LE GÉNÉRAL MANSOUR SECK RACONTE SON "AMI" COLIN POWELL

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Hommage

"Un homme de grande qualité. Je suis très ému". C’est la réaction du Général Mamadou Mansour Seck à l’annonce du décès de l’ex-Secrétaire d’État américain, Colin Powell, survenu ce lundi, des suites de complications liées à la Covid-19. Contacté par Emedia, l’ex-Chef d’État-Major Général des Armées (CEMGA) a marqué un temps de surprise avant de réagir. "C’est un ami personnel, nous confie-t-il. Je suis vraiment catastrophé d’apprendre sa perte. C’est un homme de qualité."

Relatant leur amitié qui date de plus de trente ans, il ne manque pas d’anecdotes. Même si l’histoire a démarré par un drame. En effet, les relations entre les deux hommes remontent à la guerre du Golf. Un conflit qui a opposé, du 2 août 1990 au 28 février 1991, l’Irak à une coalition de 35 États, dirigée par les États-Unis, à la suite de l’invasion et l’annexion du Koweït, à travers une coalition internationale appelée ’’Desert Storm’’ (en français, l’opération Tempête du désert). Les Diambars ont payé un lourd tribut : 93 soldats sénégalais périssaient dans un accident d’avion au Yémen. Les "Diambars" revenaient sur leur zone de déploiement, après le petit pèlerinage à la Mecque (Oumra), lorsque l’avion Hercule C 130 numéro 467 de l’armée de l’air saoudienne qui les ramenait s’est écrasé à proximité de la piste d’atterrissage.
Trois (3) soldats sénégalais ont survécu à l’accident avec, pour l’un, des brûlures sévères et pour les 2 autres, des fractures délicates. C’était dans la nuit du 21 mars 1991 à 4 heures 45 minutes.

"Évidemment le leadership était assuré par les Américains. Parce qu’ils avaient une armée plus forte (mais), le Sénégal était très sollicité. Nous y avons (donc) participé. Je me rappelle qu’on avait choisi Keïta qui est devenu Général après, et Gaye, pour y aller. Lorsqu’il y a cette guerre et que les troupes de Sadam Hussein ont été vaincues, en repartant vers le Nord, ils ont passé leur temps à allumer les puits de pétrole. C’est ce qui a fait qu’une centaine de soldats sénégalais ont été victimes (d’un) crash. Parce que le pilote ne voyait pas la piste", rembobine-t-il.

L’ex-CEMGA de poursuivre : "ça a commencé comme ça, et Colin Powell a eu la délicatesse de venir au Sénégal, présenter ses condoléances. Vous verrez dans mon salon que nous avons deux photos ensemble, quand on présentait la cérémonie d’une troupe. Dix ans plus tard, il était Secrétaire d’État et moi Ambassadeur à Washington." Mais, ils se sont retrouvés bien avant. "Il était à la retraite, il n’était pas encore Secrétaire d’État. Je me rappelle que le 4 avril 1994, je l’avais invité à la fête de l’Indépendance. Tout le monde a remarqué qu’il aimait beaucoup le ’thiébu djeun (riz au poisson)."

Par la suite, quand Powell a été nommé Secrétaire d’État américain sous Georges Bush, "ça a facilité (les) relations diplomatiques" entre le Sénégal et les États-Unis. "Je me rappelle, ajoute-t-il, il y a eu une cérémonie à Arlington (cimetière militaire) où les Américains enterrent leurs héros. On avait invité toutes les Ambassades (de pays ayant participé à la guerre), dont le Sénégal. Il y a eu un incident. Je n’étais pas initialement sur la liste (en tant que représentant du Sénégal qui y avait perdu une centaine de soldats). C’est lui qui a rattrapé le coup, en s’excusant."

Une autre anecdote : "il était républicain et moi, je n’étais pas d’accord avec lui. Parce que je supportais plutôt les démocrates. Mais, ses arguments sont simples : ’’par fidélité’’. Parce qu’il a eu quand même une carrière éclatante en particulier, il a été ’’national security advisor’’. Cela veut dire que le président Bush ne pouvait pas prendre de grandes décisions sans lui demander son avis. Il avait déjà eu cette fonction-là. Ensuite, il est devenu chef d’État-major des Armées, avec les Républicains. Alors, je le chahutais, en disant que ’’dans tout le Congrès américain, il y a un seul député noir parmi les Républicains, comment cela se fait, alors que dans ton discours tu es plus proche des démocrates que des Républicains ?".

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