LA PLACE DE L’AFRIQUE DANS UN NOUVEAU MONDE À INVENTER

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ATELIERS DE LA PENSÉE

L’Afrique a un important rôle à jouer dans le changement de paradigmes qui s’impose pour la survie du monde. Le ton est ainsi donné, par Souleymane Bachir Diagne, dans ses remarques introductives, lors de la Nuit de la pensée, dernier acte des Ateliers de la pensée, dont la 3e édition s’est tenue du 30 octobre au 02 novembre, à Dakar.

L’Afrique a un rôle. Ce, pour plusieurs raisons, liste le philosophe sénégalais par ailleurs professeur de français à l’université Columbia, à New York : « D’abord sur le plan économique, on convient d’une certaine manière que l’heure de l’Afrique a sonné. Les défis restent évidemment importants pour notre continent, on peut énumérer tous les désastres que l’on veut, et malheureusement, on n’en manque pas. Mais, il est également admis que les germes de changements sont là. D’ailleurs, le capitalisme international s’en rend compte. Aux Sommets France-Afrique ont succédé depuis quelques années des Chine-Afrique et récemment, Russie-Afrique, au sommet de Sotchi. Nous pouvons voir là le signe que notre continent n’est plus cette humanité dont le seul lien a un cours du monde qui pourrait se passer de lui, et celui de l’humanitaire et de la compassion. On a dépassé ce stade-là fort heureusement ».

Le leitmotiv étant, maintenant, « le colonialisme, on connait, on a déjà donné, on peut se débrouiller avec les nouveaux partenaires qui se précipitent sur notre continent ».

Le « Nous » de Christiane Taubira

C’est ainsi que Christiane Taubira, garde des Sceaux, ministre de la Justice du 16 mai 2012 au 27 janvier 2016, en France, intervenant sur « Refuser la paix », insiste sur le sens de l’avenir. Ce, pour dire que « c’est nous qui pouvons faire advenir cet avenir ». « Qui sommes-nous ? s’interroge-t-elle. Nous, j’entends les Sud y compris les Sud compris dans les Nord, les Sud qui au sein même des Nord, vivent, vibrent, luttent. Ce Nous avec une majuscule doit en effet concevoir et penser l’agenda, et le mettre en œuvre. Et c’est notre capacité à le scander, à la décliner, à dire clairement que nous n’avons aucun intérêt au monde tel qu’il va avec sa violence, avec la concentration des richesses, avec l’aggravation des injustices, le creusement des inégalités, le cynisme qui conduit y compris à spéculer sur des denrées alimentaires. Nous n’avons aucun intérêt à la linéarité, au maintien d’un tel monde. Voilà pourquoi nous devons maitriser le temps ».

« Supprimer les frontières »

Pour ce faire aussi, « l’Afrique doit s’unir », reprend Achille Mbembé, co-organisateur des Ateliers de la pensée, historien, politiste et philosophe Camerounais, en insistant, lui, sur « le droit à la mobilité ». Un processus qui, explique-t-il, devra passer par « la suppression des frontières ». « De tous les grands défis auxquels l’Afrique fait face en ce début de siècle, aucun n’est aussi urgent et aussi lourd de conséquences que la mobilité de sa population. Dans une large mesure, l’avenir immédiat du continent dépendra de sa capacité à libérer les forces de circulation, à aménager territoires et espaces de telle sorte que ses gens puissent se déplacer aussi souvent que possible, le plus vite possible et dans l’idéal, sans entrave aucune. Cette mise en mouvement des populations est, de toutes les façons, inéluctable ».

Des mouvements, détaille-t-il, relatifs, « au basculement démographique dont le continent fait l’expérience, l’intensification de la prédation économique sous la forme de l’extractivisme, les dynamiques du changement climatique et l’escalade technologique qu’annonce l’avènement de la raison digitale et l’algorithmique ».


« L’Afrique manque au monde »

Communiquant sur « Africaniser l’ordre international pour répondre aux défis mondiaux », Rama Yade, enseignante à Science Po, et ancienne secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme, dit : « Il y a une certitude, l’Afrique fait office de foyer d’innovations majeures. C’est le moment de redessiner un nouvel ordre mondial ou plus simplement le rendre plus intelligible mais avec un agenda constant et clair, que l’Afrique retrouve sa centralité. C’est le nom du cours que je donne à Sciences Po. L’Afrique est au centre du monde géographique mais l’a été aussi par son histoire. Et, aujourd’hui, ce n’est que justice si dans ce monde nouveau qui se construit elle retrouvait sa place naturelle. (...) L’Afrique manque au monde. C’est un système international amputé, qui a avancé de manière bancale depuis les indépendances. Comment considérer autrement un ordre international où l’Afrique est obligée de (subir) toutes les interventions militaires, humanitaires, monétaires, linguistiques, sans qu’elle ne soit majoritaire dans les instances décisionnaires de la communauté internationale (ONU, l’OMS, G7, G20, et la Banque mondiale), et au vu de l’état où il se trouve, je pense que c’est désormais le monde qui a besoin de l’Afrique ». Mais, « répondre à (cet) appel, suppose une Afrique qui soit présente au rendez-vous de l’universel ».
Ce monde commun à inventer, défend, par ailleurs, Felwine Sarr, écrivain, économiste, universitaire et musicien sénégalais, et auteur de ’’Habiter le monde - Essai de politique relationnelle’’, devra passer par l’instauration de « l’hospitalité » comme « obligation de prendre soin de la vie ».

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