LE SERMENT DE THÉOPHRASTE

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Les journalistes et les médecins exercent deux métiers distincts. Mais, ils ont en commun une démarche basée sur la quête d’informations que les premiers finissent par publier, donc diffuser quand les seconds additionnent des éléments de connaissance pour mieux cerner le mal. La finalité d’utilisation constitue le premier trait de différenciation.

Tous les deux cultivent le goût du secret. Il s’agit d’une arme redoutable. D’où la délicatesse de son maniement. D’où le professionnalisme que requiert au quotidien la pratique. Mieux, cette gestion du secret chez les toubibs trouve sa légitimation dans l’obéissance au Serment d’Hippocrate, modèle d’attachement à des valeurs qui, loin de tomber dans la désuétude, gardent de nos jours toute leur fraîcheur. Morceau choisi de ce légendaire viatique : « Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. » Admirable de concision et de précision.

Une seconde lecture du même engagement donne l’impression que le « père de la médecine » s’adresse aux journalistes qui, hélas ballotés entre l’urgence, l’empressement et la précipitation, manquent de recul pour se prémunir des emportements et des fureurs de la société. Or, eux n’ont pas de Serment. Et pourtant le Français Théophraste de Renaudot, né en 1586 et mort en 1653, apparait comme la référence du journalisme parce que décrit pour « son opiniâtreté, son intelligence, ses talents d’intrigue et sa remarquable curiosité ».

Perçu comme un contrat moral, le serment lie le journaliste à une éthique par l’engagement qui fait foi de son respect des règles édictées. Faute de quoi c’est la porte ouverte aux abus et aux dérives. Les victimes se comptent par milliers. Qu’il s’agisse des personnes incriminées ou du public souvent « mené en bateau ». En outre le journaliste doit protéger ses sources. Autrement dit, révéler sa source est une faute lourde de conséquence. Sinon, plus personne n’accorderait du crédit à la parole du journaliste.

Quand des mains inexpertes agissent sans doigté, les dégâts collatéraux sont énormes. Il en va du journalisme comme de la médecine. Le monde de la presse est ouvert, ce qui, en soi, est salutaire eu égard à la richesse résultant de la diversité des profils s’activant dans le milieu. En revanche, l’absence de « Chemin de Damas » livre les médias à une certaine précarité accentuée aujourd’hui par le brouillage des repères et la lente dégradation des conditions de vie des gens de presse.

Faute de ressaisissement, la profession court à sa perte alors que de formidables opportunités de recréation jalonnent sa séduisante trajectoire. Au moment où la presse traditionnelle bat de l’aile, les nouvelles technologies sont porteuses d’une promesse de renouvellement de l’offre éditoriale. Il appartient aux professionnels de décoder cette conjoncture en allant à la conquête des réserves de croissance que recèle ce métier !

Le Groupe E-Media, toutes voiles dehors, s’enorgueillit d’avoir tous ses supports déjà opérationnels. Après le site www.emedia.sn et iRadio, entamés au mois d’octobre 2018, le vaisseau-amiral iTV jette les amarres et se projette dans un écosystème en pleine restructuration.

Des confrères de renom, résistants et éclaireurs à la fois, nous apportent leur soutien plus que motivant. Ces ainés des temps pionniers, à l’image de Babacar Touré, ont su, avec intelligence et habileté, conquérir les libertés, élargir le spectre démocratique et insuffler le pluralisme dans un contexte qui s’y prêtait moins. Il ne viendrait à personne l’idée de se substituer à ces monstres de la Presse. Ils ont parlé quand il le fallait. Ils ont passé le relais.

La période est rude et âpre. L’idée de progrès nous passionne. De même que celle de la paix. Cette option éditoriale n’est point antinomique avec la rentabilité parce que garante de notre liberté, elle, non négociable. En définitive, est-il possible de guérir le corps malade sans remuer les douleurs enfouies ?

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