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LA LIONNE INDOMPTABLE DE LA TV CAMEROUNAISE SE RACONTE

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Larai Salamatou est journaliste sportive à la Cameroun Radio Télévision. Sa passion pour le sport remonte à l’enfance. A la place de la poupée, la petite avait un ballon, recevant les mêmes cadeaux que ses frères. Elle se raconte. Elle témoigne.

Amour du ballon

« Je suis née d’une famille où j’ai plus de frères que de sœurs. Mon papa et mes frères suivaient tous les week-ends les championnats européens que ce soit à la radio ou à la télé. Je me souviens que certains de mes frères étaient parisiens, d’autres marseillais. Il y avait cette dualité-là. Au début, j’étais au milieu pour établir l’équilibre. Après, j’ai fini par choisir mon camp, en décidant d’être marseillaise. Avec mes frères, quand ils s’amusaient, j’étais toute seule. Du coup, j’étais obligée de les suivre sur le terrain. Au début, j’étais spectatrice. Après, j’ai commencé à jouer avec eux ».

Reporter à trois ans

« Lors de la Coupe du monde 1990, j’avais trois ans. Il y avait un monde fou chez nous. A l’époque, il n’y avait pas de poste téléviseur partout. A chaque fois qu’il y avait match du Cameroun, il y avait plein de monde chez nous. Notre salon était rempli. Il n’y avait même pas de place où mettre ses pieds. Dès que le Cameroun, (qualifié en quarts de finale, pour la première fois), marquait, on commençait à crier. »

La transition vers le journalisme

« Quand j’étais au collège, on organisait les championnats inter classes, tous les mercredis après-midi. Parallèlement, j’étais dans le club journal. Je prenais du plaisir à commenter les matchs. Il faut le dire, on était les stars. Les gens nous enviaient. C’était tellement animé et les gens trouvaient intéressant que ce soit une fille qui parle du football. Beaucoup m’ont encouragée dans cette voie. »

Elle a commencé à couvrir la Can édition 2010

« Ce qui m’a marquée cette année-là, c’est l’agression du bus des Togolais, qui rentraient en Angola. Certains joueurs étaient blessés. Adebayor, qui était à l’époque le capitaine, avait décidé avec ses coéquipiers de ne plus continuer la compétition. Je me disais qu’arriver à ce niveau, on devait voyager par avion et non par bus. La même année, en 2010, pour la Can féminine livrée en Afrique du Sud, en dehors de l’équipe du Cameroun, des joueuses avaient le physique totalement féminin. Je me suis demandé si on ne jouait pas contre des hommes. Mais, les tests de féminité n’étaient pas obligatoires, au niveau de la Caf. On n’avait aucun moyen de le prouver. »

La Côte d’Ivoire et l’hymne égyptien

Déjà éliminée de la course vers le mondial Qatar 2022, par le Cameroun, la Côte d’Ivoire n’était pas à la fête, au Japoma, stade de Douala. Notre consœur nous livre le fin mot de l’histoire. « Entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire, il y a eu toujours ça. C’est une amitié qui parfois déborde. Les Camerounais se sentent très bien en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens se sentent aussi bien chez nous. Mais, ce qui s’est passé cette fois, c’est que l’Algérie s’était plainte, disant que le stade était mauvais, ce qui n’était du goût des Camerounais. Ils ont supporté la Côte d’Ivoire contre (les Fennecs). Samuel Eto’o a une femme ivoirienne. Donc, on les considère comme la belle famille. On a soutenu la Côte d’Ivoire. Quand le Cameroun a joué contre les Comores, les influenceurs ivoiriens ont dit que le Cameroun avait triché. Des Camerounais ont répliqué : ‘’quelle est cette femme infidèle qui nous critique sur des choses qui ne sont pas de notre ressort’’ ». Les tests Covid, par exemple, c’est un cabinet désigné par la Caf, (qui gère ce volet). Fâchés, des Camerounais ont décidé de soutenir l’Égypte contre la Côte d’Ivoire. Certains ont poussé le bouchon jusqu’à apprendre par cœur l’hymne égyptien. Depuis que je couvre la Can, je n’avais jamais vu ça. C’était un mot d’ordre sur les réseaux sociaux. Je pense que c’était pour blaguer, au début. Mais, certains ont pris ça très au sérieux. »


Quid des Lions indomptables ?

« On a une équipe imprévisible. Quand on allait au Gabon, en 2017, personne ne vendait cher la peau du Cameroun. Je me souviens, les journalistes français pronostiquaient leur élimination dès le premier tour. Finalement, on gagne match après match sans faire trop de bruit. Puis, à la fin, on remporte le trophée. Nous avons des joueurs matures. A chaque fois, ils s’adaptent à l’adversaire, en fonction des difficultés qu’ils rencontrent. »

Le Sénégal

Elle voyait, nous dit-elle, le Sénégal faire un carton plein, neuf points sur neuf, dans la poule B. Elle concède au coach Aliou Cissé qu’il n’avait pas toutes les cartes en main pour y parvenir en raison de la cascade de joueurs victimes de Covid-19. Depuis les huitièmes, a-t-elle ajouté, les Lions sont montés en puissance.

Les chantiers que doit mener Eto’o

« Les Camerounais pensent qu’il était temps qu’un footballeur prenne les rênes de la Fédération. Parce qu’il y a eu beaucoup de mouvements, avec des comités de normalisation, machins, et les gens en avaient marre. Ils se disaient qu’il fallait quelqu’un qui aime cette discipline pour bien la diriger. L’arrivée d’Eto’o est saluée unanimement. Les Camerounais sont convaincus qu’il y aura des changements pour que les choses se passent comme elles doivent se passer. On l’attend sur beaucoup de réformes : le football féminin, de football jeunes. Il y a beaucoup de talents qui n’arrivent pas à éclore faute d’encadrement. Il a promis à long terme des infrastructures pouvant permettre aux jeunes d’évoluer, de professionnaliser le football, de doter aussi la fédé d’un véritable siège. Il était en reconstruction mais les travaux étaient à l’arrêt. »

Le combat des femmes reporters pour le football féminin

« En ce qui concerne l’équipe féminine du Cameroun, il a fallu que les femmes journalistes prennent les choses en main. Avant quand nos Lionnes jouaient, (la couverture) du match n’était même pas programmée. Si quelqu’un faisait un reportage, on prenait (mais rien n’était prévu). Alors que si c’est les Lions qui jouent, on attend un compte rendu du match et des réactions. Nous, on venait par amour (du football). Je me souviens en 2011, lors du dernier tour des éliminatoires des Jeux Olympiques (JO), nous sommes venues sous la pluie, le Cameroun a battu le Nigéria aux tirs au but. J’étais à l’entrée des vestiaires, j’ai fait mes interviews. Il s’avère que les filles n’avaient pas reçu leurs primes. On leur a dit qu’on ne croyait pas qu’elles pouvaient se qualifier. Du coup, on ne vous a pas inscrites dans le budget. Derrière, elles ont mouillé le maillot pour battre leur bête noire. A partir de cet instant, on a commencé à les respecter. »

Bousculades meurtrières à Olembé

« Selon moi, il n’y a pas eu de négligence. C’est que les Camerounais sont fous de football. Comme on dit, le foot, c’est leur dada. Et puis, c’est historique cette Can. C’est la deuxième que nous organisons depuis 50 ans. Tout le monde veut en profiter. La vivre en direct au stade du complexe Olembé qui est quand même l’un des plus beaux stades au monde, en ce moment. Puis, ce n’est pas une spécificité du Cameroun. Cela s’est vu partout ailleurs, dans les championnats européens. Le football, c’est la passion et, la passion peut amener parfois à faire certaines choses. »

Par Dié BA
Envoyée spéciale au Cameroun

1er février 2022


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