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LA LOI ET L’HEURE DES SUPPLÉANTS

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Dans le lexique du football, on dirait que les suppléants sont les joueurs sur le banc. Mais les voilà, ceux de Yewwi askan wi seront finalement les « vrais » titulaires dans cette compétition des Législatives. Après que l’arbitre, le Conseil constitutionnel a donné un carton rouge aux titulaires de la liste nationale avant qu’ilsne soient sur le terrain.

C’est finalement la liste publiée par le ministre de l’Intérieur qui restera en l’état, après que le Conseil constitutionnel a rejeté tous les recours tard dans la nuit du 3 au 4 juin. Huit coalitions sont admises aux élections législatives du 31 juillet. Mais Yewwi askan wi (Yaw) est amputée de ses titulaires sur la nationale et devra se contenter de ses suppléants. Alors que Benno bokk yaakaar (Bby) prend le sens inverse avec une liste de titulaires mais sans suppléants. C’est donc le scénario catastrophe tant redouté qui se joue sous nos yeux. Les suggestions, insinuations, appels voilés ou pas lancés au Conseil constitutionnel pour valider toutes les listes s’étaient pourtant multipliés ces derniers jours au nom de la paix. Le Collectif des organisations de la société civile pour les élections (Cosce) avait d’ailleurs appelé le Conseil constitutionnel à « user de son pouvoir de régulation pour prendre des décisions allant dans le sens d’une élection inclusive dans le respect des principes qui gouvernent un Etat de droit ».

Ce que Yewwi redoutait
L’on peut penser que Yaw est surprise par cette décision. Mais ça ne semble pas être le cas. En multipliant les pressions, en annonçant sa marche du 3 juin, finalement interdite, Sonko, Khalifa Sall et Cie ne pouvaient s’attendre à un autre résultat. Mais d’abord parce que l’aveu étant la mère des preuves, celui de la tête de liste nationale de Yaw le présageait. « Dommage. Une faute d’inattention vient compromettre notre liste nationale, tout le travail abattu par Yewwi risque de remettre les compteurs à zéro avec l’autre coalition. Terrible et dommage ! », avait écrit le leader de Pastef sur sa page Facebook. Et puis, cet accueil très froid de la décision du Conseil constitutionnel autorisant la liste départementale de Yewwi à Dakar à faire les remplacements se justifiait par la crainte et la prudence pour la liste nationale observée par les leaders.

Un banc pas souvent riche
Dans tous les cas, sauf d’autres surprises, les sièges de Yewwi seront occupés par des suppléants. Mais quel scénario ! Peut-être bien que certains titulaires pouvaient céder leur place, mais très souvent la liste des suppléants épouse plus une (simple) obligation de se conformer à la loi qu’une générosité politique de ceux qui la confectionnent. Un remplissage. C’est aussi le cas avec la parité. L’obligation d’alterner avec les femmes éloigne bien les hommes, des leaders qui devaient être aux premières loges. C’est ce qui a perdu beaucoup de coalitions qui ont vu des responsables rouspéter ou démissionner. La 14e Législature verra donc des suppléants de Yaw, la plupart des inconnus, inattendus.

Hamath KANE

7 juin 2022


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