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LA RÉPONSE SALÉE DU MALI À LA SECRÉTAIRE D’ÉTAT FRANÇAISE

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La secrétaire d’État française Chrysoula Zacharopoulou disait, hier, lors de l’ouverture du 8e Forum international sur la paix et la sécurité que leur seul agenda, c’est surtout le renforcement de la souveraineté africaine. « Et contrairement à d’autres, nous ne misons ni sur l’intimidation, ni sur la désinformation, ni sur la fracturation du monde. Nous misons, nous européens, sur la lucidité et la souveraineté de nos partenaires africains. Et sur le renforcement de nos partenariats. Alors, je suis fière de représenter aujourd’hui un pays, la France, et un continent, l’Europe, qui sont pleinement et sincèrement engagés aux côtés des pays africains, pour leur sécurité. Nous sommes des partenaires qui ne venons pas en substitution de l’action des pays africains », affirmait-elle.

Cette annonce de la secrétaire d’État française n’a pas laissé insensible le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale du Mali. Abdoulaye Diop, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a souligné que Chrysoula Zacharopoulou a fait, hier, une grande opération de relation publique, mais qui manque de sincérité. « C’était politiquement correct à entendre mais c’est très loin de la réalité. Elle a indiqué que le régime à Bamako se bat pour sa survie. Je crois qu’un régime qui a une telle assise populaire n’a pas à s’inquiéter pour sa survie. La survie pour laquelle le Mali se bat, c’est la survie du Mali en tant qu’État. Et la survie de l’État malien a été menacée parce que la France, à la tête d’une organisation internationale, est intervenue en Libye pour une opération dont on ne sait pas jusqu’à aujourd’hui l’objectif recherché. Qu’est-ce qui a été fait pour gérer le service après-vente et éviter qu’une opération étrangère ne finisse par une déstabilisation de l’ensemble de la région ? », s’interroge-t-il lors d’un atelier sur « Jeunesse, Citoyenneté et Souveraineté : les défis de l’éducation et de la formation ». Avant de répondre : « la survie dont on parle c’est la survie de nos États. C’est une défaillance géostratégique monumentale qui nous a amené à ces problèmes. Et jusqu’à aujourd’hui, personne n’assume la responsabilité. Ils sont venus pour empêcher la faillite de Bamako, oui nous le reconnaissons. Mais vous venez faire le pompier après avoir allumé le feu. Je suis reconnaissant pour les morts français au Mali. Elle a parlé de 50, mais le Mali ne compte même pas ses morts civils ou militaire ».

Selon toujours le ministre malien, Chrysoula Zacharopoulou a dit aussi que la France se bat pour la souveraineté des pays africains et qu’elle n’entend pas se substituer aux armées africains. Ainsi, rappelle-t-il, « je vous donne un exemple, d’abord elle se substitue aux armées africaines parce que quand la France est venue pour aider le Mali à libérer notre territoire en 2013, il y’a trois grandes régions dans le nord du Mali. On a libéré ensemble Gao et Tombouctou. Mais à 50 km de kidal, l’armée française a stoppé nette l’armée malienne en disant que vous ne pouvez pas entrer à Kidal sur notre propre territoire. Aujourd’hui, 10 ans après, l’armée malienne et l’État malien ne sont pas présents à Kidal. Depuis 10 ans, elle travaille au nord du Mali avec des groupes rebelles. Elle a choisi ses amis dans le pays. Ce n’est pas normal », dénonce-t-il. Avant de conclure : « elle dit encore qu’elle renforce la souveraineté des pays africains mais le G5 Sahel pourquoi le Mali est parti ? C’est parce que la souveraineté des pays n’est pas respectée. Le Mali est l’un des pays fondateurs du G5 Sahel. La France n’est pas membre mais c’est elle qui a mis le véto pour que le Mali n’assure pas la présidence du G5 Sahel. Donc, je pense qu’on ne vient pas faire le libre-service pour parler pour faire plaisir aux uns et autres. Les partenariats pour être efficaces il faut qu’ils se fassent dans la sincérité loin de tout réflexe colonial. Mais aussi il faut une approche gagnant-gagnant ».

Cheikh Moussa SARR
Abdoulaye SYLLA (Photo)

25 octobre 2022


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