image

LE PROCUREUR RETIENT LE CARACTÈRE PASSIONNEL DU CRIME ET REQUIERT 15 ANS DE RÉCLUSION

image

Si en rendant sa décision le président de la chambre criminelle de Dakar suit le maître des poursuites dans son réquisitoire, Aida Mbacké risque de passer 15 longues années derrière les barreaux.

Jugée, ce mercredi, l’accusée qui avait brûlé vif son mari aux Maristes a soutenu avoir agi sous le coup de la jalousie. Elle a regretté son acte et le représentant du maître des poursuites semble avoir compris le geste de la mise en cause. "Aimant son mari d’un amour fou, elle a vu un jour une conversation dans le téléphone de ce dernier. Lorsqu’elle l’a interpellé, son mari lui a dit que c’est une vieille dame qui le considère comme son fils. Quand elle est entrée dans la page Facebook de la dame, elle était surprise de voir qu’il s’agissait d’une jeune fille. D’ailleurs, Khadija lui a avoué que son mari avait une autre épouse qui vit en Italie avec ses deux enfants", a dit le parquetier dans son réquisitoire.

Le réquisitoire humaniste de l’Avocat général

Poursuivant, le maître des poursuites a soutenu : "le jour des faits, compte tenu de son état, elle a essayé de parler avec son époux mais en vain. Elle a pris rendez-vous avec sa sage-femme. A son retour, elle a encore tenté de parler avec son mari qui refusait toujours d’aborder le sujet. Elle a commencé à avoir des ressentiments, jugeant que cette vie ne valait plus la peine d’être vécue. Elle a décidé de mettre fin à sa vie et celle de son mari. Aïda Mbacké a saisi un liquide inflammable qu’elle a aspergé dans toute la chambre et sur le lit. Elle a activé le briquet et la flamme s’est propagée. Le mari était tout en flammes pendant que Aïda était sortie pour aller dire à sa voisine que son mari voulait attenter à sa vie. Le mari est sorti en criant : "Aïda m’a incendié". Par la suite, ils ont été évacués et pris en charge. Malheureusement, le mari a rendu l’âme".

Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public pense qu’il y avait une bouteille sur les lieux avant les faits. "Qui l’a posé là-bas ? Je ne sais pas. Mais en prenant la bouteille elle savait qu’elle pouvait tuer son mari. Certes elle a été blessée mais ses blessures n’étaient pas aussi sévères que celles de son mari. La préméditation me paraît assez fragile. En aspergeant le liquide alors que son mari était sur le point de s’endormir, je peux dire qu’elle n’avait autre intention que celle de donner la mort", a-t-il dit.

Le maître des poursuites a défendu la thèse d’un crime passionnel : "On peut comprendre que c’est par jalousie qu’elle a posé cet acte. Aïda vu tout ce qu’elle a subi et compte tenu de son état a été manipulée par une force invisible qui l’a poussée à commettre cet acte. Elle n’a pas agi avec discernement parce qu’elle même pouvait mourir. Ce sont des faits extrêmement douloureux. Si c’était à refaire elle ne l’aurait jamais fait".

Pour la répression, le parquetier a demandé d’écarter l’assassinat et de la déclarer coupable de meurtre. S’agissant de la peine, il a requis 15 ans de réclusion criminelle. La défense a abondé dans le même sens en demandant à la chambre criminelle de Dakar de lui faire une application bienveillante de la loi.

L’affaire a été mise en délibéré pour jugement devant être rendu le 17 novembre prochain.

Cheikh Moussa SARR

3 novembre 2021