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LA GROSSE ALERTE DE L’ANCIEN MOUHAMADOU MAKHTAR CISSÉ

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Sous le prisme de l’adéquation formation-emploi, l’ancien ministre du Pétrole et des énergies, Makhtar Cissé, invité samedi dernier de la matinée portes ouvertes de l’Institut Edge, s’est évertué à un profond diagnostic de la situation économique du pays. Chevronné technocrate, l’ancien directeur de cabinet du Président Macky Sall, qui a renfilé sa toge d’Inspecteur général d’Etat (Ige), estime d’ailleurs que « le défi de l’emploi », s’il n’est pas relevé, expose notre pays à « l’implosion ».

La matinée portes ouvertes organisée ce week-end par l’Institut Edge (Ecole de doit, de gestion et d’économie), a été l’occasion pour Makhtar Cissé, invité de marque de l’évènement, de se pencher sur les goulots qui freinent l’envol économique du pays. Devant un parterre d’intellectuels composés, entre autres, de l’ancien procureur Ndoye, du directeur du Cres Abdoulaye Diagne, de l’ancien Dg de la Rts, Makhtar Sylla et du professeur Abdoulaye Sakho, l’ancien ministre du Pétrole et des énergies a, d’emblée, ausculté la question du chômage.

« Il y a des efforts à faire en étant à l’écoute du marché du travail et de ses pulsions, puis de comprendre ses besoins en essayant d’avoir des formations adaptées dans beaucoup de domaines. La moitié de la population du Sénégal a 19 ans et moins. 50 % des Sénégalais qui cherchent à intégrer le marché du travail, après avoir fait une formation, sont entre 20 et 25 ans. Donc, cela veut dire que la problématique de l’emploi est un défi majeur pour notre pays. Si nous ne le relevons pas, nous exposons notre pays à l’implosion. Parce que la jeunesse est impatiente. Elle a besoin de travailler, de s’exprimer, de s’épanouir », a mis en garde l’ancien ministre du Budget.

Dans le domaine de l’investissement, il pointe du doigt une autre gangrène de l’économie sénégalaise en se basant sur la faiblesse du niveau d’entrepreneuriat. « On n’a pas assez d’entreprises. Et c’est un problème éminemment économique. Car il s’agit d’un problème à la fois de planification stratégique et de planification opérationnelle. C’est pour cela que c’est difficile parce que le temps du développement, il faut toujours planifier et être sur le long terme. Dire quels sont les véritables besoins de notre économie, et comment nous la voulons dans le long terme, comment la transformer pour qu’elle soit performante. C’est donc identifier les besoins en compétences et pouvoir les atteindre. Mais attendant ce temps loin, il faudra agir dans l’immédiat en produisant de la valeur, de la richesse et en créant des emplois », a-t-il préconisé.

Moins de 500 mille salariés sur 17 millions de Sénégalais
S’appuyant sur des données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), l’ancien ministre du Budget souligne qu’au Sénégal, 9 emplois sur 10 relèvent du secteur informel. « Vous ne compterez pas 500 mille contrats de travail dans ce pays, pour une population active qui n’est pas loin de 5 ou 6 millions. Fonction publique et secteur privé réunis, nous avons moins de 500 mille salariés sur 17 millions 700 mille habitants », a chiffré l’ancien directeur général des Douanes. Or, a-t-il indiqué, en économie, c’est la réalité qui gouverne. « Notre population est composée de 60% de paysans. C’est l’économie rurale qui, quantitativement, domine. Mais ce sont les services qui produisent la richesse pour plus de 60%. Ce qui est un gros paradoxe. C’est pour cela qu’il nous est difficile de décoller économiquement. La transformation structurelle de l’économie suppose que ce soit, le secteur primaire à travers des chaines de valeurs, l’industrialisation qui tire notre économie », a froidement analysé M. Cissé.

Falilou MBALLO

5 décembre 2022


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