LE SIX MAJEUR FACE À L’HÉRITAGE D’HOUPHOUËT (1e PARTIE) : ADO, BÉDIÉ, GBAGBO… LA GUERRE DES TROIS

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PRÉSIDENTIELLE 2020

ABIDJAN - Un président en exercice qui se cramponne sur son siège, face à deux de ses prédécesseurs qui veulent le déloger du palais, deux anciens Premiers ministres et un ex député qui veulent voir plus grand… La Côte d’Ivoire est suspendue aux mouvements et aux mots de six hommes de sa classe politique qui se disputent l’héritage de Félix Houphouët-Boigny : quatre candidats qui jouent aux chats et à la souris, et deux recalés qui veulent le costume de l’absent le plus présent. Dans cette première partie, Emedia vous présente ADO, GBAGBO et BÉDIÉ, les trois les plus expérimentés, ceux qui connaissent les couloirs du palais comme la paume de leurs mains...

ADO, LE COMBATTANT

Il y a Alassane Dramane Ouattara. Candidat à sa propre succession, l’ancien Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) vise un troisième mandat, au prix d’un « wax waxeet » qu’il justifie par une obligation citoyenne, après le décès du dauphin qu’il s’était choisi, Amadou Gon Coulibaly. Arrivé au pouvoir en 2010, Ouattara veut s’appuyer sur un bilan économique positif avec un taux de croissance à plus de 8% et un PIB porté à 2 286 dollars par habitant en 2019, pour faire face à la clameur qui s’élève contre sa candidature jugée illégale. À 78 ans, ADO engage une dernière bataille risquée. Mais le successeur de Laurent Gbagbo aime le combat et promet à ses adversaires un coup KO avant de passer le flambeau à la jeune classe politique…

BÉDIÉ, L’INUSABLE

Ancien président de la République de 1993 à 1999, Henri Konan Bédié avait été un des alliés de Ouattara entre 2010 et 2018 avant de claquer la porte de la mouvance présidentielle du rassemblement des houphouëtistes. À 86 ans, le plus âgé des candidats en lice, tel un phénix, renait de ses cendres chaque fois qu’on croit l’avoir enterré. Débarqué du pouvoir par un coup d’Etat, en 1999, le sphinx de Daoukro est revenu par une porte dérobée, d’abord en soutien du président Ouattara puis en challenger investi par le principal parti d’opposition du pays, le PDCI, qu’il dirige d’une main de maitre et qui l’a investi avec un score bolchévique.

S’il a eu du mal à réunir l’opposition derrière sa cause, Henri Konan Bédié a engagé la bataille commune pour la désobéissance civile et… contre la tenue des élections. Après avoir boycotté la campagne électorale, il espère désormais une hypothétique intervention de la communauté internationale pour éviter au pays de la Lagune Ebrié de sombrer à nouveau dans une nouvelle crise politique.

GBAGBO, LE REVENANT

Comme Bédié, Laurent Gbagbo est un ancien président de la République qui s’oppose à la candidature d’Alassane Ouattara. Mais, à la différence du patron du PDCI qui est sur le terrain et dont la candidature a été validée, Gbagbo lui, est contraint de rester, pour quelques temps encore, très loin du théâtre des opérations. Ce n’est pas pour autant qu’il ne compte pas sur l’échiquier électoral ivoirien. Renversé par ADO en 2010 dans des conditions encore vivaces dans les mémoires, il a le sens du moment opportun pour susciter la nostalgie du peuple qui l’avait chassé du pouvoir. Dans un entretien réalisé de Bruxelles où il reste bloqué malgré son acquittement par la CPI et publié au dernier jour de la campagne électorale, le voilà qui se présente sous les atours d’un sage qui alerte.

Le moment et les mots soigneusement choisis, à telle enseigne que tous les observateurs ont mis l’accent sur le fait que même quand sa candidature a été invalidée, il n’a pas pris la parole, Gbagbo 75 ans, avertit son successeur et la communauté internationale du vent de tensions qu’il sent venir face aux positions tranchées de part et d’autre. Pourtant, pendant ce temps, Ouattara ne s’est pas gardé de draguer ses partisans en promettant de lui faciliter son retour après la présidentielle. Cela paraît ahurissant mais de tous, il semble être celui qui a la position la plus aisée, tant son retour s’annonce triomphal quelque soit l’issue du scrutin de ce samedi. Il y a dix ans, quand il quittait le palais presque en haillons, face à des militaires qui n’étaient pas loin de lui ôter la vie, cette situation paraissait tout simplement improbable.

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