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LE CALVAIRE QUOTIDIEN D’UNE FEMME AU FOYER

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En cette matinée de dimanche, alors que le soleil darde ses rayons sur Rufisque. Nous sommes à Arafat 2. Il fait tout juste 11 heures 30 minutes, une mère de quatre bouts de bois de Dieu vit dans une grande concession avec ses beaux-parents et ses belles-sœurs, entre autres. Tout le travail repose sur ses frêles épaules. Elle veut rester anonyme. Nous lui choisissons alors le nom d’emprunt :Aïssatou Ndoye.

Elle est âgée d’une quarantaine d’années, taille élancée, le teint noir d’ébène, illuminé par la clarté du jour. Et c’est à juste titre qu’on la surnomme « Diamant noir ». Elle apparaît sourire aux lèvres, vêtue d’une robe voile « Taille Mame » de couleur rose, assortie d’un petit foulard couvrant légèrement sa tête laissant entrevoir quelques fois une longue chevelure. Aïssatou discrète et simple accepte de se confier à nous, mais à la seule condition que ni son nom ni sa photo n’apparaissent dans les média.

« Les femmes au foyer souffrent en silence. Le mariage au Sénégal n’est pas du tout facile. Comme nous sommes contraintes parfois par la tradition, on fait semblant de ne pas trop souffrir. Car, je vis dans une grande famille et certains ne vont pas accepter qu’on dévoile des choses dans les médias. Les femmes sénégalaises sont braves, ‘ay seykatlaniou (c’est des épouses modèles) », lâche-t-elle avec du cœur, avant de nous raconter son train durant le Ramadan.

Sur pied de 4 heures du matin à minuit
« Diamant noir » commence par révéler qu’elle se lève chaque jour que Dieu fait à 4 heures du matin pour préparer le repas de l’aube, communément appelé « Kheudd ». Pourtant, elle confie qu’elle ne peut pas manger le matin, mais elle boit juste un verre d’eau tiède. « Cependant, je suis obligée de me réveiller pour satisfaire les besoins de tout un chacun dans la famille, avec des préférences différentes. Si les enfants préfèrent le repas lourd, mes beaux-parents optent pour des choses légères, telles que les bouilles de mil ou de blé. Mon mari par contre ne prend que du café au lait sans pain », explique-t-elle.

Elle soutient qu’après la prière du Fadjr, elle enchaîne quelques tâches ménagères et s’occupe du petit déjeuner des enfants qui n’ont pas jeûné. « Le reste des tâches ménagères, la bonne s’en s’occupe », dit-elle, précisant qu’une fois que le menu du jour est décliné pour la rupture et le dîner, aux environs de 10 heures, elle fait route vers le marché pour faire les courses. Pour autant, elle n’est pas au bout de ses peines du jour. Parce que, renseigne-t-elle, ces derniers jours, les produits sont devenus trop chers. La viande et le poulet coutent excessivement chers, le poisson n’en parlons pas, car c’est devenu une denrée rare.

Course contre la montre pour le ndogou
La dame confie que de retour du marché, vers 11 h ou 12 h, elle défait son panier et commence la préparation du repas du soir. Elle note que sa journée se résume en des va-et-vient entre la cuisine et le hall de la maison. Les seuls moments de répit, c’est aux heures de prière où elle marque de petites pauses. « En fait, parfois, après la prière de 14 h, je me repose jusqu’à 16 h pour me remettre au travail. Et après une courte pause pour la prière de 17 heures, c’est une course contre la montre. C’est là que la pression commence à monter entre le ‘ndogou’ à préparer. Mais Dieu merci, je le fais avec plaisir. Car, le mois de Ramadan, c’est le Bon Dieu qui le rétribue. C’est cela notre seul réconfort », dit-elle. Elle signifie qu’après tout cela, il faut assurer le service. Et une fois que le repas du soir est servi et la ‘Nafila’ (prières surérogatoires) accompli, vers 23 heures, elle prend sa douche pour ensuite aller se coucher. Mais le sommeil ne sera que de courte durée, car dès 4 heures du matin, elle est de nouveau sur pied pour une nouvelle journée de travail identique. « Guaché ngalama jigeen Senegaal ! », a chanté Ismaïla Lo.

Adama Aïdara KANTE

29 avril 2022


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