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LA FIN DU DÉPUTÉ-VOYOU

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Le 31 juillet, sous un ciel couvert d’illusion, des populations iront voter. Une fois élus, des députés pourraient entrer dans la légende et risquer de devenir mirage. Enivrés de leur statut, dans la griserie de leur mandat, jouir de l’affaissement du parlementaire. La grandeur d’un représentant du peuple continuant de voisiner avec le ridicule. Peut-être qu’ils crèvent d’envie de conjurer cette fatalité et de se sauver de l’abîme. Les faits divers marquants de la crise du politique ne leur ayant pas flanqué des inhibitions. En effet, quand des élus s’illustrent plus dans la délinquance que dans leur rôle de législateur, c’est l’effondrement. La comédie politique qui ne laisse plus indemne.

La législature à venir serait merveilleuse qui détruirait la cité maudite. Pour qu’aucune légalisation du faux monnayage, aucune codification du trafic de passeport diplomatique, n’advienne. Plus un ancien président de l’Assemblée nationale pour évoquer des mariages blancs de députés contre espèces sonnantes et trébuchantes. Demain, personne ne serait couvert d’opprobre. Ceux qui devraient légiférer, au nom du peuple, ne seraient plus mêlés à des délits destructeurs de leur honorabilité. L’attitude morale et sociale de l’élu resplendissante de toute la splendeur de son mandat. Une Assemblée nationale imprégnée d’éthique.

De la lucidité cependant. « Le vrai est le délire bachique dont il n’y a pas un membre qui ne soit ivre ». Des « alcôves » s’exhalent des souffles de beuveries politiciennes. Et, « chacun des membres, en se distinguant des autres, se dissout aussi bien immédiatement ». Des moments de transe, accrus par une imminente distribution de rôles par voie électorale. Tout s’acquérant dans la condition commune. Un banquet de brutes au génie inculte devenues porteurs de voix, réputées pour leur témérité à défaire le fagot. Qui valsent entre révérence et inconvenance, duplicité et effronterie. Parce que les mœurs piétinent. Le mal ronge une société engouffrée dans la banalisation. Personne n’est plus responsable de rien. Un désir d’être l’emporte. Une idiotie survit à travers un paraître. L’insolence, l’outrecuidance et la démesure qui portent au pinacle, mettent aux nues. Mais, on ne meurt jamais en politique. Un ballot impétueux rebondit en ondulant sur des appartenances partisanes.

Quels discours, quels actes de campagne électorale dessinent une rupture ? Certainement que de brillants aventuriers, la manœuvre habile, fascinent davantage. Ils devraient prospérer malgré la croissante volonté de transparence des populations. Cette exigence de la société qui ramène l’élu à une dimension simple. Plus aucun mystère, encore moins une sacralisation. Aussi, une image valorisante, hier construite, s’est perdue de plus en plus sous une ère de surmédiatisation. Pour autant, les feuilletons politico-médiatiques ne devraient pas se poursuivre. Impératif est-il de restaurer une dignité du député, un élu soumis à une échelle de valeur. Des femmes et des hommes incarnant des repères politiques forts, bâtisseurs d’un avenir éthique et responsable. La posture de représentant du peuple devant primer sur sa propre personne, sa sphère privée. L’expérience, les affaires politico-judiciaires, ayant montré que l’amalgame n’a jamais été mené à bien.

Les investitures sont déjà faites. L’envie d’avoir une Assemblée nationale où l’ensemble des députés valorise le beau ne semble pas partagée. Une auguste institution forte de son pouvoir incarné dans toute sa plénitude et sa positivité reste un mythe. Néanmoins, toutes les digues ne devraient pas céder et couler sous les flots de l’indifférence et de l’agacement. D’ailleurs, même quand tout périclite, une Assemblée nationale ne saurait être une institution où on stimule des imaginaires menteurs. Un nid pour députés-fripouillards écumant des populations miséreuses. Cependant, la bascule, qui ne devait jamais se produire, est aujourd’hui une histoire qui hante le pouvoir législatif. Quand sonnera l’heure d’en sortir ?

Un vent d’espérance devrait encore souffler sur la politique pour que la fin de la décadence soit envisagée. Le plaisir de décevoir être révoqué, extirpé du logiciel politicien. Aux électeurs de voter pour se réconcilier avec leurs élus qui leur renvoient une belle image d’eux-mêmes. Un monde où vivre sans se méfier d’un politicien ou de tout homme politique avenant. Parce que, des mots comme ceux de Jacques Chirac (premier ministre sortant) à son ancien camarade de Sciences Pô Michel Rocard (premier ministre entrant), lors de leur passation de service de 1988, cesseront de tourmenter encore plus dans le champ politicien. « Méfie-toi de M…, c’est quand il te sourit qu’il a le poignard le plus près de ton dos… (…) Méfie-toi, il faut savoir décrypter. Il n’y a jamais moyen de savoir ce qu’il veut... », disait-il. Aussi, que celui que l’on surnommait Tonton ne puisse continuer, d’outre tombe, d’inspirer certains qui seraient tenter de reprendre sa fameuse phrase : « Dites-leur que je ne suis pas le diable. »

Par Assane SAADA

25 juillet 2022


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