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« LE PROBLÈME, C’EST LE MANAGEMENT DES INFRASTRUCTURES SANITAIRES » (PR ISMAILA M. FALL)

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Devant le Jury du dimanche (JDD), ce 29 mai, Pr Ismaïla Madior Fall, ministre d’État auprès du président de la République, a déploré les drames répétitifs dans le secteur de la Santé. Le dernier est survenu dans la nuit de mercredi à jeudi 26 mai, emportant onze bébés, morts calcinés dans un incendie qui s’est déclaré à la pédiatrie de l’hôpital Mame Abdou Aziz SY Dabakh.

Le professeur titulaire des Universités de classe exceptionnelle a pourtant reconnu que dès son accession au pouvoir, en 2012, le président Macky Sall avait lancé beaucoup d’Assises y compris les Assises de la Santé. « Quand on a fini les Assises de la Santé, on avait déjà une idée des problèmes. On ne peut pas tous les évoquer ici, mais il est clair que déjà on savait qu’il y avait un problème de vieillissement de l’infrastructure sanitaire. Je pense à toute la pyramide sanitaire, qui va des postes de santé, à l’hôpital de niveau 3. On savait qu’il n’y avait pas assez d’infrastructures sanitaires. »

Quid des alertes sur le cas de Tivaouane dont celui du Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour ? « Je voudrais aussi qu’on évite de faire croire qu’il n’y a rien eu. Le président, entre 2012 et maintenant, a construit neuf hôpitaux. Ce n’est pas rien si on connait le coût d’un hôpital. Il y a construit dix-huit centres de santé. Il y a construit environ une centaine de postes de santé. Donc, du côté de l’infrastructure sanitaire, l’État a agi. Ce n’est pas suffisant, j’en conviens, mais il a agi notamment en améliorant la carte sanitaire et en rapprochant les patients des infrastructures sanitaires », a défendu l’ancien ministre de la Justice.

Ismaïla Madior Fall de poursuivre : « ensuite, le président a recruté beaucoup de médecins parce qu’on savait aussi qu’il y avait un problème de personnel. C’est 6 mille agents de santé qui ont été recrutés, 1200 médecins, 125 pharmaciens, 130 chirurgiens-dentistes, à peu près 2 mille paramédicaux. Autrement dit, il a doté les infrastructures de ressources humaines. On a financé la formation des spécialistes à hauteur de cinq milliards F CFA. On a augmenté de façon substantielle les salaires des médecins et des paramédicaux, ce qui a fait qu’après, il y a eu des problèmes. Parce que ça fait un effet d’entraînement. Les enseignants et d’autres réclament, mais l’État l’a assumé même si aujourd’hui cela crée un budget. »

Parmi les problèmes à régler, figure la sécurité, a-t-il, par ailleurs, concédé, soulignant que : « c’est pour cela que j’étais en train de dire qu’on a identifié les problèmes, on est en train de les régler, évidemment, tout ne se règle pas d’un coup de baguette magique du jour au lendemain, c’est un processus. Le système de santé était vétuste, il y avait des problèmes. L’État a agi sur l’infrastructure sanitaire, incontestablement même si on a tous conscience que ce n’est pas suffisant. Le président aussi a agi sur l’offre, construire des infrastructures sanitaires, amélioré le plateau technique, après il faut agir sur la demande. Parce que si tu fais tous ces efforts en construisant des infrastructures et que les gens n’ont pas les moyens d’accéder aux soins, de payer les frais, ça pose problème. D’où la couverture maladie universelle, qui a amélioré le taux de couverture à peu près de 10-12% à aujourd’hui presque 50%. Il y a des choses qui ont été faites. Maintenant, il y a des problèmes.

Mais, le collaborateur du chef de l’État a pointé « le management des infrastructures sanitaires dont la sécurité. » « Parce qu’il n’y a pas que la sécurité. Aujourd’hui, quand on pose le problème de l’accueil, dans les hôpitaux, c’est le management des infrastructures sanitaires. Quand on parle de continuité du service public, c’est le management. Quand on parle de la fréquence des grèves, c’est le management. Quand on parle de négligence, c’est le management. Quand une bonne partie des revenus va à la motivation des agents et non à la maintenance et à l’entretien des infrastructures sanitaires », a-t-il justifié.

« Aujourd’hui, a-t-il enchaîné, il y a à mon avis une urgence : c’est une réflexion et une prise en charge du management des infrastructures sanitaires. Il faut une meilleure qualité de prise en charge, l’accueil, la sécurité, l’entretien, la maintenance, ça c’est des problèmes. Pour moi, ce n’est pas les hôpitaux. On a assez d’hôpitaux. Des personnes quittent des pays de la sous-région (Mauritanie, les deux Guinées, Mali), qui viennent se soigner au Sénégal. »

En l’état, a-t-il ajouté : « il faut d’abord qu’on sache exactement ce qui s’est passé à Tivaouane. Parce que si on sait ce qui s’est passé, on peut avoir une idée de ce qui se passe dans d’autres infrastructures. Les problèmes à peu près sont les mêmes. Je pense fondamentalement si on veut simplifier les choses, au-delà du management qui est général, que l’urgence, c’est sur l’infrastructure : nos installations sont vétustes et surtout ne sont pas maintenues. Parce que l’infrastructure sanitaire va avec la maintenance. Il faut qu’une partie du budget soit affectée à la maintenance. Nos infrastructures sanitaires ne sont pas maintenues. D’où l’explosion. Parce que c’est une explosion qui a causé un court-circuit qui a causé l’incendie. Cela veut dire qu’il y a un problème de maintenance fondamentalement. Et la maintenance sanitaire, c’est du sérieux. C’est des spécialistes, des outils, des méthodes, c’est un agenda qu’il faut administrer de façon régulière. »

Par ailleurs, a-t-il souligné : « il y a un problème qui n’est pas un problème de compétence des ressources humaines, pas du tout, mais de professionnalisme des ressources humaines. Parce que vous pouvez avoir des médecins, des infirmiers, des aides-infirmiers qui sont compétents mais qui ne sont pas suffisamment professionnels. Parfois, dans ce qui s’est passé, en attendant que les enquêtes l’attestent, l’illustrent davantage une dimension de négligence ».

Dié BA
Pape Doudou DIALLO (Photo)

29 mai 2022


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