LE COLONEL ANTOINE WARDINI OUVRE LE CAHIER SOUVENIR DES DÉFILÉS

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59e ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE

Directeur des opérations de l’Agence d’assistance à la police de sécurité, est un ancien de la Direction de l’information et des relations publique de l’armée (Dirpa). Colonel à la retraite, cet ancien commandant de la Zone militaire n°1 a organisé les défilés de 2008, 2009 et 2010 sous le magistère de l’ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade. Dans cet entretien accordé à emedia.sn, il livre le secret de la réussite des défilés qu’il a organisés.

Le Sénégal va célébrer dans les prochains jours le 59e anniversaire de la fête de l’indépendance. Comment voyez-vous les festivités ?

J’ai vu qu’un peu partout, les enfants sont en train de s’entrainer. Dans certains quartiers de Dakar, les gens sont de plain-pied dans les préparatifs. Depuis la fin de l’élection présidentielle, les préparatifs de la fête de l’indépendance se sentent de plus en plus. Les encadreurs sont en train de mobiliser les associations, les écoles. Même le Commandement de la zone militaire est en train de faire sa tournée pour ce qui se passe sur le terrain.

Quelle analyse faites-vous du thème retenu cette année : « Force de défense et de sécurité un exemple dans d’éducation et la citoyenneté » ?

Il faut savoir que les forces de défense comme exemple dans l’éducation est une réalité. Au Sénégal, on a eu la chance d’avoir des forces de défense et de sécurité très républicaines. Elles sont très proches de la population. C’est pour cela qu’on parle du concept : Armée-Nation. Le militaire est quelqu’un qui sert son pays. Engagé, il exécute les ordres qu’on lui donne. Le militaire est un exemple de discipline, de patriote et de citoyen engagé. Une fois que vous entrez dans l’armée et qu’on vous formate, c’est sûr et certain que vous allez prendre des habitudes que l’on attend d’un citoyen responsable. Je ne dis pas que ceux qui n’ont pas fait l’armée n’ont pas de telles habitudes, mais l’armée donne un peu plus. Ce, parce qu’on insiste plus sur la formation citoyenne et le civisme qui sont des valeurs à revendre. Je crois que les militaires sont les gardiens de ces valeurs. Le militaire exécute tout ce qu’on lui demande de faire. Même s’il n’est pas content, il fait ce qu’on attend de lui pour le bien collectif.

« LE MILITAIRE EST UN EXEMPLE DE PATRIOTE DISCIPLINÉ ET DE CITOYEN ENGAGÉ »

Quelles sont les différentes phases d’un défilé ?

On ne se lève pas un bon jour pour dire aux gens « allez défiler ». Il y a plusieurs phases à respecter pour une bonne organisation du défilé. Il y a la phase conception qui consiste à définir ce que l’on veut faire, à travailler sur le thème et le format. Dans cette phase, on doit définir si on veut un défilé à 3 colonnes, un défilé à 6 colonnes ou un défilé à 12 colonnes. C’est également dans cette phase qu’on doit déterminer le nombre d’unités qui doit défiler. Ensuite, il y a la phase de planification. Dans cette phase, on définit comment on doit dérouler la préparation jusqu’au jour du défilé. Egalement, il y a la phase des entraînements civils et militaires et les inspectons sur le terrain. Il y a la phase de la préparation logistique qui est très importante.

Quelles sont les phases qui nécessitent beaucoup plus de temps ?

Ce sont deux phases : l’inspection et la préparation matérielle du site. L’inspection c’est quand le commandant de la zone va devoir commencer sa tournée pour aller voir les unités civiles telles que les écoles, les associations qui se sont un peu dispersés dans Dakar et sa banlieue. Regrouper les civils est un problème parce que certains d’entre eux sont parfois à l’école tandis que d’autres n’ont pas de frais de transport pour se déplacer. Pour la phase de préparation matérielle, les problèmes qu’on rencontrait c’est comment monter la tribune, où est ce qu’il faut mettre les chaises et sécuriser la zone 5 jours avant le jour J.

Donc, ce n’est pas facile d’organiser un défilé ?

Non ! Ce n’est pas du tout facile. C’est pourquoi quand le commandant de la zone militaire organise, il a toute une équipe de soutien. Il y a une équipe pour la logistique, une équipe pour les entraînements, une équipe pour la conception. En sus, on travaille avec les populations, la gendarmerie et la police pour que tout le monde comprenne que c’est une fête nationale. La décoration du site avec les emblèmes de la Nation n’est pas également une chose aisée.

C’est vous qui faisiez la décoration ou vous recouriez à d’autres services ?

C’est moi qui faisais la décoration et le traçage. Même la tribune présidentielle, c’est moi qui le montais avec l’aide des militaires. Depuis que je suis parti, j’ai constaté que c’est « Khelcom Bâche » qui fait ce travail-là. Nous, on prenait la tribune des militaires de Bargny qu’on montait et décorait nous-mêmes. On faisait les vérifications nous-mêmes pour nous assurer que tout était bon. Après, on sécurisait le site jusqu’au jour J.

Il faut combien de temps pour réussir une bonne organisation du défilé ?

Pour avoir une bonne organisation du défilé, je ne m’amusais pas. Dès le 1er janvier, on commençait la préparation. On débutait la phase conception. Et, une fois avoir validé le thème, les entraînements démarraient en mi-janvier. Il faut au moins 3 mois de préparation pour réussir une bonne organisation du défilé.

Et combien de personnes défilaient sous vos ordres ?

Tout dépend du créneau arrêté. Abdoulaye Wade est quelqu’un qui aimait l’ambiance, il aimait la foule. Donc, pour les trois défilés que j’ai eu à organiser sous son magistère, j’invitais le maximum de défilants possibles. J’avais, au minimum, 9000 défilants à Dakar.

Quel est le défilé qui vous a le plus marqué ?

C’est le défilé du cinquantenaire du Sénégal. Parce que c’est le seul cinquantenaire au Sénégal. Donc, je peux me targuer de dire que je suis le seul officier à avoir eu l’honneur d’organiser un défilé pour le cinquantenaire. Cela a été un grand plaisir parce qu’à l’époque, on avait invité beaucoup de communautés. Les armées marocaine, française, gambienne, guinéenne avaient défilé. J’ai eu la chance d’avoir commandé toutes ces armées pour ce défilé. Ce qui m’avait le plus plu c’est qu’on avait invité une vingtaine de chefs d’Etat. C’était un défilé exceptionnel, impressionnant et formidable.

Et votre pire défilé, s’il en existe ?

J’ai eu la chance d’avoir réussi mes défilés. Quand on m’a confié l’organisation du défilé, j’avais continué à travailler avec l’équipe de mon prédécesseur, François Ndiaye. Donc, ce n’était pas difficile. En plus, dans l’armée on apprend très vite. Je crois que j’ai réussi l’organisation de tous mes défilés.

Comment les chefs d’Etat préparent-ils le défilé ?

Au niveau des chefs d’Etat-major des armées, quand on passe la première phase qui est celle de la conception, on soumet le thème choisi au président de la République pour validation. Et une fois qu’il valide le thème, il nous laisse dérouler. Le président de la République ne s’immisce pas dans l’organisation du défilé. Je travaillais avec le chef de protocole, Bruno Diatta à l’époque. Ce dernier était notre intermédiaire direct auprès du chef de l’Etat. Je gérais avec lui tout ce qui était invitation, protocole, rencontre, exposé entre autres. A chaque fois que j’avais besoin des services de l’Etat, je passais par le protocole de la présidence.

Quel est l’importance du défilé ?

Le défilé est quelque chose d’inné dans les forces de défense, dans l’armée. On défile pour manifester notre engagement et notre loyauté vis-à-vis des autorités civiles. On fait des prises d’armes, on rend les honneurs. Le défilé permet de montrer la force d’un pays, de montrer l’engagement et le sens républicain des unités qui défilent. Le défilé fait partie des phases de formation et d’instruction dans l’armée. Le défilé permet de magnifier l’excellence de la méthodologie et de la coordination de nos actions. C’est tout un ensemble qui identifie les militaires.

Combien coûte un défilé ?

Je ne peux pas le quantifier mais, c’est beaucoup d’argent. Je donnais les ordres et les gens exécutaient. Dans l’armée, on profitait de la fête de l’Indépendance pour renouveler les tenues. Et cela coûtait une fortune. Entre autres dépenses, il y a l’acquisition des véhicules qui doivent défiler, l’achat du carburant et l’entretien des véhicules. Donc, pour vous dire qu’on dépense beaucoup d’argent mais, moi je ne peux pas vous donner l’évaluation parce que je ne m’en chargeais pas.

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