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LE SÉNÉGAL A UN GENOU À TERRE

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Notre pays a toujours été un réservoir de talents dans tous les domaines. En matière de sport, de Battling Siki qui a vaincu Georges Carpentier il y a 100 ans à Sadio Mané, le roi-lion, le Sénégal n’a jamais manqué des athlètes racés. On se souvient du Président Abdou Diouf qui supplia Roger Mendy qui éclaboussait de toute sa classe le jardin de Louis II de venir jouer la coupe d’Afrique malgré son manque de rythme. L’austère chef de l’Etat de l’époque s’était immiscé dans la sélection en demandant au joueur de lui prêter une jambe.

À 10 jours du premier match face à la Hollande qui mit au point dans les années 70 le football total, Mané s’est blessé. Le maillon sans doute le plus important de l’équipe risque de sauter. C’est un coup dur mais ce sont les risques du métier. La blessure du leader technique tombe au plus mauvais moment. Les bobos se multiplient dans le foot qui n’est plus humain. Il y a trop de foot. La marchandisation à outrance de la discipline l’a banalisé. Les salaires mirobolants des footballeurs ne tombent pas du ciel. Le spectacle qu’il faut assurer et les droits télé veulent des gladiateurs et des hommes-sandwiches.

L’absence probable de Sadio sur le terrain va déséquilibrer l’équipe nationale. Mais ne perdons pas de vue qu’on est en face d’un sport collectif où chaque individualité fait la force du groupe. C’est à Aliou Cissé de jouer maintenant. Les pépins physiques de joueurs clés lui donnent l’occasion de démontrer qu’il est un coach de dimension mondiale. Il devra montrer beaucoup d’inspiration et de sens tactique pour faire un bon mondial et proposer un football total.

Le Sénégal n’est pas un pays totalitaire. Il lui arrive tout de même de passer totalement à côté de la plaque. Pape Alé Niang ne peut pas faire vaciller la République même s’il a accès à toutes sortes d’informations sensibles. Journaliste, lanceur d’alerte, le nouveau Souleymane Jules Diop est le réceptacle et le point focal de tous les corbeaux de l’appareil administratif et autres sphères régaliennes. En le jetant en prison, on n’a fait qu’augmenter son aura et son audience. La politique du sparadrap et du musellement ne sert à rien en ces temps où chacun publie tout sur tout avec son portable. On ne peut pas faire reproche à Pape Alé de tomber sur des informations de première main. La limite de sa méthode est qu’on ne traite pas une « bombe » à la légère. Son site du nom de Dakarmatin réveille des souvenirs. L’ancêtre du Soleil après Paris-Dakar s’appelait aussi Dakar Matin. Le journal était moins virulent et sensationnel. La puissance des réseaux sociaux d’aujourd’hui traumatise les médias traditionnels qui arriveront à un moment où ils ne pourront plus lutter.

La lutte contre la vie chère se traduit par la baisse par exemple du prix du riz indien qui développe les comorbidités. Pas un mot sur la transformation des habitudes alimentaires, un choix irréversible. À la place des effets d’annonce sur la baisse du coût du loyer, le pragmatisme voudrait que l’on équilibre la macrocéphalie et la concentration humaine à Dakar. Le Sénégal devra se réconcilier avec la méthode pour ne pas rester champion dans l’improvisation. Le monde est devenu imprévisible comme les génuflexions.

Assane GUÈYE

11 novembre 2022


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