« LE CORONAVIRUS NOUS FAIT TOURNER LA TÊTE »

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LA CHRONIQUE DE MIK

Une semaine très mouvementée. Pourrie même par endroits. Les faits le montrent et le démontrent. Répression violente d’une manifestation contre la soif à Cap Skirring. Révolte violente et nocturne contre le couvre-feu dans plusieurs localités du pays, notamment à Touba la sainte où, paradoxalement, des jeunes mécontents étaient tout sauf des saints. Ils n’ont rien trouvé de mieux que de saccager les locaux du centre de traitement des épidémies en ces temps de pandémie mortelle. Quelle inconscience ! Aux Etats-Unis d’Amérique, George Floyd mortellement étouffé par le genou d’un policier raciste, bête et méchant. L’horreur a été filmée et vue dans le monde entier. Indigne d’un grand pays. Avec cette énième affaire de bavure policière mais bavure de trop contre les Noirs – toujours la même proie -, l’Amérique vient d’administrer définitivement la preuve qu’elle n’est plus l’Amérique de nos rêves. On découvre sa face cachée et hideuse.

Le Sénégal, de l’autre côté de l’Atlantique, expérimente depuis quelques années, tant bien que mal, un concept révolutionnaire : « ubi tèy jang tèy ». Il faut le reconnaître, le défi a été amplement relevé. La Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) y a beaucoup contribué. Seulement l’école sénégalaise vient de découvrir un tout autre concept. Imprévisible comme le célèbre virus. Voici donc le « ubi tèy tëj tèy » ! Décidément le coronavirus nous fait tourner la tête ! De quoi perdre même pied. Ou plutôt la main sur les choses et les êtres. La Covid-19 dicte sa loi à tout le monde. La planète navigue entre confinement, dé-confinement et re-confinement. Le Sénégal n’y échappe pas. C’est pour cette raison qu’il faut relativiser le rendez-vous manqué du 2 juin. Tous les acteurs doivent saisir ces instants pour prendre davantage conscience des enjeux de l’éducation qui devrait faire consensus. Certes, on peut reprocher au gouvernement de ne pas avoir organisé dans les meilleures conditions le transport des enseignants à leurs lieux d’affectation. Les images du terminus de Liberté 5, pris d’assaut par une foule d’enseignants, étaient dignes d’un daral, foirail, alors que tout rassemblement de cette taille est strictement interdit. Ces images prouvent à suffisance qu’en termes de mesures barrières, les règles élémentaires n’ont pas été respectées. Il en est ainsi de la distanciation physique. Pas étonnant que des enseignants aient été contaminés. De ce point de vue l’excuse de l’impréparation ne saurait prospérer. Mais de ce strict point de vue uniquement !

La gestion de cette crise sanitaire n’est pas facile. Dans d’autres pays au système pourtant plus huilé comme le Japon ou la France, des écoles rouvertes ont été très vite refermées. Il n’y a pas de honte à renoncer à une réouverture des classes. Soit dit en passant, la maladie n’est pas honteuse même si elle reste très contagieuse, L’irresponsabilité aurait été de maintenir la date de reprise des enseignements en exposant enfants, enseignants et parents malgré le risque de propagation devenu dès lors très élevé tant dans le monde scolaire qu’au niveau de la population en général. Ce serait la catastrophe assurée. En agissant de la sorte le gouvernement nous a évité sans aucun doute le scénario d’enfants utilisés comme chair à canon ou à corona. Que n’aurait-on pas dit si les salles de classe avaient été rouvertes !

A l’arrivée, les écoles et universités restent toujours fermées. Mais l’heure est à l’assouplissement avec les dernières mesures annoncées : reprise de la circulation interurbaine avec son corollaire de réouverture des gares routières, allègement du couvre-feu qui passe de 23h à 5h du matin et des mesures de restriction dans les lieux de vie : restaurants, hôtels, salles de sport. Il faut bien que la vie reprenne. Le pic est-il derrière nous ? Le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr l’a annoncé. Espérons que le virus ne gâchera pas la fête. Prudence et vigilance.

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