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« LE DÉVELOPPEMENT DES RELATIONS TURCO-AFRICAINE DEVRAIT SE RÉALISER BIEN AVANT »

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Mahmut M. Özdil est membre de l’Assemblée dirigeante et du Conseil d’administration de la Fondation Maarif de Türkiye. Il est en charge des affaires juridiques et de la région Europe, les Balkans et l’Afrique francophone. Enseignant de droit administratif à la Faculté de droit de l’Université Bahçeşehir d’Istanbul, il continue également d’y mener ses travaux de recherche.

La présence de la Türkiye en Afrique a beaucoup augmenté au cours de ces 20 dernières années. Que pouvez-vous dire à propos des relations turco-africaine ?
En fait, le développement des relations turco-africaine devrait se réaliser bien avant. Mais le 20ème siècle a été une période d’épreuves difficiles et de grands changements sociaux non seulement pour l’Afrique mais aussi pour la Türkiye. Ceci est la raison de ce retard.

Aujourd’hui je pense que tout le monde est conscient que le colonialisme ne peut pas continuer, quelle que soit sa forme. Alors que, l’Afrique s’éveille et découvre à la fois les avantages de sa population jeune et dynamique et l’immense diversité et richesse de ses ressources naturelles, il n’est pas question pour aucune forme de colonialisme qui est une anomalie honteuse pour tous. Je ne pense pas qu’on puisse attendre plus longtemps pour la renaissance africaine.

La Türkiye fait de grands efforts pour partager son expérience avec l’Afrique et l’enrichir. Une coopération stratégique basé sur l’égalité et le partage d’expériences mutuelles peut changer le destin des peuples en très peu de temps. Les relations qui se sont développées au cours de ces vingt dernières années ont déjà commencé à porter leurs fruits. Aujourd’hui, nous constatons les résultats positifs de cette coopération dans toute l’Afrique.

Si l’on parle en particulier du Sénégal, les relations entre les deux pays se reposent sur des centaines d’années d’histoire et un héritage culturel et historique commun. La coopération bilatérale entre la Türkiye et le Sénégal est exemplaire. Les relations existantes entre les deux Chefs d’Etats se traduisent par l’approfondissement et l’extension de la coopération dans tous les domaines. Cette relation est pluridimensionnelle entre les deux pays, elle s’est encore plus illuminée avec la visite officielle du Président Recep Tayyip Erdoğan cette semaine. Au cours de cette visite officielle, plusieurs accords ont été établis dans différents domaines. Le Président Recep Tayyip Erdoğan a aussi participé à la cérémonie d’inauguration du stade du Sénégal, un chef d’œuvre emblématique qui a été construit seulement en 17 mois par une entreprise turque.

Comme vous l’avez dit, il y a une population jeune en Afrique. L’accès à une éducation de qualité reste un problème majeur pour les peuples africains. Où est placé l’éducation dans les relations turco-africaine ?
La corrélation entre la science et la prospérité s’est avérée depuis des siècles maintenant. Donc on ne peut pas envisager une évolution au niveau de la paix, la justice et le développement en mettant de côté l’éducation. Force est de constater malheureusement que les statistiques dévoilées par les Nations Unies indiquent qu’environ 300 millions d’enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas.

D’un autre côté, l’augmentation du taux de scolarisation ne suffit pas, en soi, à résoudre les problèmes en question. Les problématiques concernant le système scolaire occupent une place importante même dans les pays développés. Vous connaissez le programme d’évaluation international mené par l’OCDE, PISA. Les enquêtes PISA évoquent tous les trois ans la nécessité de réformer la conception de l’éducation pour que les écoles soient plus que de simples garderies. Le Programme de Développement 2030 signé par 193 pays lors du sommet des Nations Unies sur le développement durable, accorde une place prépondérante à une formation de qualité. Ces éléments démontrent l’importance de l’enjeu et le besoin de s’y atteler par plusieurs angles.

La Fondation Maarif de Türkiye a été créée par une loi adoptée par la Grande Assemblée Nationale de Türkiye au mois de juin 2016 afin de répondre à ces besoins et y apporter des réponses innovantes.

Aujourd’hui, 5 ans après sa création, la Fondation Maarif de Türkiye offre des services d’éducation et d’hébergement à plus de 50 000 étudiants de toutes nationalités avec 461 établissements d’enseignement dans 47 pays à travers le monde. La Türkiye est l’un des cinq pays au monde en nombre de chaîne scolaire internationale grâce aux travaux de la Fondation Maarif de Türkiye. Elle mène des activités éducatives dans vingt des pays figurant sur la liste des pays les moins développés selon l’ONU. Parallèlement à l’approfondissement et au renforcement des relations avec l’Afrique, 25 pays sur 47 où opère la Fondation Maarif de Türkiye sont situés en Afrique. De plus, comparée à d’autres réseaux scolaires internationaux, la Türkiye réalise ces activités avec un budget beaucoup plus modeste, par exemple moins d’un dixième du budget de subventions attribué par la France.

Ceci peut être possible en incluant les citoyens du pays où l’activité est réalisée. La plus grande distinction entre la Fondation Maarif de Türkiye et les autres chaînes scolaires internationales, est qu’elle détermine à la fois le programme et le corps enseignant, en tenant compte des besoins locaux, sans faire de compromis des normes et des qualités universelles. Par exemple, seulement 5% du personnel est envoyé depuis la Türkiye.

La Fondation fournit également des efforts continues pour former le personnel éducatif aux normes souhaitées dans les pays où elle opère. Elle essaye d’y parvenir avec des formations internes, des formations pédagogiques et des programmes de master et doctorat afin de former des enseignants internationaux. D’autre part, la Fondation souhaite que les étudiants, sans rompre avec la réalité de leur pays et en étant conscient que la diversité culturelle est une grande richesse, contribueront au développement de leurs pays après leurs études. Si je dois le répéter, l’Afrique, qui malheureusement ne vient à l’esprit qu’avec la pauvreté, a un très grand potentiel en termes de richesses naturelles et de ressources humaines.

L’image de l’Afrique "indigente", élaborée depuis des siècles, qui n’a ni d’histoire ni de civilisation, composé de déserts et de jungles sans fin, doit être supprimé des esprits à tout jamais. Nous ne devons pas oublier qu’à cause d’une anomalie honteuse nous avons été privés des précieuses contributions que les africains peuvent offrir au monde, et nous devons apprendre à établir une relation équitable.
En approfondissant les relations turco-africaine avec la dimension éducative, la Fondation Maarif de Türkiye fournit des services éducatifs dans 209 établissements d’enseignement, de la maternelle jusqu’à la terminale dans 25 pays africains.

Beaucoup de nos enfants diplômés de ces écoles, poursuivent leurs études universitaires en Türkiye afin de revenir et de servir leur pays. Comme je l’ai déjà mentionné, seulement 211 de nos 3394 membres du personnel travaillant dans les écoles de la Fondation Maarif de Türkiye en Afrique ont été employés depuis la Türkiye. Nos 3183 employés africains travaillent avec leur cœur pour ce projet.
La coopération dans le domaine de l’éducation entre la Türkiye et l’Afrique n’est pas seulement limité avec les activités de la Fondation Maarif de Türkiye. Nos institutions officielles, notamment notre Ministère de l’Education Nationale, mènent diverses coopérations sur le continent. Je pense que le besoin en particulier dans le domaine de l’enseignement professionnel, peut être facilement géré en bénéficiant de l’expérience de la Türkiye dans ce domaine. La Fondation Maarif de Türkiye contribue également à faire de la Türkiye un partenaire fiable et bien intentionné dans le domaine de l’éducation pour les pays africains par des collaborations avec des institutions actives en Afrique telles que Yunus Emre, TIKA et les universités turques.

D’autre part, les établissements d’enseignement affiliés à FETOsont transférés à la Fondation Maarif de Türkiye par la suite d’accords de haut niveau conclus entre la Türkiye et les pays où ces établissements opèrent.

Comme vous le savez FETO est une organisation terroriste internationale qui vise à façonner la politique et à obtenir des avantages en utilisant son pouvoir financier et son influence sociale par des méthodes illégales.

118 écoles affiliées à FETO dans 16 pays africains ont été transférées à la Fondation Maarif de Türkiye. Les processus de transfert des écoles se sont achevés sans aucun problème jusqu’à présent. Les élèves, leurs familles et le personnel africain travaillant dans ces écoles n’ont pas été lésés, les activités éducatives se sont poursuivies sans interruption et la qualité académique et physique des écoles reprises a augmenté. Ce fait à renforcé la confiance des africains envers la Türkiye.

Quelle est la situation au Sénégal ?
J’ai déjà expliqué que les relations Sénégal-Türkiye sont exemplaires. Après la création de la Fondation Maarif de Türkiye, ma première visite sur le continent était au Sénégal. Depuis, nous travaillons sans arrêt.

Avec le décret présidentiel du 7 août 2017, la Fondation Maarif de Türkiye a été reconnu comme fondation d’utilité publique au Sénégal. L’accord de siège que nous avons signé est la preuve de confiance que nous accordent les autorités sénégalaises et le reflet de la culture de l’hospitalité sénégalaise, teranga. La Fondation Maarif de Türkiye poursuit depuis 2017 ses activités éducatives au Sénégal dans 4 campus dont deux à Dakar, un à Thiès etunà Saint-Louis. Au total, 857 élèves sont scolarisés dans 13 écoles depuis la maternelle jusqu’à la terminale. Seulement 8 membres de nos 213 membres du personnel ont été envoyés depuis la Türkiye.

Cette semaine, durant la visite officielle, nous avons été informés que l’attribution d’un terrain compatible pour construire un complexe scolaire moderne d’une capacité de 1000 élèves dans la nouvelle ville de Diamniadio, se finalisera dans les plus brefs délais.

Mais pour autant que je sache, le campus Yavuz Selim à Dakar n’a pas encore été transféré à la Fondation Türkiye ?
Oui, vous avez raison. En novembre 2016, un accord a été trouvé entre les deux pays par la suite d’échange de notes afin de mettre fin aux activités dévastatrices des établissements d’enseignement affiliés à FETO. « Başkent Eğitim Yayın Ticaret Anonim Şirketi », qui était affilié à FETO et dont ses activités illégales ont été documentées, a été officiellement fermé par les autorités sénégalaises le 7 décembre 2016 et ses licences d’enseignement ont été annulées. Mais malheureusement, le campus Yavuz Selim continue toujours à poser des problèmes.

Je pense que les autorités sénégalaises sont trompées et mal orientées avec de fausses informations à ce sujet. Comme je l’ai dit ci-dessus, selon l’accord de novembre 2016 la gestion desdites écoles devrait être confié à la Fondation. Cependant, le campus n’a pas pu être transféré à la Fondation Maarif de Türkiye sous l’argument qu’il est l’objet d’une propriété privée. Alors qu’en réalité le bien immobilier, qui appartiendrait aux affiliés de FETO et connu sous le nom de Campus Yavuz Selim, est une propriété publique conditionnellement attribuée aux affiliés de FETO en août 2006.

L’attribution était effectuée sous deux conditions, la première de ces conditions est que le terrain attribué ne puisse être utilisé qu’à des fins éducatives, maintenues actives et régulièrement entretenues, et la seconde est que les bénéficiaires de cette attribution paient chaque année une redevance pour le terrain. Considérant que les licences des établissements d’enseignement affiliés à FETO ont été annulées et que le bâtiment est vide depuis 2017, on constate que la première condition n’a pas été assurer et qu’il n’est pas possible de l’assurer. Par ailleurs, on sait que la cotisation annuelle n’est pas payée. Dans ce cas, alors que l’attribution devrait être annulée immédiatement, laisser les biens immobiliers entre les mains de personnes affiliées à FETO est contraire à l’accord conclu entre les deux pays par l’échange de notes.

Malgré l’établissement de toutes sortes de fondements juridiques et d’instructions données du plus haut niveau, le campus en question a été laissé aux mains des personnes affiliées à FETO, illégalement. Cependant, la garantie donnée qu’il ne sera pas utilisé à des fins éducatives pour générer des revenus à FETO s’il ne peut pas être transféré à la Fondation, on constate que le campus a été loué à un établissement scolaire privé depuis quelques mois, fournissant un financement à FETO.

On envisage que cette situation, qui assombri le niveau atteint des relations entre les deux pays, sera résolue dans les plus brefs délais.

27 février 2022

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