"LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR S’EST GARDÉ DE DIRE L’ESSENTIEL"

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CONTRIBUTION

Nous avons suivi avec beaucoup d’intérêt la conférence de presse de ce vendredi 07 août 2020 de M. le Ministre de l’Intérieur, annonçant les mesures prises par le gouvernement pour endiguer la progression de la covid 19 dans notre pays, avec son cortège de décès quotidiens.

L’inconfort de M. le Ministre est évident. Il transparaît dans son discours que depuis l’assouplissement des restrictions et la levée de l’état d’urgence, suivis d’un relâchement par rapport aux gestes barrières, le contrôle est devenu très difficile. Les déplacements interrégionaux, la réouverture des lieux de culte, la promiscuité dans les marchés, la désinvolture engendrée par la banalisation de la maladie au fil du temps, sont autant de facteurs qui ont offert un terrain fertile au développement de la maladie qui avance lentement mais sûrement.

Nous sommes conscient que la situation est délicate. L’assouplissement des restrictions était une nécessité, car les citoyens ont besoin de travailler pour vivre. Beaucoup de couches de la population avaient été durement frappées par le ralentissement – voire l’arrêt, pour certains – de l’activité économique. Mais l’option réaliste ne saurait servir de prétexte pour une complaisance dangereuse pour le peuple tout entier, sous peine d’infliger à nos vaillants techniciens de la santé la châtiment de Sisyphe.

Il est vrai que la priorité doit demeurer la sensibilisation. Cela a été dit et répété : sans un bon engagement communautaire, il sera très difficile de venir à bout de la pandémie. Cependant, avant d’arriver à la situation idéale d’une bonne implication des citoyens à la base, il faut parer au plus pressé. L’Etat est interpellé. Certaines questions sont certes sensibles mais il faut les affronter, avec diplomatie mais sans ambages. Je donne ici trois exemples pour mieux préciser ma pensée :

1/ Suite au rappel à Dieu du khalife des Niassènes (qu’Allah SWT l’accueille au Paradis Firdawsi), nous n’avons pas compris comment l’Etat a pu autoriser, dans le contexte actuel de progression de la covid au Sénégal, l’arrivée de plusieurs avions remplis de fidèles venus assister aux funérailles du saint homme, sans compter les centaines de personnes en provenance des pays limitrophes et des quatre coins du Sénégal. Il est facile de comprendre que cette affluence massive (excusez l’emphase) n’était pas raisonnable.

2/ Dans quelque temps, ce sera le Magal, qui sera suivi un mois après par le Maouloud. Nous savons tous qu’à ces occasions, Touba, dans le premier cas, et Tivaoune, dans le second, reçoivent des centaines de milliers, voire des millions de pèlerins. L’Etat laissera-t-il faire ?

Nous sommes tous des croyants mais il faut savoir faire la part des choses. L’Etat a le devoir de protéger ses citoyens, avec responsabilité, sans faiblesse. Nous sommes convaincu que nos guides religieux sont pleins de sagesse : en leur parlant clairement, ils comprennent et, généralement, accompagnent les dynamiques constructives. Si le hajj, un des cinq piliers de l’Islam, a fait l’objet de restrictions drastiques en raison de la pandémie, l’Etat doit pouvoir expliquer aux Sénégalais qu’en cette année 2020, le Magal et le Gamou devront être simplifiés, avec le moins de monde possible. Et c’est maintenant qu’il faut communiquer sur ces questions, pendant qu’il est encore temps. A force de vouloir éviter, à tout prix, de frustrer les familles religieuses, l’Etat du Sénégal et son gouvernement fait courir le risque d’une explosion de la pandémie dans notre pays mais aussi dans les pays de provenance des pèlerins qui vont venir de l’étranger.

3/ Sur un autre registre, nous avons appris que les universités vont reprendre les cours en présentiel à partir du 1er septembre 2020. Nous ne sommes pas le mieux placé pour dire comment cela doit se faire. Mais lorsque l’on sait qu’en première année de science juridique de l’UCAD, par exemple, les étudiants sont plusieurs milliers, il faut étudier avec beaucoup de rigueur les meilleurs schémas pour une reprise sécurisée, ce qui requiert un travail minutieux. La surpopulation estudiantine dans les premiers cycles ne concerne pas d’ailleurs que l’UCAD, mais la quasi totalité des universités publiques.

Cette crise sanitaire interpelle tous les secteurs de notre société : l’Etat, les communautés à la base mais également chaque citoyen pris individuellement. Chacun DOIT s’acquitter de ses obligations pour l’intérêt de tous, sans compromission.

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