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« MES RELATIONS AVEC LA FILLE DE KHADAFI, AÏCHA »

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S’il y a une femme qui ne passe pas inaperçue sur les chaînes de télévisions, c’est bien Sokhna Awa Djily Mbacké. Animatrice à iTv, elle captive tous les regards avec ses foulards extravagants, majestueusement noués. Surnommée « la reine du foulard », la dame élancée à la noirceur d’ébène ne sait pas seulement que bien s’habiller. Elle est aussi la reine du « Berndé » et sa générosité légendaire, fait d’ailleurs, sa particularité. C’est la vie dure. Ensuite la vie pure. Bés Bi est allé à sa rencontre à son domicile sis à Cambérène 2.

Qui est la personne qui se cache derrière Awa Djily Mbacké ?
Je suis née à Guinguinéo, dans la région de Kaolack. J’ai fait des études jusqu’en classe de 3e secondaire. C’est à l’âge de 15 ans que j’ai commencé à émigrer dans le seul but de soutenir mes parents, car je suis issue d’une très grande famille. Mon père n’était pas dans le besoin, mais je voulais gagner ma vie à la sueur de mon front. Je ne suis pas l’ainée de la famille, mais je n’ai jamais voulu dépendre de la richesse de mes parents.

Pourquoi ce désir de vouloir émigrer ?
À cette époque, je n’avais pas de mari ni d’enfant. Ma mère avait beaucoup d’enfants, mon père étant malade, il ne pouvait plus subvenir à certains besoins. Du coup, la seule solution, c’était de trouver un moyen pour aider mes parents. C’est pourquoi j’ai émigré. J’ai fait beaucoup de pays étrangers. Puisque j’ai grandi en Gambie, je faisais du business, j’avais ouvert un grand salon de coiffure et de fil en aiguille, j’ai intégré la couture. Je faisais la navette entre Dakar et Gambie et j’ai participé à pas mal d’événements. C’est en Gambie que j’ai été couronnée 4 fois « Miss Banjul ». C’était à l’occasion de « Roots festival » que le président Yaya Jammeh présidait chaque année. C’était un grand évènement et beaucoup de pays y prenaient part. J’avais aussi remporté « Face of Africa Black and Beauty », car je représente l’Afrique à travers ma noirceur d’ébène. Je n’ai jamais touché de produit pour changer ma peau. La fille de Khadafi, Aïcha, était présente à ce festival et lorsque j’ai gagné, elle était fascinée par la couleur de ma peau, mais aussi ma taille. En fait, je faisais du basket. Et malgré ma grande taille, je portais même des hauts talons qu’on appelle « khely ».

Et quelle était par la suite vos rapports avec la fille de Khadafi ?
Elle m’a invitée, j’avais refusé, car je ne les connaissais pas et j’avais peur. Par la suite, des proches m’ont convaincue, j’ai accepté et Aïcha avait envoyé trois bodyguards pour m’escorter. Je suis finalement partie avec une forte délégation. On a eu droit à une belle réception et tous ceux qui m’accompagnaient ont reçu chacune une somme de 2 millions, voire 3 millions de FCFA. La fille de Khadafi ne s’est pas arrêtée en si bon chemin ; car lors la fête d’indépendance de la Lybie, elle m’avait invitée et gavée de présents, de l’or et même du diamant. Lorsque je partais, je mettais toujours en valeur ma culture sénégalaise, mon grand foulard est ma marque de fabrique, même dans l’hôtel où je loge, les gens viennent regarder. Elle me logeait dans un hôtel où il n’y avait que les femmes des présidents, ainsi que leurs enfants. C’est là-bas que j’ai fait la connaissance de beaucoup d’autorités, notamment certaines premières dames.

Vous parlez mieux anglais que français. Comment vous l’avez appris ?
Quand j’étais en Gambie, j’ai été à l’école pour apprendre l’anglais, parce que je voyageais un peu partout, il fallait maîtriser l’anglais.

Qu’est-ce qui vous lie à la famille Mbacké, notamment à Serigne Touba ?
Je suis une petite fille de Mame Cheikh Ibrahima Fall, mais aussi de feu Djily Mbaye. En Gambie, si tu es mariée, tu ne réponds que par le prénom de ton mari, on m’appelait Mrs Mbacké. Mais mon mari et moi nous sommes des cousins germains.

À quel âge vous vous êtes mariée ?
Je me suis mariée très tôt. On n’avait pas le temps de faire des amourettes. Lorsque je me suis mariée avec mon premier mari, j’avais 14 ans. Mais j’ai divorcé 4 ans après parce que je n’avais pas d’enfant. J’ai entendu du n’importe quoi, le problème d’infertilité a bousillé beaucoup de couples. J’ai souffert de cela, parce que le jour où je devais rejoindre mon domicile conjugal à Thiès, j’ai quitté la Gambie et je suis arrivée au Sénégal à 5 h. Mes tantes paternelles s’apprêtaient à me faire entrer dans ma chambre conjugale lorsque des vieux ont dit à ma mère : « Ce n’est plus la peine, car une autre femme occupe déjà sa chambre conjugale. » Et tout cela parce que je n’avais pas d’enfant. C’était un choc terrible, parce que toute ma famille était là. C’était difficile. C’est au sortir de cette déception et avec le décès de ma grande sœur qui était mon binôme, que… (elle peine à terminer la phrase et pleure toutes les larmes de son corps).

Comment avez-vous fait pour surmonter cette étape ?
C’est grâce à mon second mari, M. Mbacké, qui m’a beaucoup soutenue. C’est à l’âge de 17 ans que nous nous sommes mariés, c’est mon cousin. Au début, je ne voulais plus entrer dans un autre mariage, vu la déception que j’ai endurée lors de mon premier mariage. Je voulais partir loin et ne plus revenir. Mais je suis restée grâce à ma mère qui m’a dit un jour : « Tu as perdu une pacotille, mais tu ramasseras du diamant. » (Elle appelle directement sa mère qui fait un très beau témoignage sur elle). Les phrases de mon défunt père résonnent encore dans mes oreilles : « Awa, ne cherche point un marabout, ne va pas à l’hôpital, je vais prier pour toi et tu auras de bons enfants. » C’est pourquoi j’ai signé un pacte avec mon mari qui est mon marabout, mon frère, mon ami, mon confident, mon complice. Parce que, justement, il m’a soutenue dans les moments les plus sombres de ma vie. J’avais pris même une décision que je ne vais plus me marier avec quelqu’un, à plus forte raison avec un noir.

Après votre nouveau mariage, vous avez fait combien d’années pour avoir un enfant ?
J’ai juste fait 3 ans, Dieu m’a donné deux filles. Je n’en revenais même pas. Je rends grâce à Dieu.
Vous êtes 2e épouse, qu’est-ce que la polygamie vous inspire ?
Pour moi, je ne suis pas dans un mariage polygame. Parce que moi je « love my sweat heart », j’adore mon mari (rires). La première femme de mon mari est une personne exemplaire, on n’a jamais connu de soubresauts. J’ai le meilleur mari au monde, un homme de valeur.

Quittons ce sombre épisode de votre vie et parlons de Awa Djily et de son foulard…
Le foulard, c’est ma marque de fabrique, j’ai une armoire de foulards. Awa Djily et son foulard, c’est depuis l’enfance. Ma mère m’a racontée qu’un vieux qu’on ne connaissait même pas, lui a dit : « Ton enfant sera une célébrité, mais il faut qu’elle se couvre la tête. » Je suis devenue célèbre grâce à ce foulard. Bien avant que je vienne au Sénégal, on m’a surnommée en Gambie « Borom moussor bi ». Un jour, je suis venu au Sénégal, Serigne Mansour Sy Borom Daraa-Ji qui est mon grand-père, m’a demandé ce que je voulais comme prière. Je lui ai dit que j’avais un salon de coiffure et que je confectionne des foulards. Serigne Mansour m’a dit : « Tu seras entendue partout dans le monde grâce au foulard. » Fatou Laobé était témoin.

On vous taxe de « femme mondaine » qui aime la vie…
C’est naturel en moi. Depuis toute petite, à mon réveil, avant de saluer mes parents, je n’avais pas de poudre, je prenais de la cendre que je mettais sur mon visage, un contouring de crayon noir au niveau de mes yeux. Je suis naturellement coquette. J’étais dans un salon à Kaolack, et c’est là que j’ai appris le maquillage. Personnellement, personne ne m’a appris à nouer le foulard, c’est un don de Dieu. C’est grâce à Serigne Mansour qui avait béni ce foulard, « niane bou barké ». Je fais des créations de toutes sortes, c’est artistique, je m’inspirais de tout pour faire la différence.
Vos foulards sont estimés à combien de mètres ?
(Fou rire). Parfois 5 mètres, je peux aller même jusqu’à 8 mètres, ça dépend de la création.

Combien vos tenues vous coûtent ?
Je ne peux pas le chiffrer, mais je ne lésine pas sur les moyens. Pourtant, parfois c’est des tissus pas très chers que j’achète, mais je les mets en valeur. Mais beaucoup de personnes pensent que ce sont des boubous ou des tissus chers. Je vous raconte une anecdote : un jour j’étais en voyage, et j’avais fait une escale au Maroc. Lorsque je suis arrivé à l’aéroport au Sénégal, j’ai été interceptée par les douaniers qui pensaient que je suis une commerçante. J’ai dû payer de l’argent, or c’était juste mes habits. J’adore me saper et c’est depuis ma tendre enfance. « Sagnsé si manla bokk ». Et cela je l’ai hérité de mon grand-père. J’adore les belles et bonnes choses, faire de l’ambiance, mais pas me fâcher, ça me rappelle mon passé douloureux. C’est pourquoi je suis toujours zen, souriante.

D’où vous tirez votre générosité de donner à manger aux gens ?
Ça, je le tiens de mes grands parents ; car mon grand-père était comme ça, il donnait aux habitants de son village à manger. Je suis issue d’une grande famille, chez nous on n’a pas l’habitude de manger en solo, tout le monde, amis, parents, voisins se réunissent autour du bol, à l’heure du manger. Et ce n’est pas seulement lors du Magal de Touba que je fais des berndés. Même là où j’habite, à Camberéne 2, au moment de l’Appel de Seydina Limamou Laye, je rivalise d’ardeur avec les Layènes, dans le berndé.

Comment s’est faite votre intégration dans le monde de l’audiovisuel ?
Au début, c’est mon amie Eva Tra qui m’invitait sur ses plateaux à la Tfm lorsque je venais au Sénégal. Mais sincèrement, je ne m’étais pas fixée comme objectif de faire de la télé. Je pense que je suis venue dans ce métier par pur hasard. Un jour, à Touba, j’ai servi à manger à Youssou Ndour, j’ai profité de l’occasion pour lui parler de mes projets et il a demandé à Mara Dieng de prendre mes contacts et de m’aider à avoir un plateau à la Tfm. J’ai finalement eu un rendez-vous avec lui, mais cela n’a pas été concluant. Diouma Dieng Diakhaté aussi a essayé de m’introduire là-bas, mais en vain. Un jour, j’étais chez une amie et sa fille m’a proposé de me faire un direct sur Facebook en me proposant des thèmes de société. Après, je me suis habituée à cela et j’avais beaucoup de vues. À chaque fois, je mettais un grand foulard. En fait, c’est naturel chez moi. Même pour aller chez la vendeuse de légumes du coin, « damay feul feulalé ». C’est dans ces circonstances d’ailleurs que des gens m’ont contactée pour des spots publicitaires. Après mon retour de Gambie, mon amie Aminata Ndiaye Sarr m’a mis en rapport avec Boubacar Diallo d’où mon intégration à iTv. Mais mon plus grand souhait était de travailler à Walfadjri, car j’ai toujours eu beaucoup d’estime pour Sidy Lamine Niasse.

Avez-vous reçu au cours de votre parcours des propositions indécentes ?
À un certain moment, j’étais très sollicitée et finalement les nombreux appels que je recevais m’importunaient, surtout lorsque j’étais avec mon mari. Après cela, j’ai voulu tout arrêter, mais c’est mon mari qui m’en a dissuadé. Cet homme m’a tout appris, il est comme mon manager. Et c’est mon premier fan. Il y a des hommes qui sont même allés jusqu’à me proposer de l’argent et de l’or pour que je quitte mon mari. Mais je suis très loyale et fidèle. Malgré mes nombreux voyages à l’étranger comme Dubaï, Paris, États-Unis, je suis toujours restée la même parce-que je tiens beaucoup à mon mariage et à mon mari.

Que pouvez-vous nous dire sur la recrudescence des divorces, surtout chez les célébrités ?
J’y vois deux raisons. Il y a les mariages d’intérêt où à un moment de leur ménage, la femme ne se suffit plus de ce qu’a son époux. Et bonjour les problèmes. Il faut que les femmes pensent à leurs progénitures et à leur avenir. Et une femme mariée doit toujours choisir ses fréquentations. Il y a de ces amies qui vont même jusqu’à regarder de haut votre mari, en vous disant ouvertement « qu’est-ce-que tu fais avec cet homme ? » Il y a même des amies qui jouent aux entremetteuses en vous mettant en rapport avec d’autres hommes, alors que vous êtes dans les liens du mariage. Aux femmes, je demande de bien prendre soin de leur mari et d’arrêter de perdre du temps avec les WhatsApp et autres réseaux sociaux.

Pouvez-vous nous raconter une anecdote sur votre foulard ?
(Rire). C’était lors du mois de ramadan après le tournage de l’émission « Iftaar ». Un soir, j’étais avec Mara, le chauffeur de iTv, j’avais mis mon foulard à l’arrière. Et après quelques mètres de course, un policier nous a arrêté pour excès de bagage. Mais lorsqu’on lui a dit qu’il s’agissait simplement d’un foulard, il a pouffé de rire et nous a laissé passer.

Entretien réalisé par Ndèye Anna NDIAYE & Adama Aïdara KANTÉ
Abdoulaye SYLLA (Photo)

13 septembre 2022


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