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LA LAGUNE ÉBRIÉ D’ABIDJAN, UN PARADIS MENACÉ

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« Baby est doux ». Cette expression n’est pas seulement un vain mot de vantardise, mais une réalité réelle. Et pour cela, il faut poser les pieds à Abidjan, la capitale de « Papa Houphouët », cette ville de 3 millions d’habitants, très moderne avec ses belles bâtisses, ses paysages verdoyants, ses rues et ruelles propres. Mais ce qui charme le visiteur, c’est lorsqu’on pose ses valises sur les bords de Lagune Ebrié, le poumon de la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

C’est aux environs de 20 heures 45 après un vol de 2 heures 20 minutes que l’avion de la compagnie Air Ivoire s’est posé sur le tarmac de l’aéroport international de Félix Houphouët Boigny d’Abidjan. À bord de ce vol HF 701, étaient confortablement installées plusieurs nationalités dont une délégation sénégalaise, au rang desquels des journalistes, des responsables de la société civile et des experts. Tous étaient venus participer au séminaire régional de lancement du projet « Terra Africa ». Avec comme thème central : « Quelle place pour les médias dans la lutte contre les changements climatiques en Afrique de l’ouest ». À la descente du bus, c’était une longue file d’attente, les formalités entre Test Pcr Covid-19, le fameux carnet jaune de vaccination, pour lequel les autorités sont très regardantes, le contrôle de la douane, etc. Après cette étape de contrôle de la paperasse, l’horloge affiche déjà 22 heures 15 mn. Un peuple accueillant, qui nous réserve du « bon arrivé » par-ci, de l’« Akuwaba » par-là, pour dire que le climat est doux. Direction les navettes pour rallier le luxueux hôtel Pullman Abidjan, niché au quartier Plateau. Personne dans le bus, en particulier les Sénégalais, ne se sent dépaysé.


La Lagune, le poumon d’Abidjan

La ville, très éclairée, est dans un décor somptueux. L’ambiance des fêtes de Noël et de fin d’année sautent aux yeux. Le long des avenues immenses, plane des ressemblances avec le centre-ville de Dakar. 40 minutes plus tard, l’on débouche à l’hôtel de 11 étages. Au 6e étage, les portes de la chambre 616, avec une vue d’ensemble sur la capitale, s’affichent aux hôtes.

Au cœur d’Abidjan, ceinturée par des immeubles, la Lagune Ebrié constitue le poumon de la capitale économique ivoirienne. En effet, la ville est bâtie autour d’un plan d’eau unique et précieux, qui lui donne tout son cachet, son charme. Cette lagune porte le nom des tout premiers riverains, les Ebriés. La ville est entièrement construite autour de cet immense plan d’eau près de 560 Km carrés et lui donne vie, au point que certains lui trouvent une ressemblance avec Montréal, au Canada. C’est un immense étang d’eau saumâtre de 120 000 hectares qui s’étend sur des dizaines de kilomètres d’Abidjan à Grand-Bassam.

Calme, des vagues suivant le gré du vent, sa brillance donne une belle vue, avec ses plantes évasives. Abidjan est gâtée par dame nature. Des arbres et des buissons, des herbes en nappe de verdure pouvant être le refuge du faune diverse. L’on comprend aisément pourquoi elle est surnommée la perle des lagunes.

Une perle menacée

Aujourd’hui, avec l’urbanisation galopante de ces dernières années et les crises subies par le pays, la lagune est perturbée, polluée par les hommes et les usines. Parce que, cette merveille qui fait la vitrine d’Abidjan n’échappe pas à la plus grande équation écologique des villes africaines. Sur une partie de la lagune, des déchets et quelques plastiques sont visibles et menacent l’écosystème. Ce, malgré la loi contre la pollution plastique votée par le pays en 2014, et aussi les initiatives citoyennes pour préserver cette merveille. Mais le défi reste entier. Certains riverains, déçus, estiment que « cette perle est devenue une poubelle ». Ainsi, des amoureux de la lagune, des Abidjanais ont décidé d’en prendre soin, engagés à la sauver et la mettre en valeur. Car la lagune, c’est l’identité d’Abidjan, son miroir, son poumon, son eau, ses ressources en poissons et ses îles confettis aux allures de bout du monde, « à la fois si loin et si proches de la ville », disait Céline Devaley, dans un reportage sur cet écosystème. Parce que les défis sont énormes, d’après Coliba Africa, une société spécialisée dans le recyclage des déchets plastiques. « 460 000 tonnes de déchets sont produites chaque année en Côte d’Ivoire, dont plus de la moitié à Abidjan et seulement 3% sont réutilisables », relève-t-elle.

Certes, il y a une urgence écologique, mais loin de ternir son image. Puisque les images de mariages cartes postales qui se déroulent sous la « bénédiction » de la Lagune Ebrié sont plus que jamais d’actualité. Et les chauves-souris qui traversent la lagune sous le regard impressionné des visiteurs en disent long. Comme l’illustre ce samedi 11 décembre, où l’on décompte au moins trois mariages sur son esplanade. Comme pour dire qu’« Abidjan, le samedi, c’est le jour de mariage », en paraphrasant les chanteurs Maliens Amadou et Mariam.

Paradis sur terre et carrefour commercial

Comme la plupart des grandes villes d’Afrique, lorsque qu’on parle d’Abidjan, on fait référence à l’économie. Avec un secteur de transport bien régulé, des grandes avenues, la salubrité qui est de mise, mais une ville qui n’échappe pas aux embouteillages monstres. Abidjan, c’est aussi des visages que forcent la réputation des 13 communes qui la composent, mais chacune bien sûr avec ses particularités. Avec plus de 5 millions d’habitants, la capitale économique ivoirienne reste l’une des plus dynamiques du continent. Avec une activité commerciale bouillonnante, le carrefour du commerce reste le grand marché d’Adiamé. On peut même s’y perdre, vue la densité. La chaleur y est suffocante, mais c’est sans inquiétude, on n’y risque pas la déshydratation. Puisque les vendeurs de jus de coco, de jus d’ananas, de jus d’orange et de jus de papaye pressé au naturel étanche votre soif.

Abidjan, c’est aussi son climat agréable, il pleut pratiquement 12 mois sur 12. Et la nuit, c’est la fête, les discothèques où les visiteurs ou autres touristes sont invités à découvrir « Abidjan by nigth ». « Cote d’Ivoire c’est la journée et Abidjan c’est la nuit », confie un confrère ivoirien qui tente de convaincre les participants de sortir de l’hôtel, « histoire de découvrir la nuit, car le nuit, tous les chats sont gris ».

ENCADRÉ
Ce reportage a été réalisée dans le cadre d’une formation sur l’environnement. Initié par CFI, 5 pays ont été ciblés : Sénégal, Côte-d’Ivoire, Cap-Vert, Guinée-Conakry et Guinée-Bissau. Pendant presque une semaine (6-11 décembre), les participants et des médias bénéficiaires du programme ont émis une réflexion collective sur les modalités de collaboration dans le but d’améliorer la couverture médiatique des enjeux climatiques et environnementaux dans ces différents pays. (…) C’était juste une piqûre de rappel, mais revenons à notre carnet de route ou billet retour dans la ville Abidjanaise.

Adama Aïdara KANTÉ (Envoyée spéciale)

3 février 2023


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