image

LA STATURE SPÉCIALE QUI DICTE LE STATUT SPÉCIAL

image

Sa stature économique, démographique et cultuelle et même politique confère déjà à Touba un statut spécial de facto. Mais cette problématique qui date de longtemps, réclamée parfois par des dignitaires mourides a également été prôné par les hommes politiques qui préfèrent aussi l’appellation « statut particulier ». Bès bi prend le prétexte du magal pour revenir sur la question.

Statut spécial ou particulier, Touba se distingue dans tous les cas par son potentiel démographique, économique, culturel et même politique. Une ville qui attire commerces, banques, assurances, immobilier, infrastructures, politiques et autres. Et donc du monde au point d’être considérée comme la deuxième ville du pays, après la capitale, Dakar. « La problématique du statut spécial de Touba constitue un enjeu socioéconomique, institutionnel et même culturel dont les plus hautes autorités du pays semblent aujourd’hui de plus en plus prendre conscience ». C’est l’appréciation faite par des chercheurs dont Dr Cheikh Gueye, alors coordinateur de programmes chez Enda Tiers Monde, et géographe de formation, réagissant suite à la volonté du gouvernement du Sénégal, exprimée lors du Conseil des ministres décentralisé tenu à Kaolack (en juin 2012), de conférer un statut spécial à la ville sainte de Touba. « Le président de la République avait demandé de renforcer la décentralisation.

Touba a une taille bien particulière et, eu égard aux activités économiques de cette communauté, une étude est en cours pour conférer un statut particulier à cette cité religieuse », rappelait M. Gueye. Une volonté réaffirmée par le Président Macky Sall lui-même, qui déclara publiquement, lors de sa visite préliminaire au Magal 2013, qu’il comptait doter la ville d’un statut spécial, s’il obtenait l’accord du Khalife général des mourides, Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké. « Le statut particulier de Touba doit accompagner l’urbanisation de la ville, qui est devenue la deuxième agglomération du pays, du point de vue spatial comme démographique. Sous ce rapport, les investissements pour une ville de cette taille doivent relever de capacités techniques et financières nationales. En effet, l’assainissement, la circulation et le transport, la lutte contre les inondations, la prise en charge sanitaire, l’alimentation, et tous les secteurs économiques de la ville ont pris une dimension nationale, régionale et internationale. Touba et son urbanisation sont même offerts en exemple dans les rencontres internationales, comme lors de la conférence des Nations Unies pour les établissements humains (Cnueh), tenue en juin 1996 à Istanbul et intitulée Habitat II », ont justifié Cheikh Gueye et ses collègues.

Les chercheurs qualifient Touba de « mégapole de l’intérieur du pays » et point de convergence de millions de Sénégalais, dont la croissance sur tous les plans ne cesse d’étonner, au même titre que les nouvelles problématiques (de santé, d’infrastructures, de sécurité, etc.). Pour eux, la cité religieuse a plus que besoin aujourd’hui de trouver sa vraie place dans l’architecture de la décentralisation, à même de prendre pleinement en compte toutes les spécificités religieuses, sociologiques, démographiques, etc. Ce, tout en lui permettant d’avoir accès aux instruments institutionnels et organisationnels modernes susceptibles de rationaliser, de façon optimale, sa gouvernance locale, dans le cadre de « l’unité intangible de la nation sénégalaise et de la souveraineté de l’État et de la République ».

Les éléments du statut spécial : Le titre foncier, l’interdiction à la douane de franchir la rocade, une collectivité locale délégué au Khalife…

Parmi leurs recommandations, visant à définir « avec rigueur » les « contours et caractéristiques » de ce statut spécial, ils ont insisté sur « une légitimité foncière donnée par l’autorité coloniale, confirmée et renforcée depuis l’indépendance », se fondant sur le titre foncier de Touba. « D’après le chef de village de Darou Khoudoss, celui-ci devait permettre de préserver la ville contre l’installation de Lybano-Syriens et de toubabs (Français) », rapportent-ils. Avant de rappeler : « Un événement décisif pour la légitimation juridique de ce statut particulier survient le 17 septembre 1928 : un bail dit de longue durée pour une période de 50 ans et concernant un terrain rural ayant la forme d’un carré parfait d’une superficie de 400 hectares sis sur la route allant de Mbacké à Sagata à une distance d’environ 8, 5 kilomètres de Mbacké, est accordé par le Gouverneur de la Colonie à Serigne Mamadou Moustapha Mbacké. Cette première concession foncière est reconnue unanimement comme étant à l’origine foncière et territoriale du statut particulier de Touba ».

Le titre foncier de Touba, qui existe bel et bien, est immatriculé au nom de l’État colonial, puis sénégalais, sous le numéro 528, et englobe la grande mosquée et s’étendait sur 400 ha autour. Il a été établi le 11 août 1930 sur réquisition du Gouverneur général de l’Afrique occidentale française (Aof) et est conservé au Service des Domaines de Diourbel. Ils soulignent, dans ce sillage, que « le Titre foncier toubien, comme tous les autres, relève du droit de propriété et est à l’origine de la reconnaissance par l’État d’un statut particulier ». Par exemple : « L’interdiction faite à la douane sénégalaise de franchir la rocade et la création en 1985 d’une brigade de gendarmerie dite spéciale sont des actes effectifs de reconnaissance de ce statut. La décentralisation qui a fait de Touba une collectivité locale a délégué une partie du droit de souveraineté de l’État à une instance (le Khalife) dont le pouvoir ne découle pas de lui-même, mais qu’il considère comme son démembrement ».

Dié BA

15 septembre 2022


------------------------------------

Vous pouvez réagir à cet article