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LA LONGUE MARCHE

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Il a fallu attendre 57 ans pour voir enfin un capitaine sénégalais brandir le trophée de la coupe d’Afrique des Nations de football. Des décennies durant, le Sénégal a couru après ce sacre. Une longue marche qui vient d’aboutir au bon port de Yaoundé.

Beaucoup de générations ont courtisé dame coupe. Celle-ci nous fuyait comme la peste. Le Sénégal a connu de nombreux échecs à travers différentes campagnes. Seize participations au total, le Sénégal n’a joué que trois finales en 2002, 2019 et 2022 qui est enfin la bonne. L’histoire retiendra que c’est la bande à Sadio Mané, Saliou Ciss, Kalidou Koulibaly, Idrissa Guèye et Cheikhou Kouyaté, Abdou Diallo, Bouna Sarr, qui a réussi la prouesse après l’avoir perdue bien entendu sur un détail près au Caire en 2019 devant l’Algérie. Leurs aînés El Hadji Diouf, Henry Camara, Pape Bouba Diop, Tony Sylva et Khalilou Fadiga ont failli ouvrir le bal du sacre, il y a une vingtaine d’années à Bamako. Ils butent devant les indomptables de Samuel Eto’o Fils et Rigobert Song. Pourtant d’autres vaillants Lions ont mis les starting-blocks en 1965 à Tunis pour démarrer cette longue marche vers le titre continental. Il s’agit de Louis Camara, Petit Guèye, Matar Niang, Baye Moussé Paye, Louis Gomis, Yatma Diop, Massata, Mbaye Fall et les autres qui ont fait match nul (0-0) avec le pays organisateur, la Tunisie, et battu l’Ethiopie (5-1) dans un groupe de trois sans réussir à jouer la finale. Cette même bande avec un Yatma Diouck prolifique à tout égard, a représenté le Sénégal à Asmara 68 dans un groupe B composé du Ghana et les deux Congo. Ils font match nul (2-2) avec le Ghana, tenant du titre avec des buts de Doudou Diongue et Yatma Diop, on gagne le Congo Brazza par 2 buts à un (buts de Diouk et Yatma Diop) avant de perdre sur ce même score devant le futur champion, le Congo Kinshasa. Le Sénégal termine 3ème derrière le Ghana et le Zaïre, il est éliminé au premier tour.

La bande à Bocandé a essayé de rallumer la flamme, en vain

Depuis, c’est la disette. Il fallait attendre dix-huit ans après pour que la génération Bocandé, Thierno Youm, Omar Guèye Sène et Amadou Diop rallume la flamme et se qualifie haut la main pour Caire 86. Désillusion totale. On rate le rendez-vous de Maroc 88. On fait appel au sorcier blanc Claude Le Roi. On joue les demi-finales à Alger contre les Fennecs de Rabah Madjer. Les Lions seront éliminés et manqueront même le match de classement contre la Zambie. On s’engage à organiser l’édition de 1992 à Dakar pour se donner une chance de l’emporter avec pour la première fois une Can à 12 équipes. On échoue en quart contre les Lions indomptables de Joseph Antoine Bell, Kana Biyick et Ebongue. Beaucoup de réformes et de dissolution de la Fédération sénégalaise de football sont passées par là. Rien à faire. Le football sénégalais traîne les pieds et sombre dans une crise indescriptible. C’est en 2000 que le Sénégal commence à être réguliers dans les campagnes de coupe d’Afrique après avoir été repêchés en 1994 en Tunisie. Le sauveur de toujours, Jules Bocandé, conduit l’équipe à Souche avec Boubacar Sarr Locotte après la suspension de l’Algérie qui avait éliminé à Dakar le Sénégal (0-2) pour avoir fait jouer un joueur qui avait deux cartons jaunes. La révocation a fait l’affaire de Jules Bocandé et Locotte. Tous deux venant de raccrocher les crampons. L’échec est constaté avec une équipe colmatée, rafistolée à la dernière minute avec les Mamadou Diallo, Mamadou Faye, Amara Traoré, Moussa Camara, Athanas Tendeng, Waly Faye, Souleymane Sané et Cheikh Seck l’un des rescapés de la génération de Caire 86. Kalusha Bwalya est passé par là avec une frappe de 30 mètres qui ne laisse aucune chance à un Cheikh Seck vieillissant. L’aventure s’arrête en quart.

Peter Schnittger, le bâtisseur de la génération dorée

Un autre Sorcier blanc, en l’occurrence Peter Schnittger, directeur technique d’alors, prend l’équipe en main, secondé par Abdoulaye Sarr. Les techniciens allemands et Mbourois ont réussi à mettre sur pied une équipe et allant même jusqu’à se qualifier à la Can 2000 au Nigéria. Les Lions ont encore la malchance de croiser pour une nième fois le pays organisateur. Il s’agit du grand Nigéria des Sunday Oliseh, Babanguida, Okocha, Kanu, Ikpeba et notre tombeur Julius Aghahowa. Dans un stade Surulere plein à craquer et acquis à son équipe, les Nigérians ont été bousculés et écornés dès la 7e de jeu par un centre de Henry Camara et une reprise d’anthologie de Khalilou Fadiga. Le match a failli se terminer en queue de poisson avant de s’incliner dans les prolongations en quart de finale.

Metsu aux honneurs

Un groupe est né. Celui-là même qu’a hérité Bruno Metsu en octobre 2000. Le natif de Dunkerque réussit ce que tout le monde sait. Une finale de Can en 2002 à Bamako perdue par tirs au but et une honorable place de quart de finale au mondial asiatique. Après cette belle épopée, Bruno est allé chercher des sous chez les pétrodollars et les responsables ont fait signer Guy Stefan l’éternel adjoint de Didier Deschamps à Marseille et en équipe de France. Le français échoue à Radés, en Tunisie, face encore au pays organisateur en quart et éliminé pour le mondial allemand par le Togo à Dakar. Cette belle génération a subi le revers à Tamale au Ghana en 2008 avec un entraîneur ivre de colère comme un polonais. Des faits divers dans la tanière font la UNE des médias sénégalais. Henri Kasperzack abdique et quitte la baraque en pleine tempête et se fait remplacer sur la pointe des pieds par son adjoint Lamine Ndiaye. L’ancien international n’a rien pu faire pour se qualifier à Luanda 2010. Le football sénégalais plonge encore dans une crise profonde. Un comité de normalisation est mis sur pied, les cadres sont renvoyés et on fait appel à Amara Traoré pour la reconstruction. Au moment où on y croyait encore, le technicien Saint-Louisien a connu trois revers inexplicables sur un même score de 2-1 à Bata en Guinée Equatoriale pourtant, après un parcours sans faute en éliminatoires. Il sera renvoyé au retour.

Aliou Cissé, le héros contesté !

La Fédération sénégalaise de football est remise sur pied avec l’arrivée d’Augustin Senghor qui a fait appel à l’ancien champion d’Europe français, Alain Giresse. Le Bordelais qualifie l’équipe à la Can 2015 mais n’a rien pu faire pour se qualifier au premier tour. C’est là que les autorités ont décidé de faire appel à l’expertise locale. Aliou Cissé était le meilleur profil pour avoir fait ses diplômes d’entraîneur et gravité autour des sélections depuis trois ans. Cissé se met dans les habits du sauveur, du futur héros. Il met en place son projet à long terme et fait confiance à ses jeunes olympiques. Son expérience à côté de Karim Séga Diouf aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 a plaidé en sa faveur. On lui fait confiance et lui donne le temps de construire une barque et la conduire avec ses garçons de confiance. Sadio Mané est devenu le porte étendard de ce groupe fabuleux qui a réussi à se mettre sur les rails, repartir sur de nouvelles bases et décrocher une deuxième qualification au mondial en 2018 en Russie et aller jusqu’en finale en 2019 en Egypte. Cissé se bouche les oreilles, travaille en sourdine. Il croit en son projet et fonce vers le sommet de l’Afrique. Vers l’objectif. L’ancien capitaine des Lions se renforce et s’arme de courage et de détermination. Il déniche des binationaux qui sont venus avec le cœur pour faire le job. La bande à Idy, Sadio, Koulibaly, Kouyaté, a récidivé en arrivant pour la deuxième fois consécutive à la finale d’une Can. Malgré les critiques, les attaques et peu d’espoir de bon nombre de Sénégalais, Cissé et ses poulains n’ont pas lâché l’affaire. Il se donne un slogan : Manko outi ndamli, le cri du cœur même d’Augustin Senghor, Président de la Fédération sénégalaise de football pendant sa campagne pour la présidence de la Caf. Le Président Macky Sall change le slogan en leur imposant Manko Indi Coupe bi. Ce fut fait. Le 6 février 2022, le Sénégal est enfin sacré champion d’Afrique pour la première fois de son histoire. Les Lions sont sur le toit de l’Afrique. Ils sont accueillis hier par une foule immense qui a communié avec eux dans les rues de Dakar. Objectif atteint. Les Sénégalais sont soulagés et Cissé est fier de son parcours sinueux, haletant, mais à la fin exaltant. La marche a été longue, même si la monture s’est plusieurs fois abîmée et écornée.

Par Abdoulatif DIOP

8 février 2022


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