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« LE PROBLÈME, C’EST PLUS L’URÉE QUE LE BLÉ », ALERTE IBRAHIMA DIA

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Un des invités de Lr du temps, ce dimanche 12 juin sur iRadio, Ibrahima Dia, sociologue et ancien Directeur de MCA Sénégal, a apprécié l’initiative prise par l’Union africaine (UA) notamment son président, le chef de l’État sénégalais, Macky Sall, qui s’est rendu en Russie. Ce, pour relever que « les solutions sont en train d’être trouvées pour que le blé puisse sortir ». Mais, il s’est empressé d’ajouter que « le plus grave pour nous, c’est moins le blé que l’urée, l’engrais qui nous permet de cultiver nos céréales locales. Contrairement à ce qu’on pense, nos céréales locales pèsent beaucoup plus sur notre alimentation que même le blé importé. Mais, c’est tellement naturel le mil, le sorgho, qu’on ne s’en rend pas compte. »

Ce qui lui fait craindre une « double crise alimentaire »
Concernant le blé, il a ajouté, insistant sur « « les dynamiques en cours » que « l’Argentine a produit beaucoup de blé et est prêt à envoyer son surplus à l’Afrique ».

Il insiste : « le problème se pose moins là-bas que pour l’urée, pour les engrais qui sont produits par l’Union soviétique. Si ces engrais-là ne sont pas disponibles tout de suite, on est sûr qu’on aura des problèmes pour notre mil et nos autres produits, mais même pour nos exportations comme l’arachide. Donc, c’est ça la véritable catastrophe à laquelle on est confronté dans les mois à venir ».

Ce que doivent faire les Nations Unies ?
Poursuivant, il a souligné que « ce qu’on a constaté, c’est que le blé, c’est une denrée stratégique non seulement pour nous, mais pour le monde entier. Et ce n’est pas seulement l’Afrique qui en souffre, mais également d’autres pays notamment en Asie. On sait également que c’est une arme qui a été utilisée pour déstabiliser beaucoup de pays d’Afrique du Nord. Ce qu’on a appelé la révolution du printemps arabe. C’est parti des questions liées à l’augmentation du prix du blé. Parce qu’il y a une période de l’histoire où le blé a pris le dessus sur beaucoup d’autres produits.

Aujourd’hui, il est rentré dans beaucoup de pays comme une denrée stratégique. Sa production n’est pas toujours facile dans beaucoup d’autres pays. Le véritable problème de fond, c’est le modèle néolibéral qui a été imposé où des économistes mettent en avant ce qu’ils appellent les avantages comparatifs. Donc, on regarde la rentabilité et à partir de ce moment-là on vous dit ça n’a pas de sens de faire du blé, si le blé se produit ailleurs et qu’il y en a beaucoup sur le marché mondial à moindre prix. C’est ce paradigme-là qui faut actuellement remettre en cause. Si l’Égypte est aussi dépendante du blé, c’est parce qu’il était à un prix tellement favorable que le blé produit en Égypte était trop cher par rapport au blé importé.

C’est la même chose pour nos pays. C’est d’abord ça que les Nations Unies doivent comprendre (pour) remettre en cause ce modèle-là et que l’Agriculture ne fasse plus partie des secteurs régis par les règles de l’OMC à partir de ce moment-là, les questions agricoles deviennent des questions de sécurité. Ce n’est plus (alors) la question de la rentabilité ni du modèle libéral du commerce qui va dominer mais plutôt le risque qu’encourt les pays ».

Dié BA

12 juin 2022


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