LA LEÇON DE NOUAKCHOTT

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Mauritanie-Sénégal, pas de foot s’il vous plaît, même si l’heure est à la CAN en Egypte ! Encore que les deux pays y soient présents dans des poules différentes ! Mais qui sait ? Ne s’agit-il pas de matchs, de compétition, de championnat puis d’élimination directe, de tactique, de stratégie, de forces, de mental, de gains, de victoire et de triomphe ? Faisons un pied de nez au ballon rond pour nous focaliser un chouia sur des similitudes de situations qui se présentent dans les deux pays.

D’emblée, Sénégalais et Mauritaniens ne vivent pas –loin s’en faut- dans deux univers clos ou parallèles. Par l’histoire et la géographie, ils habitent côte-à-côte le long d’une frontière ondoyante qui épouse les contours d’un fleuve majestueux et trait d’union de peuples mêlés, imbriqués, ouverts et tolérants. Le parcours des deux pays est jalonné de faits, heureux ou malheureux, qui ont forgé une mémoire collective et entretenu une passion commune de cheminer ensemble.

Quelques frictions et autres crises crispantes ont rythmé les rapports tout comme des identités de vues et des réflexes de proximité ont enthousiasmé cette relation à nulle autre pareille. De part et d’autre, « l’éloignement » de certains dirigeants avaient conduit à une paralysie politique entre les deux pays au grand malheur des populations des deux rives qui, elles, ont su conjurer le mauvais sort en déjouant avec une surprenante finesse les pièges de l’enfermement. Les ponts n’étaient pas coupés pour ensuite être rétablis. Si bien qu’à l’effondrement du « Mur de méfiance », les politiques en étaient au rouet, obligés de suivre l’élan nouveau de peur d’être largués ou lâchés.

D’ailleurs, c’est peu dire que les relations ont traversé des épreuves. Mais à la faveur de découvertes simultanées de gisement d’hydrocarbures au large de Saint-Louis, à 125 km, les réserves de gaz trouvé sont estimées à 450 milliards de mètres cubes. Ce qui fait de ce gisement de Grand Tortue Ahmeyin (GTA) le « plus important d’Afrique de l’Ouest ». En proportions moindres, le pétrole complète cette fameuse odyssée des profondeurs océanes. Le 9 février Nouakchott et Dakar concluaient un accord d’exploitation qui traduit la « volonté commune d’intensifier la coopération dans le secteur de l’énergie ».

Voilà les deux Etats qui renouent avec l’engagement commun. Mieux, ils décident de marcher ensemble, de frapper ensemble, quitte à jouir séparément de la manne pétrolière et gazière. Cette nuance s’accentue et devient plus prononcée quand les modes d’action entrent en ligne de compte.

La gestion de cette richesse virtuelle (car elle n’est pas encre mise en exploitation) divise au Sénégal quand, en Mauritanie, elle inspire l’union sacrée. Nos voisins du nord ont travaillé la longue perspective pour renoncer à la palabre inutile et désobligeante. Privilégiant l’acte au détriment de la parole, le pays du « Million de poètes » agit sur cette question avec une déconcertante souplesse et une retenue qui en disent long sur leur prudence vis-à-vis de cette matière première assujettie à la fluctuation des effets conjoncturels. Chez nous en revanche, le sujet est sur toutes les lèvres. Et les Mauritaniens s’en gaussent !

Cette passion bien sénégalaise de la spéculation suscite l’émoi dans des cercles politisés de la capitale en même temps que se réveille une réelle sensibilité d’autant que le fléau de la balance du débat s’incline vers le tout-pétrole. Ils s’étonnent en outre que les Sénégalais discutent de ressources non encore disponibles alors que celles à portée de main sont tues ou ignorées. Est-ce pour certains une façon de s’acheter de la respectabilité ? Ils donnent plutôt l’impression d’être des hommes pressés : pressés de vitupérer, pressés de dénoncer, également pressés d’en découdre, en un mot pressés de convaincre. Comment remplir ces cages, donner du crédit et de la densité à son action si alimenter le bruit est le but final alors qu’il importe de s’en extraire.

Au Sénégal, les doutes et les suspicions qui entourent la gestion des hydrocarbures contrastent avec la relative sérénité des Mauritaniens à l’égard de cette matière première. Il ne sert à rien de nier l’évidence. Pour s’en convaincre, nul besoin d’exhumer un passé enfoui car la récurrence de l’hypothèque de la pêche artisanale des gens de Guet Ndar est là pour nous révéler nos incohérences.

Par défaut de discipline collective, nos eaux sont devenues au fil des ans moins poissonneuses. Il s’y ajoute des thoniers-pirates qui rôdent en haute mer pour piller la ressource et compromettre ses chances de régénérer.

Or sur ce sujet, les Mauritaniens font preuve d’un admirable esprit de corps, démontrant de réelles aptitudes à préserver leur potentiel halieutique et l’organisant au mieux de leurs intérêts immédiats à venir pour ne pas se laisser encore surprendre. La campagne présidentielle a servi de tribune aux acteurs de la filière pour faire sentir le besoin aux prétendants à la plus haute charge de l’Etat de se prononcer clairement sur les enjeux.

De l’opposition au pouvoir en passant par les forces sociales ou civiles ainsi que les professionnels de la pêche, tous tiennent un discours convenu sur une richesse nationale dont la valeur repose sur le consensus qui, ne nous y trompons, exige du temps pour prendre consistance. Cela ne fait bien évidemment l’affaire des pressés.

Vue de Nouakchott, la cacophonie actuelle à Dakar est de nature à endormir le pays sur les vraies problématiques qui pointent à l’horizon. Il n’ y a de solution qui vaille en dehors du compromis basé sur le réalisme et fondé sur le dépassement des égos. Le fer, le zircon ? Relégués au second plan. Le tourisme ? L’ambition s’essouffle.

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