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LE PARI PERDU DU NPP DE BARROW

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C’était l’un des enjeux des législatives tenues samedi. Ayant remporté la présidentielle, que pèse le nouveau parti du président Barrow pour faire passer ses réformes phares de second mandat ? A l’arrivée, c’est un désaveu cinglant pour le président gambien. Sur les 53 sièges à pouvoir, son parti n’a remporté que 18, perdant de nombreuses zones dont la capitale et ses environs. Dos au mur, le chef de l’État est obligé de composer avec ses alliés pour former une majorité mécanique au Parlement. L’abstention est également l’un des gagnants du scrutin, seul un électeur sur deux s’est déplacé pour voter.

L’objectif du National people’s party parti (NPP) de Barrow avec ces élections législatives était pourtant clair : obtenir une majorité confortable à l’Assemblée nationale pour faire passer les réformes phares du président comme l’adoption d’une nouvelle constitution ou l’application des recommandations de la commission de réconciliation. Un pari perdu.

Loin de la tendance issue de la présidentielle où le président Barrow avait gagné dans la capitale et ses environs, cette fois-ci, plusieurs candidats de son parti- dont les sortants- ont été battus à plate couture. Banjul et ses environs, une parfaite illustration. Deux candidats indépendants qui n’avaient pas été adoubés par la coalition au pouvoir sont sortis victorieux. C’est le cas également de plusieurs députés sortants, transfuges de l’UDP, qui ont tous été défaits dans la région de Banjul.

En province, deux grandes régions ont sauvé les meubles dans le camp du candidat sortant : à Basse dans l’extrême-est, fief du président Barrow, et la région du centre. Un désaveu urbain surprenant que certains du camp présidentiel attribuent à l’inexpérience.

Le président Barrow est obligé de composer avec ses alliés. Avec 18 sièges dans son escarcelle, le NPP s’alliera, selon toute vraisemblance, avec ses alliés comme le NRP, le parti de Hamath Bah, l’actuel ministre du Tourisme et de la Culture qui a obtenu, à la surprise générale, 4 sièges, l’APRC de Jammeh avec 2 sièges en plus des 5 autres sièges nominatifs dont le président de l’Assemblée nationale.

Érosion de voix et fortunes diverses pour l’opposition
Selon Sait Matty Jaw, analyste politique, le président va devoir se contenter d’une majorité mécanique de 29 députés au moins en attendant les éventuelles tractations avec les indépendants qui auront engrangé au total 12 sièges et non les moindres. L’autre enseignement du scrutin, c’est la régression de l’UDP d’Ousainou Darboe qui n’a obtenu que 15 sièges alors qu’il avait remporté la législature précédente. Après avoir perdu la présidentielle, le pari c’était d’imposer une cohabitation à l’exécutif. Petit lot de consolation, cependant, avec 3 sièges d’écart le séparant du parti du chef de l’État.

L’érosion de voix continue également pour PDOIS de Halifa Sallah qui n’a remporté que 2 sièges sur la vingtaine de candidats. Douche froide pour le GDC de Mamma Kandeh qui aura mordu la poussière. Arrivé 3e à la dernière présidentielle grâce en grande partie au soutien de l’ancien président Jammeh depuis son exil, le report de voix pour le parti qui avait remporté 5 sièges aux précédentes législatives, n’a pas porté et se retrouve avec zéro siège.

Taux de participation en baisse
L’autre grand gagnant du scrutin, c’est le taux d’abstention. Comme redouté, celui-ci est resté élevé dans l’ensemble du pays, contrastant avec la présidentielle d’il y a, à peine, 5 mois où près de 9 électeurs sur 10 s’étaient déplacés pour voter. Après avoir accompli son devoir civique, le président Barrow a voulu anticiper les choses pour encourager ses concitoyens à voter malgré le contexte peu adapté à la mobilisation générale. Outre le Ramadan, c’est une certaine « lassitude » des électeurs qui est pointée du doigt par les observateurs locaux dont Marr Niang à la tête d’une ONG qui a supervisé le scrutin.

Parité reléguée au second plan
Comme lors de la législature sortante, seules trois femmes ont été élues dont deux indépendantes. Fatoumatta Njai, réélue dans la circonscription de Banjul sud qui a été préférée à un autre candidat et qui s’est présentée sous la bannière d’indépendante. La deuxième femme, c’est Amy Colley, dissidente du parti de Jammeh dans la région de Foni et Fatou Thiam, élue sous la bannière de l’UDP.

Tous les regards sont désormais tournés vers le chef de l’État qui doit immédiatement former un gouvernement pour s’attaquer aux nombreux chantiers de son second quinquennat.

Amadou BARRY (Correspondant à Banjul)

11 avril 2022


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