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LE SÉNÉGAL HORS-PISTE, DIA BA ET SARA OUALY S’EXPLIQUENT

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Entre manque de performances et de moyens, l’athlétisme sénégalais a perdu son lustre d’antan. La preuve ! Aucun représentant sénégalais ne figure parmi les douze athlètes africains en lice pour les demi-finales des mondiaux de la discipline, du 15 au 24 juillet 2022, à Eugène dans l’Oregon (Ouest des États-Unis). Emedia a posé la question à Amadou Dia BA, l’unique médaillé olympique du Sénégal (depuis 1988) et au président de la Fédération sénégalaise d’athlétisme (Fsa), le colonel des douanes Sara Oualy.

Douze athlètes africains sont en lice pour les demi-finales des Mondiaux d’athlétisme qui se déroulent actuellement à Eugène aux États-Unis. Chez les hommes, on retrouve les Sud-africains Sinésipho Dambile, Luxolo Adams, l’Ougandais Tarsisi Gracieux Orogot. Mais également le Nigérian Udodi Chudi Onwuzurkie et le Gabonais Guy Maganga Gorra. Les dames seront représentées par la Gambienne Gina Basse, la Nigériane Romarin Chukwuma.

Tout comme la Nigérienne et championne d’Afrique en titre du 200 m, Aminatou Seyni dans la première série. Pour la deuxième série, on retrouve l’Ivoirienne Jessica Gbai, la Namibienne Béatrice Masilingi, la Nigériane Nzubechi Grace Nwokocha. La Nigériane Favor Ofili a été tiré dans la troisième série. Amadou Dia BA, interrogé par Emedia.sn, apprécie le fait que l’Afrique « ait pu tirer son épingle du jeu » de ces championnats du monde. D’autant plus que « durant les championnats d’Afrique, il y a eu de très bons résultats à Maurice. Déjà, l’Éthiopie et le Kenya sont en train de montrer la voie et le Maroc aussi. Espérons que d’autres pays puissent suivre surtout en ce qui concerne le nombre de médaillés et de places d’honneur », a dit l’unique médaillé olympique du Sénégal, à Séoul, en 1988.

Sur ce tableau, le Sénégal est aux abonnés absents. Ou presque. Le seul représentant sénégalais a été convié. Il s’agit de Louis François Mendy aligné aux 110 mètres haies. Faute d’avoir réalisé les minimas, le hurdler a bénéficié d’une wild card, appelée invitation. « Malheureusement, il a été éliminé en séries » avec un chrono de 13’’76, a déploré Dia BA. Joint au téléphone par Emedia, l’ancien athlète de noter « qu’au-delà de l’évaluation que nous allons faire, c’est de hisser nos athlètes vers le haut niveau. » Un gap à combler pour l’athlétisme sénégalais. Selon l’ex-spécialiste du 400 mètres haies, cette contre-performance montre « le fossé qui existe entre le haut niveau et notre athlétisme. » Il pense, par conséquent, « que nous avons à travailler » et « beaucoup de choses à revoir » pour que « notre athlétisme puisse avoir le niveau continental déjà ».

« Il y a cinq ans de cela, on avait des athlètes de haut niveau »

Dia BA retient qu’« il va falloir que nous retravaillions et avoir des moyens pour notre politique de haut niveau. Déjà, c’est difficile au niveau local. » Contacté par Emedia, le colonel des douanes Sara Oualy, a tenu à préciser que la discipline est en phase de « reconstruction » : « il y a cinq ans de cela, on avait des athlètes de haut niveau », a-t-il relevé, citant Amy Sène, Gnima Faye, entre autres. « En ce moment-là, on avait une brochette d’athlètes qui avait un certain niveau, a-t-il insisté. Ces athlètes sont (aujourd’hui) en fin de carrière. » Il ajoute que la discipline « n’a malheureusement pas les moyens de sa politique » et les conditions de performances ne sont pas remplies. Car, a-t-il expliqué : « On a des jeunes pouces qui ont du talent mais on n’a pas les moyens de les mettre dans de bonnes conditions parce qu’il faut qu’on ait un centre dédié, avec un staff médical, une restauration adéquate, un diététicien pour suivre les athlètes. Un terrain approprié. Il faudrait également un bus pour transporter les athlètes sur le site d’entraînement. Il faut toutes ces conditions-là pour permettre aux athlètes d’être compétitifs. Malheureusement, les athlètes sont laissés à eux-mêmes. Certains habitent chez eux. D’autres, qui sont dans les régions, ne sont pas dans de bonnes conditions. C’est ça, le problème » alors que l’idéal serait, a-t-il tranché, de « copier sur le modèle jamaïcain ».

Sangoné Kandji dans les starting-blocks

Sara Oualy reste, toutefois, optimiste pour la suite. « D’ici peut-être un à deux ans, ils vont atteindre un certain niveau de performances », croise-t-il les doigts. Dia BA confirme que l’espoir est permis, rappelant les performances réalisées aux championnats d’Afrique, en juin dernier, à Maurice, et à l’issue desquelles le Sénégal avait réussi un coup double en décrochant l’or et l’argent, lors de la dernière journée desdites joutes. Auteures de ces performances, Sangoné Kandji et Saly Sarr, spécialistes du triple saut, ont réalisé des bonds mesurés respectivement à 13,76 m et 13,42 m. La championne d’Afrique a battu son record de 13,69 m tout comme sa dauphine dont la meilleure performance était établie à 13,06 m. Chez les hommes, Amath Faye a décroché le bronze, avec un saut en longueur mesuré à 7,70 m. La relève est peut-être assurée.

Dié BA

20 juillet 2022


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