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LE NOMBRE DE BÉBÉS QUE CETTE TECHNIQUE A FAIT NAÎTRE EN 8 ANS AU SÉNÉGAL

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Ils sont nombreux, hommes ou femmes qui vivent le drame de l’infertilité. Des années de mariage, sans jamais entendre le cri d’un bébé, le leur. Désespoir, stress, dépression, divorce… ils ont du mal à supporter la pression familiale et sociale. Alors, la Procréation médicalement assistée (Pma) vient comme un bouton-poussoir pour ces couples qui souffrent de l’infertilité, une maladie pourtant curable. Cette technique médicale rare a permis de donner le sourire à des couples puisque plus de 150 bébés en sont nés.

L’hôpital Dalal Jamm attend son unité de Procréation médicalement assistée (Pma) ou Assistance médicale à la procréation (Amp). D’après les garanties données par son Directeur général, Moussa Sam Daff, les travaux du bâtiment qui abritera le service devraient être achevés dans trois mois. « Il y a des projets qui sont en cours. Vous avez vu le grand bâtiment qui est en cours de finition notamment le bâtiment devant abriter une unité de greffe de moelle et de la Pma. Les équipements ont déjà été acquis. On attend juste la fin des travaux, peut-être d’ici deux ou trois mois, et installer également les équipements pour pouvoir démarrer ces services-là », a-t-il expliqué au micro d’iRadio.

Rappeler que c’est du même hôpital, en 2020, qu’une polémique était née sur l’utilité du service en question. Par une lettre datée du 10 août 2020, le professeur Papa Touré avait présenté au chef de l’État, Macky Sall, sa démission de sa fonction de Président du conseil d’administration de l’hôpital Dalal Jamm. Ce qui avait exacerbé la colère de Pr Touré, c’est la subvention de 1, 5 milliard de francs CFA pour la construction de bâtiments destinés à abriter un centre de greffe de moelle et un centre de Pma, alors qu’à ses yeux, « cela ne répond nullement aux besoins immédiats de l’hôpital, ni à l’urgence imposée par la pandémie du Covid-19 ni aux impératifs de santé publique ».

Un prétexte saisi par Emedia pour s’intéresser à la pratique de la technique bien qu’il n’existait pas encore de centre public dédié. À l’occasion, notre équipe avait rencontré le Dr Joël Adjakou, gynécologue-obstétricien sénégalais, spécialiste en prise en charge de l’infertilité, et l’un des précurseurs de la pratique sous nos cieux. Pur produit de la Faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), dont le serment d’Hippocrate a conduit à rendre le sourire aux couples souffrant d’infertilité, révélait qu’au Sénégal, plus de 150 bébés sont issus de la Pma, en huit ans, tout en soulignant que la demande est très forte.

Dr Joël Adjakou, l’un des précurseurs de la Pma au Sénégal
« Mon histoire avec les bébés-Pma »

« Mon histoire avec les bébés-Pma a commencé il y a dix ans. J’étais au Maroc pour passer un nouveau diplôme quand j’ai découvert que les Marocains faisaient déjà l’assistance médicale à la procréation et la fécondation in vitro. Ça m’a intéressé, et je me suis inscrit à leur formation. Formation que je suis allé compléter à Paris. Là-bas, j’ai pu faire le tour de certaines structures. Je suis revenu en Afrique, je suis parti au Togo, au Cameroun, des pays qui avaient commencé la Pma, qui avaient donc une certaine expérience. De retour à Dakar, je me suis associé à un laboratoire de la place, et j’ai commencé la Pma depuis environ huit à neuf ans. Depuis, on a fait beaucoup de bébés, beaucoup de sourires. C’est un groupe, je ne suis pas seul. Il y a six gynécologues, un laboratoire. Et nous avons fait, au Sénégal, plus de 150 bébés issus de la Pma. La Pma, c’est une priorité pour ces couples qui souffrent de ce fléau qu’est l’infertilité. C’est reconnu désormais comme une maladie et il faut pouvoir soigner cette maladie ».

La différence entre Pma et Fiv
« Tout ce qui est action pour favoriser la fertilité rentre dans le cadre de l’Amp. Alors, une femme peut venir en consultation rien que pour une infection qui l’empêchait de prendre une grossesse, on traite l’infection par des antibiotiques et elle fait sa grossesse : c’est de l’Amp. Elle peut venir, on commence à stimuler les ovaires, on programme des rapports sexuels, elle fait une grossesse : c’est de l’Amp. Elle peut venir également, on fait une simulation, on va au laboratoire, on prépare le sperme, on fait une insémination du sperme dans l’utérus, c’est monitoré, c’est calculé : c’est de l’Amp. L’étape ultime, c’est la Fiv. Là où on fait des simulations, on hospitalise la femme, on récolte, par ponction, ces ovocytes, on amène au labo, au même moment le mari est au labo en train de donner son sperme, ou c’est le sperme congelé qui est utilisé, on fait la fécondation, on cultive les embryons dans un milieu pendant trois à cinq jours, et on fait secondairement le transfert dans l’utérus de la femme. C’est la Fiv mais également de l’Amp. La prise en charge peut aller jusqu’à trois mois. La moyenne d’âge se limite à 40 ans parce qu’au-delà de 40 ans, la réserve ovarienne n’est plus terrible. On a des femmes de 26 ans qui ont des trompes bouchées. On ne peut pas faire autrement que passer par la Fiv ».

Les 2/3 de ma consultation concernent l’infertilité
« Aujourd’hui, que les autorités sachent qu’il nous faut un grand centre de Pma. Je dis souvent que les couples sénégalais vont en Tunisie pour y faire la Pma où les médicaments sont subventionnés. Donc, ça revient nettement moins cher. Alors que nous avons le même savoir-faire. Que nos autorités sachent que l’infertilité est un fléau, et la demande est très forte. Les 2/3 de ma consultation concernent l’infertilité, et il y a très peu de spécialistes.

« La Pma à Dakar coûte environ 2 millions F par tentative »
C’est vrai que ça ne tue pas mais le problème psychologique que ça crée est important. Donc, ne négligeons pas la prise en charge de l’infertilité. Le coût de la Pma, ici à Dakar, en dehors des examens, s’élève à environ 2 millions F CFA, par tentative. Cela demeure encore élevé par rapport à la bourse du Sénégalais moyen mais pas cher par rapport à ce qui se passe dans la sous-région et en Europe. Une tentative de Pma en Europe, c’est 5 000 euros, (soit 3,2 millions F CFA). Dans la sous-région ça tourne autour de 4 millions. Que les autorités subventionnent les produits utilisés parce que la pharmacie prend une part importante dans une tentative de Fiv. Ou bien qu’ils subventionnent les produits ou fassent une exonération sur ces produits. Cela reviendrait moins cher aux patientes, et nous pourrions en faire plus. La demande est là mais il y a un frein, c’est la bourse ».

Dossier réalisé par Dié BA

23 août 2022


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