champ ou le travail), soit en livrant aux marchands le reste de leurs biens. A noter qu’aucune administration locale, en Guinée, n’a encore pensé à atténuer les difficultés des paysans en sollicitant des crédits villageois permanents ou tout au moins en réinvestissant de manière efficace, l’Impôt Minimum pour le Développement Locale (IMDL).

Pour la plupart du temps, les paysans tentent de remédier à leur sort pénible en organisant des coopératives agricoles qui, elles aussi, ne bénéficient d’aucune assistance technique et financière. Elles sont parfois l’objet d’escroquerie de la part de fonctionnaires mal intentionnés. Quant au milieu urbain, la corrélation entre pauvreté et faim en Guinée est étroitement lié à la masse salariale. A vrai dire, cette masse salariale, qui devrait augmenter normalement suivant la croissance économique, ne varie qu’à travers ces accessoires ; le salaire de base du fonctionnaire restant quasi fixe. En effet, la dernière revendication salariale d’Avril 2006, n’a trouvé satisfaction que pour les primes de transport et de logement qui atteint à peine les 25.000 francs guinéens ; alors que l’inflation constitue sur le revenu du guinéen une menace terrible qui va crescendo. A titre indicatif, le prix du sac de riz a connu depuis les années 90 une hausse progressive allant de 7.000 Francs Guinéens le sac (1987) à 130.000 Francs Guinéens en 2006. Conséquence : la plupart des guinéens, soit les 90%, sont contraints de réduire leur ration alimentaire à un plat par jour qui n’est servi qu’au soir. Les pères de familles livrent une bonne partie de leur avoir à leurs épouses qui les font fructifier grâce au petit commerce pour la subsistance quotidienne de la famille. Cependant, les hauts barons de l’administration civile et militaire se voient livrer le sac de riz à très bas prix sans oublier surtout les ponctions colossales qu’ils font subir à l’économie nationale pour alimenter leur compte personnel.

Enfin, en ce qui concerne la cause institutionnelle du fléau, il faut noter que la pauvreté et la faim sont engendrées en Guinée par une multitude de comportements irresponsables à l’égard de la discipline économique dont entre autres :

- L’incapacité des pouvoirs publics à sécuriser les ressources naturelles contre la corruption des fonctionnaires et l’exportation illicite des produits alimentaires par un système informel. Par exemple, l’exportation du poisson guinéen avec la complicité des fonctionnaires de l’Etat vers d’autres pays.
- La porosité monétaire de la Banque Centrale de Guinée : celle-ci se caractérise par une faiblesse notoire à juguler l’inflation et à sécuriser les réserves de change si bien que la parité actuelle oscille entre 5.500 et 6.500 Francs Guinéens ( 6.500 Francs Guinéens au moment où j’écris cette dépêche) pour un Dollars US.
- Les avantages colossaux accordés aux sociétés minières, par le fait de la corruption, qui ne versent à la Banque Centrale à peine que 65 millions de Dollars.

En conséquence, le panier de la ménagère en Guinée connaît des chutes sans répit. L’argent s’obtient très difficilement et s’envole trop vite. Les couches vulnérables en villes et en campagnes sont les familles démunies. Nous y reviendrons en détails sur les aspects évoqués à travers les prochaines dépêches.

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