LA RÉCONCILIATION DE DEUX EX-PUTSCHISTES PASSE MAL AUX YEUX DE L’OPINION

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GAMBIE

Après leur audition devant la Commission de réconciliation, Sanna Sabally et Edward Singhateh, deux membres de la junte militaire qui a pris le pouvoir en 1994 et qui sont devenus par la suite des frères ennemis, se sont réconciliés, hier, au siège de la Commission vérité, réconciliation et réparations. Les images de leur accolade ont fait le tour des réseaux sociaux en quelques minutes. Un rabibochage qui, au lieu de d’apaiser les cœurs, suscite plutôt une levée bouclier au sein de l’opinion. Face à cette polémique qui ne désenfle pas, la Commission a rétorqué que la réconciliation fait partie de son mandat et elle n’a fait que l’exécuter.


BANJUL - Ce sont deux membres de la junte militaire qui a pris le pouvoir, en 1994 mais qui sont devenus par la suite des frères ennemis qui ont enterré symboliquement la hache de guerre devant camera et vivats du public au siège de la Commission de réconciliation. Un geste supposé de réconciliation que défend la Commission mais qui divise plus qu’il rassemble. Ousman Maron, reporter a couvert les auditions de la structure depuis ses débuts. Pour lui, la question n’est pas de savoir si c’est une réconciliation de façade ou pas, mais le geste est prématuré.

« La Commission va trop vite en besogne. Elle n’en a pas encore terminé avec les auditions et elle brule les étapes pour faciliter la réconciliation de quelques personnes aussi controversées. Qu’elle fasse d’abord ses recommandations avant d’arriver à la réconciliation », recommande-t-il.

Est-ce une faute ou un mauvais calcul de la Commission ? Saly Diop, journaliste présentatrice répond par l’affirmative :« L’endroit ne sied pas et ces deux ex-putschistes sont cités dans plusieurs crimes ». Un rapprochement qui n’est pas du goût des victimes. « Ce n’était pas le bon endroit. Les deux pouvaient se réconcilier sans froisser qui que ce soit. Ils ont voulu le montrer à tout le monde pensant impressionner les gens. Mais c’est plutôt l’effet inverse. Cette structure a été mise en place pour chercher d’abord la vérité. Cet acte n’a pas du tout rencontré l’assentiment du public », martèle-t-elle.

Pour la famille de l’une des victimes du régime, « c’est un non évènement et il ne peut y avoir de réconciliation sans justice ». Nafy Ceesay, sœur de l’ancien ministre gambien de l’Economie assassiné en 1995. « Il nous incombe à nous de pardonner ou pas. Pas aux bourreaux. Qu’on ne nous dicte pas quand pardonner. La réconciliation n’est pas un geste qui se décrète, elle se cultive », prône-t-elle.

Quant à la Commission au centre de la polémique, elle s’est contentée d’un communiqué pour défendre le bien-fondé de ce rapprochement. Arguant que la réconciliation fait naturellement partie de son mandant et elle n’a fait que l’exécuter.

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