image

LE TEMPS DU TRAIN

image

Une gare sans âge restaurée à l’identique trône, majestueuse, à la place qu’elle a contribué à rajeunir malgré son poids centenaire. Son allure séduisante et imposante à la fois juxtapose des époques qui, revisitées donne du charme à l’ouvrage, point de départ d’une aventure nouvelle : la mise en circulation du train express rapide. En attendant la mise en exploitation commerciale, prochainement.

Géniale trouvaille d’un pouvoir prévenant, prospectif, déterminé à poser les jalons d’un futur qui se dessine déjà. Dakar grossit et s’étend. A perte de vue s’échelonnent des bourgades et des quartiers qui s’éparpillent sans relief dans un espace désordonné. Pour sortir de ce tourbillon, il fallait un grand pari, de surcroît osé. C’est tout le sens de ce train d’Orient adapté au Sahel dans l’esprit de faire franchir au Sénégal le grand bond vers le futur ! Bés Bi Le Jour, quotidien du Groupe E-Media INVEST résume le contexte : « Le Jour du TER ».

On parle du TER, il sort de terre ! Le voilà d’ailleurs qui s’ébranle sur terre ferme. Par sa seule réalité, évidente, il enterre les spéculations saugrenues et les querelles inertes fâcheusement soulevées ici et là. Ne boudons pas notre plaisir de saluer le travail de titan accompli par l’APIX sous l’égide de son sémillant Directeur Général, Mountaga SY. Fils de bonne famille, travailleur acharné, curieux et attentif, il maîtrise les opérations complexes et parvient, par une déconcertante facilité, à les expliquer au grand public. Le Président Macky Sall tient en lui un atout maître dans le rayonnement de l’expertise sénégalaise à l’échelle panafricaine où se joue le devenir du continent face à de féroces appétits qu’affichent les grandes puissances industrielles.

De haute lutte, le TER a conquis sa place dans le dispositif de mobilité urbaine. Jamais projet ou chantier, c’est selon, n’a autant alimenté les conversations. Jamais ouvrage n’a été autant ausculté, discuté, disséqué. Pour peu, il serait passé aux moulinettes, au petit bonheur des Cassandres jubilant à l’idée même de le broyer avant sa sortie de terre.

En lieu et place des grands débats, ils ont entretenu de petites polémiques. Mais jamais, le pouvoir ne s’est écarté de sa trajectoire. Il a tenu bon plutôt. Il a hissé haut le mât. Et surtout il a fait confiance à l’expertise africaine pour piloter les grands travaux. Et Dieu seul sait s’ils sont grands ! Par l’envergure, la dimension et l’ampleur, le colossal travail abattu livrait progressivement ses premiers traits de caractère.

Le TER, autant le dire, venait de loin pour aller loin au gré d’une aventure inédite dans un paysage infrastructurel moribond qui se cherchait justement une issue de rebond. Pas facile de mener tranquillement sa barque dans un assourdissant vacarme de bruits. Etape par étape, le TER entre dans sa phase active par une montée en puissance du transport des usagers.

Par la vision dégagée au détour de gros efforts de pédagogie, le projet nourrissait l’ambition de révolutionner le mode de transport. De gros moyens techniques et financiers furent mobilisés soutenus, il est vrai, par des ressources humaines de qualité détectées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. A l’arrivée, le résultat est époustouflant. Puisque la combinaison des savoirs, des parcours, des expériences et des itinéraires de compétences pointues a servi à asseoir les bases d’une stratégie de conquête. Une telle entreprise postulait en soi une renaissance du rail dont le déclin signait l’arrêt de mort du transport ferroviaire qui a jadis assuré l’essor de l’économie primaire du Sénégal.

Si Paris doit son visage de ville lumière, ville-monde au Baron Haussman, il a fallu à ce préfet atypique, de l’audace et du culot pour déconstruire dans le but de rebâtir. Aux deux tiers, la capitale française a été détruite soulevant des vagues fort épiques qui ont été jugulées dans le temps grâce à la clairvoyance, à l’habileté des dirigeants français de l’époque et surtout à la projection qui enjambait les contingences d’alors.

Le TER n’est pas en reste. Il s’agit du chantier phare de Macky Sall. Le Président reconnaît, soulagé, que ça été un « dur labeur ». L’épisode de l’électricité est là pour rappeler les différentes péripéties. Nombreux et multiples ont été les défis pour mettre sur les rails ce train, une « merveille de fonctionnalité et de modernité », selon le Président Macky Sall, pour doter le pays d’un transport multimodal qui offre « confort et sécurité » à ses compatriotes.

Le prix à payer n’est nullement estimable dès lors que les Sénégalais s’approprient l’outil et le préservent quoiqu’il advienne. Cela fait appel au respect des infrastructures qui jalonnent le trajet du train dont chacune des quatorze étapes traversées est une séquence de vie, un condensé de l’histoire traduite dans un récit succinct et captivant pour les 115 mille passagers journaliers. En un mot le TER soulage le réseau routier très usité par la densité du trafic et un flux permanent de véhicules de tous type, de tous gabarits.

Le voyage devient une odyssée, pas aussi mouvementé comme celui, célèbre d’Ulysse, mais apaisant qui s’égrène en une succession de découvertes combinant l’utile déplacement à une agréable mobilité non sans joyeuseté du reste. Le choix des technologies associé au partenariat de grands groupes de référence ont eu pour effet de réduire les angles d’incertitudes liées au gigantisme du TER. La stratégie d’allotement des marchés, orchestrée par l’APIX, a été payante par sa flexibilité opérationnelle.

Elle a agrégé de grands groupes spécialisés, chacun numéro incontesté dans son domaine de métier. Cette approche graduelle a assuré le succès du TER qui n’a souffert du retard que par la nécessité d’une impérative synchronisation des interventions pour une maîtrise collégiale des ouvrages en construction. Les grands partenaires ont exécuté leurs partitions respectives en professionnels rompus et aguerris. Il s’agissait de décongestionner Dakar en aménageant Diamniadio, pôle d’éclatement et de dessertes devant abriter, en hub, les technologies de demain.

A l’expertise sénégalaise voire africaine de s’inspirer de ces modèles de réussite de projets structurants préparatoires à l’émergence en vue. L’Agenda 2063 de l‘Union Africaine (UA) cherche des points d’ancrage. Il peut trouver réunis dans le TER le droit et le marché qui n’évacuent pas la politique mais la complètent pour aboutir à des logiques de développement qui transcendent les aprioris tout en privilégiant les voies de l’excellence.

L’Afrique est à ce tournant. Elle cherche à vaincre ses démons par le sursaut. L’arrivée imminente de Macky Sall à la tête de l’UA en qualité de Président en exercice ouvre un horizon de possibles. Il ne viendra pas les mains nues. Nanti de ces projets qui changent le visage du Sénégal, il sera mieux écouté de ses pairs pour éteindre les conflits, taire les divisions et susciter des élans mobilisateurs. Il s’y prépare déjà avec le retour annoncé du poste de Premier Ministre dans le dispositif institutionnel. Le retour de la Primature ôte ainsi au Président la charge des politiques domestiques afin de mieux se consacrer à l’international où la voix du continent demeure encore faible voire inaudible.

Mamadou NDIAYE

28 décembre 2021


------------------------------------

Vous pouvez réagir à cet article